LA PRESSE DES MOUCHARDS
Voici quelques alexandrins de cette œuvre sœur des Châtimenis. Qu'on se rappelle les vers indignés de Victor Hugo (une indignation qui lui a \'alu au moins cent mille francs), et Ton jugera du soin avec lequel était écrit ce numéro qui aurait acquis au Figaro, s'il les avait voulues, les sympathies de la partie véreuse de la population parisienne :
Pavce que dix-huit ans sur ce règne ont passé La honte serait bue et le crime effacé!
Et que le plébiscite absout Je fils d'Hortense, Décembre et Lambessa sont de peu d'importance ; Parce que ce Gesar, roi des bourgeois félons, Sur le peuple qui râle a mis ses deux talons,
Il faudrait bâillonner la Némésis-tonnerre !
Et laisser le vautour bien repu dans son aire!...
Non, il n'a point fini. Le Despotisme-Mort
À besoin d'étouffer le gendarme-Remord,
Et rêve dans l'obscur d'autres gredineries.
L'orgie échevelée est reine aux Tuileries,
Les sénateurs poussifs se gavent de festins ;
Antre des ruffians! aurore des catinsl...
Et César moustachu, Tibère sabretache.
Caressant les poils teints de sa fausse moustache,
Assemble autour de lui ses courtisans rampants
Et leur dit : « Il nous faut encore des guet-apons ! »
Ne me laissez pas voir la France pâle et maigre Livrée aux appétits de cette haute pègve !
Ne me laissez pas voir mes amis aux tombeaux, Et sur leurs corps souillés le bec de ces corbeaux ! Car je suis seul et vieux, pâle proscrit, sans armes, Les yeux levés au ciel et tout gonflés de larmes !
Victor Hugo.
Hauteville-House, mai 1870.
Il y avait au moins cent cinquante vers dans ce style.
J*avais aussi fait faire une quinzaine de portraits à la plume des principaux coryphées de la radicaille, tels que ceux de Vallès, de Meurice, de Vacquerie, d'Antonin Poulet, etc., etc.
Quelques articles intitulés : Organisons la défiance. — La Question du timbre. — // faut en finir ! -- La Question sociale. — Le Complot de nos adversaires. — Les Jupons noirs. — Le Dossier de l'armée^ etc., venaient agrémenter les colonnes de ce journal qui, aujourd'hui que je l'ai devant les yeux, me semble un calque, un chef-d'œuvre de contrefaçon.
J'avais aussi réservé une colonne aux Échos, qui auraient fait pâmer de joie tous les frères et amis. En voici deux ou trois pris au hasard :
Voulez-vous que je vous dise dbmment je me représente la conscience des membres de la majorité?
Gomme un road élastique sur lequel ils s'as soient.
Dans un de nos prochains numéros, nous publierons, autographié, le reçu que Tun des importants collaborateurs d'un journal complaisant a laissé entre les mains du préfet de police, en échange d'une somme fort ronde que M. de Jérusalem lui a payée pour ses nombreux et dévoués services.
On verra que ces honorables gens de lettres ne donnent pas précisément leur prose pour rien.
Pourquoi les abeilles sont-elles l'emblème du gouvernement impérial ?
C'est que, comme l'abeille, le gouvernement impérial a une prédilection marquée pour le système cellulaire.
Encore un accident de chemin de fer!
Comme toujours, le sinistre a frappé — non pas un express — mais un train-omnibus, et encore les'wagons de première classe n'ont-ils subi que des dommages insignifiants.
Par contre, les wagons de troisième ont été littéralement mis en morceaux.
Sous les régimes monarchiques, ce sont toujours les misérables qui pâtissent !
La même bonne foi présidait aux emprunts faits aux journaux, aux informations. Tout était interprété selon l'usage de la presse des faubourgs: il y avait des lettres de soldats qui témoignaient de leurs sentiments démocratiques. Us étaient tous toujours prêts à déserter et à mettre la crosse en l'air. Si un ouvrier mourait subitement^ c'était toujours de faim et juste sous les fenêtres d'un hôtel du faubourg Saint-Germain oii Ton dansait. Un sergent de ville avait été surpris donnant des coups d'épée à un enfant d'ouvrier, etc., etc.
Nous n'avions pas non plus oublié les mariages et les enterrements civils. Nous donnions le programme des réunions publiques ; en voici un entre dix :