OCTOBRE
la Défense nationale et la nomination d'un comité de salut public.
«... Sont nommés membres du comité par le peuple, les citoyens... »
Dorian, membre du gouvernement déchu, riche et habile ingénieur, s'est acquis une rapide popularité par la fabrication des canons. Son nom est le premier lancé; puis viennent ceux de Blanqui, de Félix Pyat, de Delescluzes. Flourens les répète un à un, et s'apercevant qu'on a omis le sien, il le proclame aux applaudissements unanimes.
Appuyé à l'une des fenêtres, j'inscris les noms prononcés sur des carrés de papier que j'envoie à la foule massée en bas le long des grilles. Les acclamations, les vivats retentissent à ces messages.
— « Ne pourriez-vous pas, citoyen Jacques, ajouter mon nom à la liste? » me murmure à l'oreille une voix triste et grave. Je regarde ce candidat au salut public qui sollicite mon investiture : c'est un poète, Mirai, que j'ai souvent entendu récitant lui-même ses vers dans les réunions du Quartier latin.
— Parlez-vous sérieusement. Mirai?
— Oui, cher ami, j'ai l'ambition de sauver la patrie!
— Eh bien, soyez heureux ! Et j'inscris sur le papier blanc, le bon billet ! son nom que je lance à la foule.
Nul cri d'enthousiasme ne Taccueille.
Il est cinq heures du soir; la nuit est venue. Après cette bonne journée, j'estime la partie gagnée puisque les capitulards sont prisonniers et que mes amis, les chefs les plus énergiques du parti révolutionnaire, occupent l'Hôtel de Ville. Aussi, comme les événemenls héroïques ne suppriment pas les besoins ordinaires de la vie, — et que j'ai faim — je m'en vais dîner.
A ce soir, les affaires sérieuses !