LA POLITIQUE
leur rêve que roccasion de se guillotiner l'un Taulre, selon la formule.
L'homme est une bote d'habitude, un animal d'imitation.
Quelques-uns ne prenaient jamais part à nos discussions et se réservaient pour l'action : les Blanquistes affiliés à des groupes mystérieux et fermés, acceptant passivement le mot d'ordre de leur chef suprême, Blanqui. Cet homme extraordinaire, d'intelligence supérieure, de caractère ambigu, a exercé sur tous ceux qui l'approchèrent un pouvoir irrésistible. Dans les prisons oii il passa presque toute sa vie, plus de quarante années, sa prédominance lui attira les jalousies furieuses d'autres agitateurs, avec un assaut de calomnies qui ne lui ôta pas la force morale. Mais sa domination s'exerça à de petits sujets, à la formation des sociétés secrètes, vieux jeu des révolutionnaires du commencement du siècle. Le vétéran gardait encore l'illusion qu'une poignée d'hommes déterminés, secrètement conjurés, peuvent, au moment opportun, au signal donné, renverser un empire et élever leur chef au souverain pouvoir. Il caressa toute sa vie ce rêve de tyrannie révolutionnaire et, malgré le dé-
vouement aveugle de ses affîdés, n'aboutit qu'aux échauff'ourées piteuses, sans écho dans la population. Il eut les qualités d'un dompteur d'hommes, paralysé par les préjugés de vieux conspirateur; il en était resté à 1835, au mélodrame des carbonari, aux poignards en croix sous une tête de mort. Il ne se résigna jamais à comprendre qu'un coup de main adroitement préparé ne provoque pas fortuitement une révolution, qu'il y faut le concours de tout le peuple exacerbé contre le régime et las des fautes du maître.
J'eus deux fois l'honneur de voir Blanqui et de lui parler ; je me rappelle dans les traits du petit vieillard tout blanc et cassé par l'âge, ses yeux aigus et charmants. Il avait la parole douce et bienveillante, avec une rare distinction de manières ou du moins il me laissa cette impression, car les jeunes gens n'ont point toute liberté d'esprit et de jugement devant les hommes célèbres. Celui-là m'imposait par sa renommée, par le fanal isme de ses sectaires. Aussi, « le vieux », comme ils l'appelaient, me gagna-t-il par son affabilité, par l'attenlion qu'il accorda à mon personnage, d'ordinaire plus dédaigneusement accueilli, J'ignore si la complaisance aux nouveaux ve-
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mis lui élait familière, si elle élait comprise dans sou rôle de directeur de consciences et de manieur d'hommes? Il ne s'en départit pas pour les deux circonstances où je l'approchai : la première fois, à une réunion publique durant le siège de Paris; la seconde, dans la nuit du 31 octobre à Tllôtel de Ville, oii il se trouvait au gouvernemenl révolutionnaire proclamé durant la journée.