ALICE OZY
Va y. mule <ln la liaison d'Or. — Liu ponroir do nez en trom- |n..ii>. — I il peu de genêuloirie. — L'amour et la scène. — "■omi'iil famine »one. — Alii'« el ftaimbaul. — Lu duc Man-
(dw. — La miiT'i'ii-i.' de Cinibas. — Un fils île poêle. — I. Ihuit» ou l'un plume les pigeons. — Rendez-loi sa cùtele.i». — Li'S billeis dou\. — L'am inr au juradis. — Une ii. mue liDiidéti' li.'Hine — Le ténor aux grands pieds. — UnB eyinediu devant la jusrii v. — Le wapii) des dames. — La IiuiuIm 4u KuiiuiiU. — Porlier. dotine-mui île les rheveui. — (mu i:r'ie unir ou meneau. — Les bannelons de H. le préiel. L'iuiumo le plus - li -le Frinee.
iit> L.'1'iilisscsi.t.uiLOsiJe g:\lant .mx coulisses du monde JiMiiKiinjui.'. il u"; a o,u'un pas '■— £' encore. Je le franchis [hmï jMvst'u! ,t à mes Locte :rs une de mes voisines lit* in *J's.'H d'Of, dont l'esprit, non moins que la Ivoni .■■, Ltis.nL en et' teuips-IJ bien du bruil et bien des ktvUiiio». tvlk— li uwiiw dont je viens de parler à l'insuuit. y"" UtwOay.
L'empire du uK'U'.fo a toujours appartenu aux nez reliiHi ic. Vos ut attestons la fable classique deCléou 1 iuv vt ùs Rowtuw- Si A*pasie fut célèbre pour sa buinlo et H'ii tf6|.»nt, nous avons do fortes raisons de 14W U le^'iv eourbure ou croissant d'un nez mi-
gnon y était bien pour quelque chose, dans un pays où la ligne droite, — le nez à la grecque, — devait fatiguer à la longue par sa pureté monotone. Dalila aussi, l'Aspasie biblique, ouvrait au vent les gentils naseaux d'un nez en trompette, — un nez sonnrnt la charge de l'amour, — et c'est ce qui explique en l'excusant la faiblesse d'un guerrier tel que Samson.
Vous voyez que notre héroïne est fille de bonne maison et compte des aïeux célèbres, et que, pour manquer un peu d'étoffe, sa noblesse, de ce côté, n'en est pas moins incontestable.
Julie-Justine Pilloy (au théâtre Alice Ozy) est née à Paris, le 6 août 18... Son père était un habile bijoutier, et son grand-père, en son temps directeur du Conservatoire et maître de chapelle de l'Empereur, a été la dernière célébrité sur le basson.
Le musicien avait épousé une demoiselle Dupont, dame d'honneur de 1a reine de Portugal, femme de don Pedro. Les Dupont descendaient du chancelier Meaupou et se trouvaient, par conséquent, alliés aux Montmorency par les femmes...
Alice Ozy a trop d'esprit et de bon sens pour s'enorgueillir de ce qu'un coin de son jupon s'est accroché par mégarde à un clou du blason des premiers barons chrétiens. Sa véritable noblesse ne remonte pas si haut, mais elle va plus loin, et le d'Hozier qui l'a libellée sur un parchemin qui en vaut bien un autre, c'est Théophile
Gautier, le jour où il nommait la spirituelle actrice « PAspasie moderne. »
La fortune d'Alice Ozy devait se faire au théâtre : le destin en avait décidé ainsi. Le destin prit à cette occasion la figure de Brindeau et employa le procédé un peu vif de Paris vis-à-vis d'Hélène. Ce qui veut dire que le comédien enleva la jeune fille au moment où elle allait épouser un notaire de campagne. A cet amour de la jeune fille — presqu'une enfant — qui n'était que le premier échelon de son avenir, elle suspendit le nid fragile de sa félicité tout entière. La jouissance la plus pure d'Hélène était de regarder dormir Paris.
Brindeau la fit engager au théâtre des Variétés ; elle y débuta dans les Enragés.
Elle gagnait alors 1,200 fr. Mais lorsqu'elle eût joué le Chevalier du Guet, ses appointements furent élevés au chiffre de 2,000 francs. Sur une scène où on représentait encore de temps à autre la Chercheuse d'esprit de Favart, le moyen qui avait inculqué la science à la douce Ninette n'avait pu, loin de là, opérer le même miracle sur Ozy. Sa naïveté était extrême, proverbiale, et les charges de coulisses, comme des pierres tombant dans un lac pur, étaient impuissantes à l'altérer.
On lui fit croire un jour que le gouvernement venait de découvrir à Montmartre une carrière de fromage de Gruyère dont l'exploitation serait la fortune des pauvres ménages. Mue par son bon cœur et avec cet instinct de
l'agiotage dont elle devait, un peu plus tard, comprendre si admirablement le mécanisme, elle demandait à tous ses camarades où Ton souscrivait des actions.
Lorsque Hyacinthe voulait la faire fondre en larmes, il n'avait qu'à prendre une figure sérieuse, longue d'une aune et à lui prédire qu'elle finirait par devenir une femme entretenue.
Mais la vertu des femmes est un terrain vierge et par conséquent productif. Semez-y des diamants ou des cachemires, et vous serez tout surpris d'y voir pousser comme par enchantement les trésors de l'esprit et de la grâce.
Or il devait luire sur Ozy ce jour de récolte... et de transformation intellectuelle. Un jour elle arrive au théâtre le torse enveloppé dans le plus riche tissu des Indes, le pétillement du Champagne dans le regard, la Pentecôte de l'amour aux lèvres. Ce jour-là, elle trouva une langue qui lui est restée depuis ; ce jour-là, sa naïveté première était remontée aux deux en laissant tomber quelques larmes.Les larmes, se cristallisant sur-le-champ en pierres fines, s'accrochèrent à ses oreilles et roulèrent engouttelettes de diamant sur sa poitrine blanche comme celle d'un cygne.
C'est à l'époqu ou elle sentait le besoin d'exercer l'esprit qui lui était si merveilleusement poussé, que
notre ami, feu le baron de Bazancourt, fut présenté à la jeune Alice.
M. de Bazancourt mettait dans sa causerie tout l'intérêt qu'on trouve dans ses romans. L'actrice se suspendit à ses lèvres pour mieux l'écouter. Des lèvres au cœur, il n'y a que la distance de... l'occasion, et en pareille affaire le moyen de faire naître l'occasion, c'est de s'efforcer de l'empêcher. Voilà ce que Brindeau ne sut pas comprendre. Il épia, se fâcha, et alla même, dit-on, jusqu'à vouloir traiter par les moyens violents ce mal de la coquetterie dont il voyait si gravement atteint le premier amour d'Alice. Il fit si bien que la maladie emporta le malade.
Mais, hélas ! au bout d'un an, M. de Bazancourt était an bout de ses plus jolies histoires, et Ozy, dans un jour d'ennui, jeta son amour par la fenêtre.
D'ailleurs elle venait de seconvertir, — quoiqu'un peu tard ! — au culte de la Pologne, et pleurait sur les malheurs de la France du Nord... dans les bras de M. de Wielopolski.
Ici, permettez-moi, pour vous faire mieux comprendre, d'avoir recours à une La Palissade géographique.
Vous n'ignorez point que le soleil fait deux parts égales de sa chaleur et de sa lumière, et qu'il ne saurait éclairer le vieux monde lorsqu'il est en train de luire sur le nouveau. Pénétrés également de cette grande vérité, MM. de Bazancourt et Wielopolski, par un accord tacite, firent de leur bonheur radieux deux lots séparés, de
douze heures chaque, se fuyant mutuellement comme s'ils se fussent appelés M. le Jour et madame la Nuit.
M. Wielopolski mourut jeune, après avoir, durant son séjour en France, gagné au whist une somme de 150,000 fr. Ozy hérita, pour sa part, do 70 à 80,000 fr. Telle fut l'origine de sa fortune.
A mesure que l'étoile de l'actrice se lève en jetant de vifs rayons, no e tâche devient de plus en plus difficile. Il nous faut soulever un coin du rideau qui déroba, pendant six mois, les mystérieuses grandeurs du boudoir d'Aspasie. Mais, comme derrière ce rideau se trouvent une femme et un prince exilé, ce n'est pas assez que notre main touche avec délicatesse à ces charmants petits scandales de l'amour parisien, il faut de plus que • notre indiscrétion ne cesse pas d'être respectueuse.
— Mais vous allez trop loin ! Mais vous cassez les vitres! nous dira quelque lecteur?
Qu'on se rassure ! nous ne faisons tout au plus que ramasser les vitres cassées, — et encore en n'y touchant qu'avec d'excessives précautions.
Madame Adélaïde voulut donner un jour chez elle la comédie à la famille royale. On y joua le Chevalier du Guet ; Ozy y était charmante et tourna la tète au jeune duc cVAumaie, de retour depuis peu de sa campagne d'Afrique.
C'était le premier amour du prince. Sa liaison avec la Florentin, de l'Opéra, n'avait été qu'une fantaisie.
A cette époque, la comédienne logeait à la Maison d'Or ; elle était ma voisine, et je me souviens parfaitement de l'avoir vue sortir au bras du prince, vêtue en homme, ce qui faisait qu'on la prenait souvent pour le jeune duc de Montpensier.
Cette intrigue, connue à la cour dans ses moindres détails, égayait fort les frères de d'Àumale, qui avaient donné à celui-ci le sobriquet de Raimbaut, — auquel il répondait, — et chantaient en riant en le voyant partir : t Je vais revoir Alice, Alice, mes amours ! »
La reine, chez laquelle les scrupules de la sainte étaient tempérés par l'indulgence de la mère, se contentait de dire avec un soupir : « Ce n'est pas bien, mais c'est encore plus moral que de déranger un ménage. »
Le prince avait passé brusquement de l'éducation religieuse à l'éducation militaire. Aussi son âme était-elle d'un chrétien, son cœur d'un soldat, et son amour... de son âge et de son tempérament. Dans les entr'actes de sa passion, il disait souvent à la jeune femme :
t Vois-tu, ma petite Alice, il n'y a de réel en ce monde que la piété et la vertu. »
Ou bien il se mettait à lui raconter dans ses moindres détails ses campagnes d'Afrique, ne dédaignant pas au besoin d'avoir recours à l'expression imagée et pittoresque d'un vieux de la vieille.
C'était le récit d'une marche forcée à travers le désert,
étape torride dans laquelle le soldat mourant de soif et las de labourer d'un pied alourdi un sable de feu, pour en finir, se passait quelquefois sa baïonnette au travers du corps. Il fallait lui donner l'exemple du courage, et le jeune prince, épuisé par la dyssenterie, se faisait porter sur un brancard, malgré Tordre formel du maréchal Bugeaud, qui voulait qu'il quittât l'Algérie. Souvent, en arrivant près d'une source, se confondant à dessein parmi ses compagnons, il se mettait à faire la lessive de sa chemise comme un simple soldat. Son esprit s'exaltait au souvenir de cette vie des camps, la seule qu'il comprît bien et qu'il aimât.
En ce temps-là le prince était colonel du 17 e léger, et son régiment tenait garnison à Courbevoie.
Il arriva plus d'une fois à Alice d'assister incognito à une revue, à une prise d'armes, cachée au fond d'un coupé, — comme madame de Maintenon derrière la glace de sa chaise , — et le jeune colonel , aussi chevaleresque, aussi heureux que son aïeul Louis XIV, montrait avec orgueil à la jeune femme le drapeau du régiment, et ne pouvait pas comprendre qu'elle le regardât sans pleurer.
Lorsque la spirituelle actrice arrivait à Courbevoie, la musique du 17 e , sur l'ordre du prince, exécutait l'air arabe : Kradoudja, ma maîtresse !
En ce temps-là, l'actrice eut l'occasion de rencontrer M. de Perrégaux. Avec le luxe d'un gentilhomme d'autrefois,M. de Perrégaux en avait la prodigalité ruineuse..
Un soir, à la porte des Variétés, Alice trouva un attelage de 20,000 fr., avec domestiques poudrés qui attendaient ses ordres. Craignant de faire un trop beau rêve, elle demanda à qui appartenait cet équipage princier :
— Mais à madame la marquise de... Caraban '. aurait pu répondre le chasseur en abattant le marchepied et en ouvrant respectueusement la portière.
En cetle dreonstanœ, Alice Ozy, qui ;. toujours eu l'envers honorable de ses faiblesses et à qui il manquait les conseils éclairés d'une bonne mère d'actrice, se conduisit en ijalant homme, et prévint le duc d'Aumale avant de rompre avec lui. Quelque temps après, le prince lui écrivait un billet dans lequel se trouvait la phrase suivante :
« Ne trouvez-vous pas que je suis un peu Desgrieux ? « Je vous aime davantage depuis que vous ne m'aimez • plus... Restez deux ans sans revoir M. de Perrcgaux, « pourque votre cœur redevienne vierge, et alors. .. » etc.
Le duc n'avait pas atteint sa vingt et uniè;ue année ; l'héritier de vingt millions ne pouvait pas disposer au delà de mille écus par mois. La liste civile lui retenait srs revenus, sous prétexte de les affecter aux réparations des châteaux que lui avait h'^ués son grand-oncle, le duc de Bourbon, mais, en réalité, pour qu'il ne fit pas de folies.
Lorsqu'il se maria en 18i6 f O:yeut le bon goût de lui renvoyer toutes ses lettres sans en avoir été priée. Le prince crut reconnaître cet acte de délicatesse par
l'envoi de quelques billets de banque. L'actrice, un peu humiliée, refusa de les recevoir et lui écrivit : « Je ne suis pas dans la misère... J'aurais préféré un souvenir. »
Alice ne revit le prince qu'en 1848, en Angleterre; il n'avait pas d'argent et supportait les privations de l'exil avec le courage qui lui avait fait endurer autrefois la fatigue et la soif du désert. Le vin étant trop cher à Londres, il buvait de la bière.
Le voyage de la comédienne était tout diplomatique. Sa camarade, madame Person, l'avait chargée de faire tenir à la famille d'Orléans une lettre écrite par Alexandre Dumas. Cette lettre était une invitation pressante adressée au prince de Joinville, qui relevait alors de maladie, de revenir en France. On y lisait cette phrase : « Paris est au pouvoir du premier qui voudra bien l'occuper. Que notre jeune malade vienne. »
Lorsque d'Aumale eût appris le nom de l'auteur du message, il refusa de s'en charger pour son frère, et répondit en le remettant intact à l'ambassadrice : « Nous « ne voulons rien accepter de ce qui vient de cette main. »
De prince royal à poëte, il n'y a de différence que dans la forme de la couronne : le cœur peut donc passer do l'un à l'autre sans déchoir ni se mésallier.
Après cette précaution oratoire de rigueur, permettez-moi de commencer un nouveau chapitre du roman d'Alice, et cela en style de Perrault (l'amour n'est-il pas le plus enchanteur des contes de fée ?) :
1U MKMOIHKS D'UN JOURNALISTE.
« 11 y avait une fois le fils d'un grand poëte... » A la vérité, il faisait des vers bien médiocres, témoins ceux-ci adressés à Aspasie, empreints d'un Antonysme exagéré :
Car tu n'as plus ton corps, ô douce et pauvre femme I Tes amants t'ont meurtrie avec leur lèvre infâme,
Avec leur or toujours vainqueur ; Car il est des baisers qui meurtrissent et blessent, Qui ne font que passer sur le corps et qui laissent
Des cicatrices dans le cœur!
Mais à défaut de génie, ce fils un peu dégénéré de la Muse éprouvait au moins ce saint enthousiasme de la jeunesse et du cœur, et un amoureux, c'est un poëte qui agit au lieu de chanter, voilà tout. Il avait reçu de son père un nom illustre, et de sa mère la beauté du visage. Que pouvait exiger encore la femme la plus difficile? — la constance, peut-être, — et pour mettre à l'épreuve celle de ce nouveau soupirant, Ozy lui fit faire par deux fois, et à une heure indue, antichambre... dehors. On assure môme qu'un jour Roméo essaya de s'empoisonner un peu, mais si peu que Juliette ne fit qu'en rire du haut de son balcon.
Revenons aux deux nuits passées, comment dironsnous, à la belle étoile î L'expression n'est peut-être pas exacte il n'importe I
Mademoiselle Ozy avait relenu Charles N... à dîner avec plusieurs autres de ses amis. Le soir, on donnait
la reprise d'Angelo, tyran de Padoue; de sorte que les convives durent quitter la table un peu précipitamment, avant d'avoir pu attaquer un rôti de pigeons.
En sortant du théâtre, soitque notre amoureux éprouvât des tiraillements de cœur ou d'estomac (à pareille heure il ne distinguait pas), il prit sa course et vint carillonner à la porte de la Thisbé. Ozy entr'ouvre un vasistas, et lance un « Qui va là ? » d'un son de voix qui annonçait un peu de mauvaise humeur d'être dérangée si tard.
— C'est moi, mademoiselle... fit le poëte tout essoufflé, je viens vous aider à manger les pigeons.
— Vous êtes fou ! mon jeune ami, reprit la spirituelle comédienne, à cette heure on ne mange pas les pigeons on les plume I
Autre anecdote racontée en son temps, par Eugène Chapus, dans notre Chronique de Paris :
« — Vous êtes très-bien, très-gentil, dit-elle un matin à son poëte ; mais vous êtes trop négligé : vous péchez par le linge blanc.
« Le jeune N... ne se le fit pas dire deux fois. Mais, à la vue des notes de la blanchisseuse, sa mère se plaint à son mari du luxe princier de son fils.
« — Accorde-lui son linge blanc chaque jour, dit l'illustre poëte à sa femme ; mais retranche-lui une côtelette à déjeuner : cela fera compensation. »
A quelque temps de là, le père, dans les mille rela-
tions de son existence mondaine, se trouve en rapport avec Alice Ozy.
a Enchanté et crédule comme h vingt ans, il prend pour un sentiment plus intime le témoignage d'admiration qui vient de l'accueillir. Tout radieux, il rentre chez lui, et dans l'ivresse d'une joie qui déborde, il écrit à Ozy :
« Je suis heureux par vous : que puis-je faire pour reconnaître le bonheur que je vous dois? »
« Le lendemain il recevait cette réponse :
« Renflez lui sa côtelette ! »
Le grand poète rit de sa méprise, et, devenu sage comme Socrate, comme lui il se contenta d'être seulement Y ami d'Aspasie. La correspondance ne cessa pas pour cela, mais elle prit le ton de galanterie d'un lettré, homme du monde, ainsi que le prouve ce billet écrit un peu plus tard, juillet 1847 :
« Me plaignez-vous un pou, madame? Je comptais enfin avoir le bonheur de vous voir aujourd'hui, et voilà qu'un tas d'événements stupides en ont autrement dé cidé. J'en suis tout mélancolique, et je songe tristement qu'il devrait être dans l'ordre que les fauvettes fissent des visites au hibou. A bientôt pourtant, n'est-ce pas, madame? En attendant soyez belle, charmez et rayonnez, c'est votre droit de fleur et d'étoile. »
Ce n'est pas que cette belle rhétorique ne cachât parfois un soupir et un regret ; mais, avec ce tact des intelligences supérieures, l'amant s'efforçait si bien de
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prendre le masque du poëte, qu'il avait toujours la ressource d'en invoquer les licences, si l'on venait à se fâcher, témoins les deux quatrains suivants.
Le premier avait été inspiré au poëte par la vue d'un lit coquet, en bois de rose, avec des incrustations de vieux Sèvres :
Platon disait, à l'houre où le couchant pâlit : Dieu du ciel, montrez -moi Venus sortant do l'onde; Moi je dis, le cœur plein, d'une ardeur plus profonde : Madame, montrez- moi Vénus entrant au lit
La jeune femme se récriant et affirmant avec modestie qu'elle renonçait à la succession de Vénus, — si court vêtue, — le poëte se tira d'affaire avec ce quatrain improvisé :
Un rêveur quelquefois blesse ce qu'il admiro, Mais si j'osai songer à des cieu\ inconnus.
Pour la première fois aujourd'hui j'entends diro Que lo vœu do Platon avait facile Vénus.
Il n'a jamais existé de femme qui ait si complètement réalisé cette définition de la mythologie païenne : l'Amour est un enfant! 11 n'est pas un collégien de ce tempslà qui n'ait dans sa poche le brouillon ou le projet d'une lettre brûlante adressée à Ozy. 11 n'eût tenu qu'à elle d'écrire sur la porte de son boudoir :
t Ici on prend les amours en sevrage. »
Elle reçut un jour une lettre de quatre pages qui se terminait par ce post-scriptum :
« Si tant d'amour vous a touchée , donnez-m'en une preuve en vous plaçant à votre fenêtre demain à onze heures. Je passerai dans votre rue, à la tète de ma division. »
Par curiosité pure, à onze heures sonnant, l'actrice fait jouer l'espagnolette et risque à la fenêtre le bout de son nez. Son amoureux anonyme n'avait pas menti d une syllabe ; portant le front haut et des bas bleus sur ses talons, ce collégien conquérant marchait fièrement à la tête de la 2 e division du collège... Charlemagne.
Un émule de ce divisionnaire lui écrivait une autre fois :
« Venez me voir à ma pension, je vous ferai passer pour ma tante... »
Mais à la correspondance des deux gamin3 précoces, nous préférons ce trait d un étudiant régence. Celui-ci que son érudition avait familiarisé avec la galanterie des grands seigneurs qui se ruinaient en riant pour Sophie Arnould et la Duthé — lui fit tenir le poulet suivant :
« Palsambleu ! si j'étais roi, je mettrais l'univers à vos pieds; je viens de recevoir ma flotte, j'ai 300 francs, plus quelque menue monnaie, venez la prendre ! »
Moins talon rouge était le titi qui déposait chez la portière du théâtre un simple bouquet de violettes escorté d'un poulet conçu en ces termes :
« Mademoiselle,
« Je ne suis qu'un pauvre travailleur, mais je vous aime comme si j'étais millionnaire. En attendant que je le devienne, je vous envoie ce simple bouquet de violettes. Si ma lettre vous donne l'envie de me connaître et de correspondre à mon sentiment, quand vous serez en scène , levez les yeux au poulailler : mes jambes pendront. »
L'amour est un culte, et comme tel toujours entaché de grossières, de ridicules superstitions. Les femmes auxquelles les contemporains dressent des autels idolâtres, participent de la divinité : on les adore en les défigurant.
Après m'ètre fait conteur d'historiettes, il faut donc, pour que vous connaissiez mon héroïne, me faire peintre et crayonner en quelques traits l'actrice, la femme de t4te et la femme de cœur, car Alice Ozy est tout cela.
Sa réputation de femme d'esprit est si bien établie, qu'Alice a passé pour avoir collaboré aux Causeries de l'ancien Corsaire signées F... Tète et intelligence parfaitement organisées, elle a la probité du comptable, le coup d'œil du financier et la finesse de l'avoué. Gautier disait un jour, en parlant d'elle :
« Si j'avais un sac rempli de diamants, je le confierais à Ozy : elle en remettrait plutôt que d'en prendre. »
Femme sensible, Alice était un peu comme ces avo-
cats dont la source de rémotion vraie n'est pas tarie par l'habitude de plaider le blanc et le noir ; elle croyait toujours au dernier procès, — nous voulons dire au dernier amour pour lequel son cœur était en train de plaider ; — mais ces passions ressemblaient le plus souvent à ces aurores boréales qui n'annoncent qu'un jour trompeur.
Je me souviens qu'une nuit que je la rencontrai à un bal, donné par la belle mademoiselle Bertin, je l'abordai en lui disant d'un ton un peu narquois :
— Eh bien ! comment vont les amours ?
Elb était folle, en ce temps-là, d'un ténor de l'Opéra.
— Tenez, mon ami, me répondit-elle avec un accent pénétré, ne plaisantez pas, je vous en prie, d'un sentiment profond et sérieux. Si vous saviez comme je pleure à présont sur ma vie passée ! L'amour vrai m'a dessillé les yeux. Que ne donnerais-je pas aujourd'hui pour être tombée pure et immaculée dans ses bras ! Ah ! mes remords ! mes regrets ! C'est un châtiment d'en haut. Mais un grand repentir rachète de grandes fautes, et j'espère, ajouta-t-elle avec un regard et un soupir de componction, j'espère que je suis pardonnée !
— Je respecte de pareils sentiments, répliquai-je en prenant un air de circonstance, et presque attendri de la subite conversion de cette nouvelle Marion Delonne.
A quelque temps, je la revis.
— Toujours le cœur pris ? lui demandai-je.
— Ne m'en parlez pas, répliqua t-elle avec un mou-
vement d'épaules, étais-je assez bête !... des pieds longs comme ça !
Et, par une pantomime éloquente, elle allongeait son bras droit dans toute sa longueur, en portant sa main gauche à son épaule. Essayez le geste, et vous verrez.
Alice Ozy n'appartenait pas à la catégorie, si nombreuse aujourd'hui, de ces cocottes du théâtre, dont la comédie constitue le moindre souci et qui font de la scène une des succursales de la bourse aux ameurs. Elle jouait avec conscience et ne manquait ni de rondeur ni de gaieté. Elle a créé des rôles, entre autres Une bonne qu'on renvoie, auxquels elle a imprimé son cachet.
La preuve qu'elle savait jouer la comédie même h la ville, c'est cette anecdote que Roqueplan raconte avec cet humour et cet esprit qu'on essayerait en w An de fixer sur le papier.
Il avait avec Alice Ozy, alors sa pensionnaire aux Variétés, une discussion judiciaire sur une question d'agent. Désireux d'expliquer son affaire et Je faire vak r ses raisons, il va rendre une visite au président de ' x Chambre devant laquelle devait venir sa caus,\
A peine a-t-il pénétré près du magistrat, qu'à la froideur de la réception qui lui est faite, il .e doue qu'il a été devancé par sa partie adverse.
Peu soucieux de plaider une cause qu'il estimait fort compromise, il échange à peine quelques mots, prend
tst MÉMOIRES D'UN JOURNALISTE.
rongé du président, et, une fois dans la rue, aperçoit à quelques pas de la maison une femme vêtue d'une modeste robe d'indienne, les épaules à peine couvertes sous un petit châle trop étroit. C'était Alice Ozy ellemême, qui sortait de chez le juge, à qui, pour l'attendrir et l'intéresser à sa cause, elle s'était présentée comme une pauvre fille vivotant humblement, elle et sa famille, de ses maigres appointements.
D'un coup d'œil, Roqueplan a deviné la ruse. Il accoste sa pensionnaire, et, avec un sourire d'intelligence :
— Arrangeons l'affaire, lui dit-il : ma cause est flam-
A l'heure qu'il est, Alice Ozy, retirée du théâtre, vit à Enghien, en châtelaine, et, détail caractéristique, quand elle se rend à la campagne par le chemin de fer, elle ne monte jamais que dans le compartiment réservé aux dames. La comédienne a disparu... nous retrouvons la fille du notaire.
En ce temps-là la jeunesse et la littérature allaient beaucoup plus à l'Opéra qu'aujourd'hui. 11 est vrai, sans insulter personne, qu'il était autrement fourni de sujets remarquables, et que c'était tout à fait le dessus du panier de la musique.
Il y avait à Paris une classe de viveurs spirituels qui n'eût jamais manqué de se montrer soit à l'orchestre, soit dans une loge attitrée, et surtout dans les coulisses.
Parmi eux, il en est plusieurs qui marqueront dans cette époque, où ils eurent en leur temps une espèce de notoriété.
Tout Paris était encore rempli de leurs aventures ; ils commençaient à vieillir et à passer de mode, quant au genre de leurs plaisanteries; leur esprit survivait à tout.
Un d'eux qui me revient à la mémoire parce que je le vois d'ici à cet Opéra qui me sert de point de départ, c'est Lautour-Mézeray. Il avait toujours à sa boutonnière un camellia large comme une soucoupe, et dans ce temps-là, les cameliias coûtaient trois francs pièce. 11 parvint ainsi à faire parler de lui, et à attirer l'attention.
Ce n'était pas un garçon d'esprit, il avait de l'adresse et de la persévérance. Sa voix rouillée était désagréable, sans aucune distinction ; il n'était pas beau, et pourtant on lui prêta des bonnes fortunes très-enviables. U avait des voitures très- voyantes et d'un goût plus que douteux. Tout cela pour se mettre en évidence.
11 y gagna plus tard une préfecture, celle d'Alger,gràce à ses connaissances de jeunesse. U est venu mourir en province, il y a quelques années, d'une maladie bizarre qui ne lui laissait pas le cerveau très-sain, à ce qu'il paraît.
Ds sont tous morts, ces joyeux personnages, et pas vieux.
Le plus apprécié, celui qui méritait le plus de l'être,
était Roraieu. Je l'ai peu connu personnellement, mais je l'ai vu fort souvent, j'ai entendu parler de lui à tout le monde ; il appartenait au public par son genre de vie, et le public ne se faisait pas faute de s'en occuper. Il y prêtait volontiers le flanc ; ce genre de célébrité ne lui déplaisait pas.
11 y a dix mille histoires de Romieu et de sa bande ; elles passent maintenant à l'état de classiques, comme les batailles d'Alexandre ; on les raconte, on en rit ; quelques-uns les admirent, mais Ton n'est pas tenté de les imiter : ce n'est plus le goût du temps.
Toutes ces histoires sont connues, par conséquent dangereuses à répéter.
Celle qui fit le plus de bruit fut celle du portier de la Chaussée-d'Antin ; on alla jusqu'à la mettre au théâtre ; les Variétés la jouèrent en un vaudeville assez froid. Il faut bien en citer une, et je choisis celle-là. Il se peut que beaucoup de personnes de la génération actuelle l'ignorent.
Un de ces mystificateurs passant rue de la Chausséed'Antin, vit un écriteau d'appartement à louer; fort désœuvré en ce moment, il se le fit montrer dans tous les détails.
Un portier comme on n'en trouve plus marchait devant lui, la casquette à la main, se réjouissant de tout son cœur en écoutant le récit des splendeurs du futur locataire. Celui-ci avait six domestiques, voitures, chevaux, tout ce qu'on voudra, cela ne lui coûtait rien. Le
MÉMOIRES D'UN JOUUNALISTË. 1;
portier calculait déjà ses profits, et sa politesse était à l'avenant.
En descendant l'escaleir, le mystificateur plongeait sur le plus magnifique genou qu'il eût vu de sa vie. L'estimable concierge n'avait que de rares cheveux. 11 devait y avoir quelque chose à faire avec ce cràne-là.
Lorsqu'ils furent dans la cour, au moment de prendre les derniers arrangements, car le scélérat allait donner parole, après être convenus de tout, il ajouta :
— J'y mets cependant une clause de plus.
— Laquelle, monsieur, laquelle? On y consentira.
— C'est que vous me donnerez pour épingles une grande rareté : une mèche de vos cheveux pour ma collection.
— Ah ! monsieur, dit le portier en souriant agréablement, monsieur plaisante, monsieur se moque de moi, il est trop bon.
On se sépara en parfaite intelligence; le portier enchanté du grand seigneur qui allait venir sous son toit, et Romieu, car c'était lui, emportant son histoire pour le rapport.
Le lendemain la porte de la loge s'ouvre : entre un monsieur l'air affairé qui referme jusqu'aux vasistas, et dit mystérieusement :
— Portier, je viens vous demander quelque chose.
— Que veut monsieur? reprit l'autre, dont la physionomie bénigne et placide n'avait pas une pointe de malice.
— Portier, je voudrais de vos cheveux !
— Ah! ah! monsieur, c'est uoe bonne plaisanterie; il y a vingt ans que je n'en ai plus. Ah ! ah ! ah I
lien riait, le malheureux! bientôt il cessa de rire.
A dater de ce moment, le soir, le matin, dans la journée, quinze fois par jour, il venait des jeunes gens lui faire la même demande d'un ton sinistre. Ce fut un cauchemar, une obsession. 11 n'entendait que cette malheureuse phrase. La nuit, ils venaient la lui chanter sous ses fenêtres, en chœur, sur l'air de : Dormez donc, mes chères amours. Il en fut si enragé, qu'il ne marchait, plus qu'avec un bâton; dès qu'une tète se présentait au carreau, il s'élançait pour frapper; il rugissait.
Ils y mirent le comble par un dernier coup.
Un soir, sur le boulevard, devant le café de Paris, un ivrogne avait roulé ilans la boue et dormait au milieu du ruisseau, au risque d'être écras '■. Ils connaissaient ces Parisiens-là, et le lampion de Ilomiuu en fait foi. Ils eu eurent pitié et le ramassèrent, mais cela ne leur suffit pas : leur victime devait avoir le reflet de celte bonne QEtitm.
— Ah! s'écria l'un d'eux très-haut, le pauvre homme se mnirt de faim : il faut appeler du secours, le porter à l'hôpital. Et dire que son frère est riche ! qu'il est tout près d'ici, et qu'il lui refuse sa porte dans l'état où il est. V a-t-il des gens qui ont mauvais cœur?
Quoi? comment? demanda un passant
Il y en avait déjà dix attroupés; cinq minutes après, il y en avait cinquante. Les sergents de ville n'existaient pas alors.
Oui, reprit l'orateur, cet infortuné est le frère d'un propriétaire de la Chaussée-d'Antin, qui est tellement avare, qu'il s'est fait concierge de sa propre maison. Il l'a chassé, le misérable ! malade comme vous le voyez.
— C'est une horreur ! hurla la foule.
— Faisons justice, cria un autre ; portons-le-lui.
— Oui ! oui 1
On prit l'ivrogne souillé de boue, on le porta en effet chez ce malheureux, et de force on le lui cou, ha sur son lit , pour lui apprendre ses devoirs de famille. L'ivrogne ne s'y gêna pas, il s'y carra de toutes les manières, et Dieu sait les suites !
Ce fut le couronnement de l'œuvre ; le lendemain le portier déserta et s'alla cacher en province. Il n*en a pas moins servi de type à Eugène Sue, un des auteurs de la comédie, pour son Pipelet des Mystères de Paris.
Encore une anecdote, c'est la dernière. Je la crois moins connue que les précédentes.
Romieu se présente un jour dans un grand magasin de draperie ; il s'adresse au patron lui-même, fournisseur de plusieurs administrations importantes, et faisant, année courante, pour plusieurs millions d'affaires.
— Monsieur, lui dit-il, je désirerais voir du drap rouge
— De quel rouge, s'il vous plaît, monsieur ?
— Le plus beau... et surtout de qualité supérieure... je ne regarde pas au prix.
Le commerçant , qui flaire une grosse commande , appelle ses commis, fait ouvrir et déployer une demidouzaine de ballots.
Romieu examine toutes les étoffes, compare, fronce le sourcil.
— Ce n'est pas encore ça... Il me faudrait quelque chose de plus... rutilant.
— Monsieur veut -il de Técarlate?... c'est superbe, mais c'est fort cher... Monsieur sait que la cochenille est en hausse.
— Peu importe... je vous le répète, je ne regarde pas au prix.
— Voilà un chaland comme on n'en voit pas tous les jours, se dit le marchand, qui suppute déjà mentalement les profits de la fourniture.
— Montrez à monsieur le rouge anglais, crie-t-il à un commis, qui s'empresse d'étaler l'étoffe demandée sous les yeux du nouveau client.
— Parfait, dit Romieu, cela fait admirablement mon affaire. — Veuillez, je v us prie, m'un couper de quoi faire... une crête à un moineau.
Romieu qui, avec son esprit, avait du savoir-faire, voulut devenir sérieux en prenant de l'âge. On ne le crut pas sur parole. Sa gravité passait pour une mysti-
fication. On lui riait au nez lorsqu'il essayait de parler raison. Témoin le fameux arrêté pour la destruction des hannetons, en Périgord, où il était préfet.
C'était pourtant une mesure fort sage. Lorsqu'il s'avisa de la proclamer, ce fut un épanouissement général ; tous les journaux la répétèrent avec des commentaires de leur façon. Un excellent ami, Dantan, qui faisait si bien valoir les charges humoristiques, représenta Romieu en hanneton, posé sur un lampion, le fameux lampion de tout à l'heure, qu'il plaça, comme tout le monde le sait, sur le ventre de son ami ivre-mort, en le laissant au milieu de la rue, où il était tombé, afin que les voitures ne l'écrasassent pas.
Sa première jeunesse s'était passée à faire des gamineries avec ses amis tous tant qu'ils étaient. Ils furent enfants très-tard, et des enfants terribles bien drôles. Leurs espiègleries défrayaient la chronique, comme aujourd'hui les cabrioles et les cascades du monde de Breda. Ils étaient connus de tout Paris ; on se les montrait, on ne pouvait les regarder sans rire. On attendait toujours d'eux quelque farce nouvelle. Ils passaient leurs nuits à courir les rues pour décrocher les enseignes, faire tinter les sonnettes; enfin toutes les gentillesses que leur imagination d'écolier pouvait inventer.
Vous en avez eu des échantillons.
Et voyez cependant combien il est difficile, en cer-
160 MÉMuIRKS D'UN JOURNALISTE.
tains cas, d'effacer les impressions. Roinieu préfet, Romieu écrivant le Spectre rouge, Ftomîeu directeur des beaux-arts, je dis plus, Roinieu s'étant fait ennuyeux afin de se donner une tournure officielle, Romieu ne parvint jamais à être aulre chose qu'un homme qui fait rire. Personne ne le prit pour un vrai fonctionnaire ; on lui eut volontiers fait le signe du gamin de Paris, auquel il était lui-môme très-sujet autrefois.
Bien plus , et ceci est excessivement triste , Romieu est mort de chagrin.
On n'y a pas cru. Il adorait son fils, qui périt eu Crimée. Six mois après, cette douleur le tua. Personne n'en fut touché comme on l'aurait été pour un autre. L'homme le plus gai île France ne pouvait pas avoir un désespoir semblable, — Bah t c'est encore une farce !
Voilà pourtant comment on sait la vérité vraie, même sur les contemporains.