LA PRESQU'ILE DUGOS
puisque je ne suis pas blessé, Continuons î » On me rend ma lance ; on nous remet en face, mais le pauvre Carhonnel est démoralisé ; il ne se défend pas, il ne bouge plus, il redoute de céder à quelque mouvement prohibé par le code de l'honneur. Je lâche de le piquer au poignet, et comme ma poinle égraligne la jointure des doigts de sa main droite, il la lève instinctivement, de sorte que le fer fait au cou un séton d'oCi le sang coule abondamment.
Carbonnel est ramené au camp oii sa blessure légère se cicatrise en moins d'une semaine. On me rapporte qu'il aurait dit à ses témoins, lors du premier pansement : « Cela devait être; le bourgeois ne pouvait manquer de blesser l'ouvrier! »
N'a-t-il pas raison? n'ai-je pas commis une méchante action? N'en ai-je pas usé en petit bourgeois turbulent et bravache? N'eussè-je pas mieux fait de présenter mes excuses à cet homme de quarante ans que j'avais frappé? Ne l'avais-je pas forcé, par mon attitude, par les propos de mes amis, d'aller sur le terrain? La belle prouesse de molester, de blesser un de mes compagnons d'infortune! Il est tels préjugés d'état dont on ne se dé-
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crasse jamais. Voyez ce duel de deux prisonniers au bout du inonde, el le combat singulier d'armes ridicules?
Tardives réflexions nées à la lecture de l'épisode sur un procès-verbal jauni, seul document écrit qui me reste de cette vie lointaine. Mais où sont les témoins? Deux d'entre eux sont morts : l'un a rempli une fosse du petit cimetière de Tindu ; l'autre, celui de mes amis que j'aimais le plus, Caulet de Tayac, si intelligent, si vaillant, a rendu Fâme au bout de cinq ans d'agonie, un mois après sa rentrée à Paris.