‹ Mémoires d'un jeune hommeChapitre 31 sur 54 · LA CONCIERGERIE · texte numérisé non relu

LA CONCIERGERIE

gné par le parquet, il avait dû obéir. C'est ce qu'il chercha à m'expliquer et que je ne voulus pas entendre, répondant h ses raisons par des injures et des cris de colère. Assurément je lui parus un forcené, un énergumène formidable, et trois mois plus tard, arrêté à son tour, il Iremblait sans doute, dans le silence de la cellule, aux moindres bruits du dehors, q^ue je ne vinsse, chef d'une bande, l'occire et promener sa tête au bout d'une pique, selon la tradition de la première Révolution. Mais à ce moment-là je n'eus que des sentiments généraux (je ne dis pas généreux), et ne me souciai point du vieux renard prisonnier.

Ma colère se dissipa au bout d'une heure de séjour à Mazas et ma petite vanité se trouva chatouillée par un méchant traitement qui me grandissait au personnage dangereux.

Toute l'impression que j'ai gardée de la cellule est d'une grande pancarte apposée à la porte où étaient imprimées, en colonnes serrées, histoires édifiantes et maximes de morale pratique, celle-ci entre autres, dont je compris plus tard la philosophie profonde : « Qu'avezvous appris en prison? » demandait-on à un libéré. — « A n'y plus revenir. »

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