DERNIERE REPRESENTATION
Le lecteur peut remarquer que , dans cette deuxième fédération , il a été , plus que la prejnièrefois, tenu compte des enfants. Les marionnette , que Froment avait organisées pour eux, eurent, on l'a vu, le plus grand succès. Quatre représentations de deux heures chacune n'avaient feit qu'accroître l'enthousiasme et la curiosité.
Froment avait remballé dans leur boîte ses bonshommes, et nous ne pensions plus les revoir ; mais à notre grande surprise, au dernier jour, voilà que nous le vîmes remonter son théâtre , et d'une autre boîte il tira une vingtaine de nouveaux personnages mystérieusement enveloppés. Il ne fut permis à personne de les voir avant la représentation.
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351 HËM0IRE8 d'un IMBÉCILE.
Jugez de la surprise au lever du rideau ! Le décor représentait la cour de la ferme : au fond, la maison , et sur les côtés , granges , écuries , étaUes. La porte de la maison s'ouvre et l'on en voit sortir, en blaude , en sabots , en bonnet de laine , une bêche à la main , Lagorgote luîmème, suivi de Désir. Les bonshommes étaient si ressemblants, et Froment, sous le théâtre, en les &i3ant manœuvrer, imitait si bien leur voix, leur démarche, leurs gestes, que l'illusion fut complète , et qu'il se mêla aux rires un peu d'émotion et d'attendrissement.
Cette apparition soudùne de Lagorgote nous avait tous saisis.
Désir, qui n'en revenait pas de se voir reproduit sur la scène de façon si parfaite , me disait :
— Est-ce assez bète ! j'ai envie de {deurer.
A la fin, pourtant, les éclats de rire l'emportèrent; car, vous le pensez bien, mon' tour arriva , et celui de Gorgotine avec Toinette suivies de leurs dix en&nts. Nous étions tous si drôles avec nos tètes de bois, bras et jambes articulés , les yeux fixes et le cou raide , que nous nous faisions peur en nous faisant rire.
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QDATItlÈME PAHTIE. 255
C'était la comédie de la ferme, ou plutôt c'en était la charge parfaite , que Froment , avec ses marionnettes , avait imaginé de reproduire devant nous. Personne n'y fut oublié, pas même le pauvre Gorgotin , que l'on vit , au milieu des flammes , nous prendre tous pêle-mêle et nous jeter par la fenêtre , la tête en bas, avec cette mirobolante recommandation : — Mes enÈints , gare aux entorses !
Chacun des personnages avait conservé son vrai nom ; il n'y eut d'exception que pour moi, à qui Froment restitua le petit nom que, dans mon en&nce, m'avEÙt donné mon père. Et ce nom eut un succès fou lorsqu'on me vit &ire mon entrée, coiffé d'un grand chapeau porté un peu en arrière, et qu'on entendit Lagoi^ote, en me regardant , s'écrier : Quel ouvrage !
Jamais , sur aucun théâtre , je n'ai vu pareille frénésie d'applaudissements et de rires.
Maïs la scène finale mit le comble à tout. On y voyait Désir, avec son galoubet, faisant danser à toute la colonie une gigue où nous sautions à la hauteur des toits.
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UËMOIRES d'un IMBÉCILB.