CHAPITRE IX LA PRESQU'ILE DUCOS
(suite)
Je revois les camps de déportation h la presqu'île Diicos. Ici, la vallée de Numbo et ses constructions étagées; à droite, l'hôpilal de pierre et ses dépendances; conliguë à la case de l'aumônier une petite chapelle sans visiteurs; — de l'autre côté, à gauche, la cantine du mercanti et, sur un monticule, les baraquements des gardes-chiourme; — enfin, à l'extrémité de nos terres, au bord d'un petit chemin, enlre la montagne et la mer, la prison disciplinaire que j'ai plus d'une fois habitée, et dont le gardien, Thomas, était un brave homme.
La vallée forme une cuvette d'un kilomètre d'étendue où peu à peu sortent de terre les paillottes, les cases de torchis et de chaume. Presque toutes sont étroites et basses, car si
le sol fournit les matériaux de conslruclion, il a fallu que les architectes comptassent avec leur pauvreté qui ne permettait grands achats de clous ni de ficelle. Cependant après quelques trimestres de séjour, nombre d'ouvriers laborieux sont parvenus à se procurer les outils de leur métier : ils travaillent, et, par un agent intermédiaire, ils envoient vendre leurs produits à Nouméa. Ainsi, divers étals sont exercés : il y a des menuisiers, des forgerons, des tourneurs, des ferblantiers, des tailleurs, des coiffeurs, des horlogers; toute la journée, j'entends marteler son cuir un houïf, dont la pai Hotte touche au treillage de ma concession, et je conserve encore un coffret en bois de rose, achevé par l'atelier modèle de Collot et Rémy. Trois ans plus loin, il se trouvera même des artistes : un peintre, un sculpteur... un photographe !
La brousse a été arrachée, il ne subsiste plus de végétation; mais les palétuviers aux sucs vénéneux, à l'haleine fiévreuse, rampent, enchevêtrés sur le fond de roche du rivage et le percent de leurs racines déjetées. Sur les flancs de la route abrupte qui monte au col de Tindu se penchent les longs niaoulis, variété du bienfaisant eucalyptus, dont l'épaisse