‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 79 sur 98 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

— Ah ! dit à son tour Amédée , la Révolution, depuis son origine , n'a pas cessé de présenter ce spectacle. Elle eut, en effet, pour premiers promoteurs quelques nobles, d'esprit plus indépendant que les autres ; la plupart, d'ailleurs, en avaient assez de l'orgie royale , qui supprimait toutes prérogatives et garanties personnelles ; ils en avaient assez des lettres de cachet et de la Bastille. Quelques gentilshommes eurent donc l'initiative du mouvement ; la Cour et les partisans de l'ancien r^ime d'abord ne s'effrayèrent que peu de ces velléités d'indépendance; on comptait sur le tiers-état et sa soumission séculaire ; mais voilà que le tiers, contre toute attente, adopta, développa l'idée révolutionnaire. Aujourd'hui les adversaires de l'ordre nouveau retombent dans la même erreur : ils comptent sur l'élément agricole, ne voyant pas que l'élément agricole sera bientôt , par la science , le véritable élément révolutionnaire. Et voilà comment on songe aux moyens de rcconslituer la grande proprif.U rurale.

— La grande propriété rurale I s'éoria Désir ; oui, j'en ai des nouvelles ; nous l'avons eue en France avant la Révolution; alors les paysans mouraient de faim dans leurs trous, quand ils ne

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mouraieot pas sous le bâton seigneurial. Dans le même temps , au contraire , le sol anglais était couvert de jolU cottages dont la description, répétée partout , Ëiisatt le charme du monde. Mais quel renversement ! C'est en France aujourd'hui que l'on voit les jolies maisonnettes habitées par des millions de paysans heureux , joyeux, intelligents. Quant à l'Angleterre , plus de cottages I ils se sont efTondrés, et les habitants en ont disparu. Ne cherchez plus de paysans &a ce pays, vous n'en trouverez pas. Des ouvriers, au temf» de la moisson , sortent momentanément des villes , poni" aller exécuter la terre ; mais où sont-ils les descendants de ces propriétaires des anciens cottages? Ils peuplent les a&reux workhouses. Eh bien I ce mouvement en sens inverse dans les deux pays a été produit chez nous par la division de la propriété ; en Angleterre , par sa concentration dans quelques femilles. Le sol tout entier est possédé là par cent cinquante propriétaires , dont quelques-uns peuvent se promener plus de trente lieues en ligne droite sans sortir de chez eux. La moitié de l'Ecosse appartient à douze pachas ; mais nous avons aux champs , nous autres Français (et soyons-en fiers), un mil-

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lion d'héritages. Que les amis de la grande propriété se réjouissent de voir cent cinquante marquis de Carabas pouvoir courir k cheval quinze heures , dans la même direction , sans sortir de chez eux, à la bonne heure ! Mais, pendant qu'ils se réjouiront , un peuple entier mourra de Êiim et de rage. Allez voir en Angleterre les milliers et millions de pauvres assistés aux paroisses! Ab! c'est là que monsieur de Sainte Albin et sa caste pourront apprécier les résultats de la grande propriété I

Désir, en parlant ainsi , tenait une faulx. 11 fit un geste terrible, et s'en alla feucher un coin de son pré.

Ami lecteur, n'oubliez pas ces conversations ; c'est surtout pour vous les Èiire conn^ûtre que l'idée me vint d'écrire ces Mémoires. Cette idée, il est vrai, puisqu'idee il y a, c'est encore ce diable d'Amèdée qui me la mit en tète, ou pour dire les choses avec plus d'exactitude , c'est à ses instigations que je résolus de la réaliser, car l'idée plusieurs fois m'en était venue à moimême ; mais Amédée certainement m'aida à discerner l'élément essentiel du récit, qui devait être.

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disait-il , l'histoire de la ferme . arrivant peu à peu à la science , à l'idée sociale et aux arts. Mais ce fut peu de jours après notre première fédération de ëiinille qu'il commença (selon son expression) de m'électriser en ce sens.

Voilà donc, je crois, le moment de vous exposer comment les choses se passèrent à cette fête si bien organisée par Àmédée , Froment , Droz . Graindorge et Colzette.

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