‹ Mémoires d'un journaliste (volume 4)Chapitre 14 sur 20 · A PROPOS D'UN ÉVÈQUE · texte numérisé non relu

A PROPOS D'UN ÉVÈQUE

L'année dernière nous eûmes avec M. Veuillot une querelle de journalistes. Le rédacteur de V Univers, furieux de voir que le clergé s'abonnait au Figaro, chercha à attirer sur moi toutes les foudres de l'Église; mais, comment faire ? Il était peut-être difficile, indiscret même de demander au Pape le service d'une excommunication : et pourtant il fallait quelque chose. Certainement, si Ton pouvait engager dans la lutte de hauts dignitah*es du clergé, saupoudrer la querelle de quelques évêques, ce serait très-piquant ! Et pourquoi pas? se dit M. Veuillot ; une main d'évêque est lourde, je l'ai appris à mes dépens avec Mgr Dupanloup et autres.

Et voilà des évêques intervenant dans cette dispute d'abonnements et mêlant une affaire de bandes de journaux à leurs mandements, etc. L'un d'eux, que je ne nommerai pas, se jeta mitre baissée dans la mêlée, uniquement parce que mon collaborateur d'Aulnay, se trouvant en voyage, n'avait inséré dans le Figaro que quelques lignes de certain discours qu'il lui avait envoyé in extenso à son hôtel.

En présence d'un homme qui portait un costume aussi respectable^ j'arrêtai aussitôt la polémique, et pourtant j'avais de quoi répondre triomphalement. Qu'on en juge par la lettre suivante, qui me fut adressée à cette époque et qui eût singulièrement nourri le débat.

2fi8 SCENES INTIMES*

« Cher monsieur,

« Au moment de l'étrange campagne dirigée contre le Figaro par Mgr***, je voulais vous voir, voxis fournir quelques détails non dépourvus d'intérêt et d'actualité; je vous aurais dit, entre autres choses : 1<» que le jour de la nomination de M. de Gumont, comme ministre de Tinstruction publique, la première lettre de félicitation lui fut adressée par son évoque, Mgr*** qui se réjouissait en termes chaleureux et félicitait avec enthousiasme l'Église et le pays du .choix d'un homme éminent, etc., je cite textuellement. (Ajoutez les* épithètes les plus élogieuses et vous serez encore audessous de la lettre épiscopale) ; 2° que le même jour ^gr*** écrivait à un hommejpolitique une lettre où il ne pardonnait pas au maréchal une nomination si déplorable, et qui se terminait par ces mots soulignés dans la lettre : « Jamais je n'aurais cru que le pays pouvait descendre aussi tas » ; 3° j'ajoute que quelques jours après M. de Cumont avait en ses mains cette seconde lettre ) qu'il montrait à ses amis, et notamment à Mgr Dupanloup, en compagnie de la première.

« Veuillez agréer, etc.

« Curé de*** »

Que pensez-vous qu'eût produit une pareille pièce comme épilogue k tout ce débat, et, je le demande en

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