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imaginaires. Or, le gouverneur Gumming, en trouvant intactes les archives de la cour supreme, comprit aussitot l'inanite de toutes les autres accusations. Ses correspondances conlribuerent beaucoup a detromper le cabinet de Washington. Emules du juge Drummond, les dissidents de Carson Valley nous calomniaient sans scrupule, dans le double but de pousser le gouvernement federal a sevir contre nous, et de legitimer l'acte revolutionnairedeleur separation. II est parfaitement vrai qu'en septembre 1 857 cent quarante emigrants americains avaient ete massacres impitoyablement pres de Mountain Meadows, dans le sud d'Utah, par des Indiens. Ce convoi se rendait aux Etats-Unis en Californie. Les Peaux-Rouges n'epargnerent que les enfants a la mamelle. Gette aiTreuse boacherie, comme tous les crimes anterieurs imaginables, fut nalurellement mise sur le compte des Mormons. Mais le docteur Fourney, surintendant des affaires indiennes de notre territoire, ayant fait, en 1859 et sur les lieux meme, une minutieuse enquete, publia dans le Deseret News une longue declaration, qui nelaissait pas I'ombre d'un doute sur les vrais coupables. Ainsi s'evanouil. la derniere calomnie de nos ennemis. Sans l'hospitalite et les secours de toute nature qu'ils trouverent constamment chez ies Mormons, sur deux cent cinquanle mille emigrants qui ont deja traverse l'Utah pour se rendre en Californie, les neuf dixiemes auraient peri en chemin.
Au printemps de I860, l'armee americaine quitta le territoire d'Utah, sauf deuxou trois compagnies.
En mai \ 861 , cette faible garnison reprit la route
de l'Union. Avant de partir, ellevendita l'encan toutes les constructions du campement, son materiel, le surplus de ses vivres, tout ce qu'elle avait, sauf ses munitions de guerre et 25,000 fusils qu'elle enfouit sous terre par ordre du gouverneinent. De mauvaises langues ont dit qu'apres le depart de la garnison, les Mormons avaient su retrouver la totalite de ces amies. Certes, ils en sont bien capables. Cette vente publique fut desastreuse pour les interets du gouvernement central. Les objets ol'ferts, qu'on evaluait ensemble a la somme de vingt millions de francs, s'y vendirent presque pour rien. Pour ne citerqu'un seul article, les sacsdefarine de premiere qualite, dupoids de cent livres, n'obtinrent qu'un demi-dollar piece. Ce jour-la, certains petits capitalistes mormons firent cbacun, en deux heures de temps, une fortune considerable.
Ainsi, cette fameuse expedition, que tant de fanatiques des deux hemispheres croyaient destinee a exterminer les saints, ne put faire tomber un seul cheveu de leurs tetes. Le calme le plus profond n'a cessede regner dans le pays. Le sejour de l'armee a laisse des capitaux considerables dans le pays, a procure' aux habitants nombre d'articles a bas prix dont ils avaient grand besoin , et a elimine de leurs rangs tous les homines faiblesdanslafoi. Lesjournauxamericains, qui depuis quatre ans sonnaient le tocsin contre nous, ont fini par comprendre leur erreur et par adopter un langage plus modere ! Aujourd'hui, labrulante question de l'esclavage les absorbe exclusivement. Tandis que les homines d'Etat de l'Union demontrent superbe-
ment leur impuissance a resoudre ce terrible probleme social, Brigham Young, le prophete, le genie illettre, poursuit resolument son ceuvre. En avril et mai 1861 , environ deux mille saints europeens de diverses nationalites, mais parmi lesquels dominait la race scandinave, sont partis de Liverpool pour aller rejoindre leurs freres d'Amerique. Un seul navire, le Monarch of the Seaen a transporte 960 a la fois. C'estainsiqu'endepit du scepticisme universel du siecle, nos apotres recrutent des adeptes partout on ils peuvent se faire entendre. Tous les ans, la vieille Europe fournit un contingent plus considerable d'ames d'elite a cette ceuvre etrange, incomprise et incomprehensible qui a nom « mormonisme. » N!est-ce point la un signe que les temps approchent ?
Caract^re ^cloctique de la nouvelle religion. — Theogonie des Mormons. — La terre soumise aux memes purifications que Phomme. — Trois resurrections. — Age d'or de mille ans. — Doctrine ties Mormons sur le jngement universel et les degre.-, divers de remuneration. — Hierarchic religieuse. — Unanimite des suffrages religieux etpolitiques.— Initiation del' Endowment- House. — Refutation des calomnies debitees a ce sujet,.
D'apres les details historiques qui precedent, on doit commencer a se faire une idee un peu plus exacte de
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nol.re Eglise si calomniee. Nous allons maintenant en exposer les dogmes principaux.
Ce qu'on appelle vulgairement le « mormonisme, » c'est, nous le repetons, la restauration et le complement du christianisme. Gorollaire des revelations anterieures, la communication celeste faite a Joseph Smith a retabli les rapports entre le ciel. et la terre, et prepare pour les derniers temps un peuple nouveau, dont elle recrute les elements parmi toutes les nations actuelles.
Le premier caractere qui frappe l'esprit en etudiant cette religion, c'est l'universalite. Rien de moins exclusif que son symbole : elle embrasse toutes les verites morales, scientifiques , artistiques, industrielles , de quelque part qu'elles viennent. Sagement eclectique, elle reconnait que toutes les religions positives, toutes les sectes chretiennes, toutes les societes humaines, possedent des verites melees a l'erreur. Elle invite ainsi a l'unite tous les cultes, tous les peuples de la terre. Extraire toutes ces parcelles de verite, recueillir tous les bons et vrais principes qui existent dans I'univers, pour les coordonner dans un symbole general, tel est le trait caracteristique de sa mission. L'entiere fusion des races, l'unite complete de la famille humaine, tel est son but, telle est sa raison d'etre.
Essayons maintenant de donner une idee de la theogonie des Mormons, au risque de faire sourire plus d'un incredule. « Dieu le pere, adit Joseph Smith, reside sur un grand Urim-Thummim, globe immense situe au centre de toutes les creations, semblable a une mer de verre et de feu, ou Unites choses passees, presentes et
futures, se refletent incessamment sous ses yeux... S'il se montrait a nos regards, nous le verrions semblable a nous par sa forme, semblable a nous dans toute sa personne et sa figure, puisqu'Adam a ete cree a son image et ressemblance, a regu de lui des instructions, a marche, converse avec lui, comme un homme parle et s'entretient avec un autre. »
Le debut de la Genese est ainsi traduit par Joseph Smith : « An commencement, la tete des dieux convoqua un conseil des dieux , et ils se reunirent et mediterent un plan pour organiser le monde et le peupler. » — Les purs principes des elements, dit encore notre Moi'se, peuvent etre organises et reorganises, mais non aneantis. Ce n'est done pas : Dieu a cree le monde, qu'il fallait traduire, mais : Dieu a organise le monde avec les elements qui existaient. Le mot baurau ne veut pas dire cre'er de rien, mais bien organiser. Dieu n'a pas cree l'ame de l'homme, mais il a fait le corps avec de la terre, et il a place dedans l'esprit de 1'homme, dont l'existence est coegale a la sienne. J'insiste sur l'immortalite de l'esprit de l'homme. Est-il logique de dire que ['intelligence des esprits est immortelle, quand elle a eu un commencement? L'intelligence des esprits n'a pas eu de commencement, elle n'aura pas de fin; il n'y a jamais eu de temps ou les esprits n'aient pas existe. Je prends un anneau de mon doigt, et je le compare a l'ame de l'homme, — la partie immortelle, — parce qu'il n'a pas de commencement. Supposons que vous le coupiez en deux, alors il a un com mencement et une fin ; mais reunissez-les, faites-en un
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lout, il continue de nouveau a etre un cercle kernel. II en est de meme de l'esprit de l'hornme : aussi vrai que le Seigneur existe, s'il a un commencement, il aura une fin. Tous les fous, les savants et les sages, depuis le commencement de la creation, qui disent que l'esprit de l'homme a eu un commencement, prouvent qu'il doit avoir une fin ; si cette doctrine est vraie, il s'ensuit que la doctrine de l'annihilation devrait etre vraie aussi. Mais si j'ai raison, je puis avec hardiesse proclamer que Dieu n'a jamais eu le moins du monde le pouvoir de creer l'esprit de l'homme. Dieu lui-meme ne pouvait pas se creer... Dieu, se trouvant place au milieu des esprits et au milieu de la gloire , reconnut qu'il convenait a lui, le plus intelligent de tous, d'instituer des lois par lesquelles les autres esprits pourraient se perfectionner comme lui... »
Avant, pendant etapres cette vie, chaque homme fait sa propre destinee. Cet article supreme de notre foi resume toute notre theologie.
Des idees precedemment exposees sur la nature de l'Etre supreme, derivent logiquement des explications speculatives sur les mysteres de la Trinite, de 1' Incarnation et de la Redemption, lesquelles different en plus d'un point de celles presentement admises dans les diverses communions chretiennes. Ne pouvant donner ici un traite complet de notre theologie, nous nous bornerons a en indiquer quelques traits principaux, capables de provoquer Fatten tion des esprits serieux, par leur analogie avec les revelations primitives et les mysterieux instincts de l'ame.
Nous admettons une infinite d'etres d'une nature superieure aux homines et aux anges memes. Ces etres superieurs on dieux ont a leur tete un chef supreme, notre Pere celeste. II y a des dieux femelles de
toute eternite, ce sont les reines duciel Mais, avant
d'aller plus loin, il importe de bien definir ce mot de dieu, et les trois categories hierarchiques d'etres intelligents qui, selon nous, peuplent l'univers. On verra que nos croyances sont moins opposees au sens commun qu'on ne nous fait generalement l'honneur de le croire,et qu'elles rappellent meme d'une maniere frappante certaines conjectures des Peres de l'Eglise grecque etlatine, fondeessur d'antiques traditions, injustement negligees.
Un etre immortel, possedant une organisation parfaite d'esprit et de matiere unie a l'esprit et complet dans ses attributs, jouissant en consequence de toute la plenitude de la gloire celeste, est appele un dieu. Un etre immortel, en progres de perfection et doue d'un moindre degre de gloire, est appele un ange. Un esprit immortel d'homme, qui n'est pas uni a un corps de chair, s'appelle un esprit. Un esprit immortel, revetu d'un corps mortel, s'appelle un homme.
Toute cette organisation hierarchique est dominee par un president ou un chef supreme, qui est le Pere de tous. Apres lui vient immediatement Jesus-Christ, le premier-iie d'entre toutes les creatures, et le premier heritier de tous les mondes eternels. Au-dessous d'eux, les anges et les homines sont repandus parmi les divers systemesplanetairescomme des colonies, des royaumes.
des nations. Toutefois, il s'est accompli, relativement a notre planete, laterre, quelque chose d'exceptionnel, de considerable, qui a produit une emotion profonde dans le monde des intelligences.
Ici, nous rentron's, a certaines variantes pres, dans les traditions de 4a chute du premier homme et des mauvais anges, cause active et permanente de tous les maux qui affligent d'age en age l'humanite, et dans celles du mystere de la Redemption. Un de nos dogmes fondamentaux, l'intime solidarite de la terre avec ses habitants, existait al'etat d'embryon dans les anciennes Eglises chretiennes d'Occident. Notre theologie definit d'une fagon lucide et complete cette association providentielle des destinees de la terre a celles de l'humanite, ce mysterieux parallelisme qui a existe des l'origine, et se maintient entre notre globe et ses habitants. Organised primitivement pour servir de demeure a des etres parfaits, immortels, la terre a connu le mal et la mort, par la desobeissance de l'homme et en meme temps que lui. Souillee par les abominations antediluviennes, elle fut purifiee en partie par le deluge, qui fut pour elleun bapteme. Une nouvelle humanite sort i I de l'arche de Noe. Depuis cette epoque, la terre a eu, Lantot dans son universalite, tantot dans certaines fractions habitees par des races plus particulierement benies ou maudites, des phases de prosperite ou de decadence, correspondant aux predominances alternatives du bien ou du mal parmi les homines. L'ingratitude plus odieuse des peuples specialement visites de Dieu laisse en quelque sorte une ombre plus profonde sur le
theatre contriste de leurs egarements. Voila pourquoi nulle region n'etale, meme aux regards imparfaits des hommes mortels, des traces plus visibles de desolation que la Judee. Elle doit toutefois etre consolee et vivifiee, dans le dernier age du monde, par la conversion des derniers descendants du peuple deicide. Cette renaissance de la Judee, indiquee deja par le christianisme, est reproduite avec de grands details dans nos revelations.
La solidarity de la terre et de l'homme, vaguement apergue par quelques poetes et quelques philosophes de l'ancien monde, est erigee en article de foi dans le mormonisme. Nous croyons ce dogme susceptible de jeter une grande lumiere sur des problemes sociaux regardes jusqu'ici comme insolubles, etnotamment sur ces mysterieuses aifinites qui sollicitent l'ame humaine a la contemplation de la nature. Mais voici un avantage nullement metaphysique, tout positif, qui decoule immediatement de ce dogme. II implique virtuellement que la region habitee par les saints est appelee a devenir une terre riche et fertile entre toutes, la plus semblable possible a la terre completement purifiee et glorifiee, qui sera, a la fin des temps, l'apanage exclusif des saints de tous les ages du monde ; c'est la consecration la plus energique du travail agricole qui ait jamais figure dans aucun code religieux. Aussi les Mormons, au debut de leur ceuvre, sont ils deja les plus intrepides, les plus habiles cultivateurs du monde. La fondation de ce pacifique sanctuaire du travail n'est-elle pas de nature a provoquer de serieuses reflexions de la part
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des hommes les plus clairvoyants de l'ancien inonde, de ceux qui deja voient monter a 1 'horizon des civilisations usees, le meteore sanglant des guerres sociales ! Helas! le plus cruel chatiment de ceux qui nous raillent, sans nous comprendre, sera peut-etre, dans quelquecataclysme prochain, de ne pouvoir aller jusqu'a nous. Parmi ceux qui s'etaient moques de la construction do l'arche, combien ont sombre avec desespoir dans les eaux du deluge, en s'efibrcantvainement de la rejoindre ! La plus grande crainte que nous inspire l'avenir, c'est celle d'elre trop bien venges.
Les saints des derniers-jours admettent trois resurrections parfaitement distinctes. L'une est passee, les deux autres sont a venir. La premiere resurrection a eu lieu en meme temps que celle du ChrisL. Elle a compris les saints el les prophetes des deux hemispheres, depuis Adam jusqu'a Jean-Baptiste. La deuxieme aura lieu prochainement. Elle comprendra les saints des premiers siecles de notre ere, les saints des derniersjours, et tous ceux qui auront embrasse 1'Evangile et vecu conformement a ses lois, depuis la premiere resurrection. Elle sera immediatement suivie du deuxieme avenement de Jesus-Christ, de la conversion et de la rehabilitation des Juifs. Sur ces deux points tres-importants, nos doctrines, parfaitement conformes a la foi chrelienne primitive, different beaucoup des croyances imposees par les eglises oflicielles de l'ancien monde. Suivant nos revelations complementaires, a la voix du ChrisL, les deux hemispheres, si longtemps inconnus, puis ennemis l'un de l'autre, se fondront de
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nouveau ensemble. L'Ocean sera refoule dans ses anciennes limites du nord. Les times inhabitables seront abaissees,.les precipices inaccessibles exhausses; les marais et les endroits pestilentiels disparaitront; les solitudes arides et les regions polaires seront benies et redeviendront temperees etfertiles. La terre, rajeunie, reprendra son ancienne forme et sa purete providentielle.
Ici, nous retablissons, avec toute 1'autorite d'une revelation formelle, 1'une des plus celebres traditions du christianisme primitif, celle de I age dor de mille ans, connue et celebree par les prophetes et les poetes d'lsrael, et que les Eglises grecque et latine ont eu le tort grave de rejeter, puisque ce dogme, etabli par Jesus-Christ lui-meme, a ete forme llement enseigne par ses apotres, et clairement revele par saint Jean dans son Apocalypse.
Le deluge de Noe fut pour la terre entiere un veritable bapteme. C'est le Sauveur, a l'epoque de son deuxieme avenement, date a jamais solennelle, qui se prepare; c'est le Messie toujours attendu par les descendants d'lsrael ; c'est Jesus-Christ lui-meme qui, en purifiant la terre par un deluge de feu et d'esprit, y introhisera personnellement le regne de la justice etde la verite absolue. C'est a Jerusalem, du haut de la montagne des Oliviers, qu'il se revelera, dans tout l'eclat de sa gloire et de sa puissance, a toutes le ; nations. C'est alors que commencera l'age d'or de mille ans.
Dans cette ere sabbatique du genre humain, Top-
pression et la tyrannie n'existeront plus ici-bas, sous aucune forme; les tenebres et l'ignorance disparaitront; la guerre cessera, et a la place du peche, de la douleur et de la mort, regneront la paix, la justice et la verite ; le lion, le tigre et le leopard paitront l'herbe des champs en compagnie des agneaux et de leurs meres ; l'homme vivra presque autant que les arbres les plus vivaces, et tous connaitront Dieu depuis le premier jusqu'au dernier ; les nations, qui jusque-la repoussaient ou ne comprenaient qu'imparfaitement l'Evangile, seront alors rachetees et admises au privilege de servir les saints du Tres-Haut. Ces elus de la derniere heure deviendront laboureurs, vignerons, jardiniers, macons, etc. ; mais les saints seront les proprietaires du sol, les rois, les gouverneurs, les juges de la terre. Gomme les enfants de l'homme se multiplieront rapidement a cette epoque de paix, on developpera un systeme nouveau d'agriculture qui s'etendra sur le globe entier, dont la surface se transformera en un vaste Eden, ou croitront les arbres de vie, dont on pourra desormais manger les fruits. Les sciences, les arts, l'industrie feront de nouveaux progres ; les chemins de fer et les telegraphes electriques seront etablis partout, et tous les moyens de locomotion seront perfectionnes; toutesles nations seront associees dans une grande fraternite. Une theocratie universelle regira tout le corps politique. Bref, il n'y aura pour tout l'univers qu'un Seigneur, une foi, un bapteme, un esprit. Un iiiteret commercial equitable, fonde sur la necessite et l'opportunit^ d'un mutuel echange de produits, for-
m6moi.rf.s d'un mormon. 149
mera d'un autre cote un important mobile d'union. L'or, l'argent, les pierres precieuses, deviendront des materiaux ordinaires de constructions. Telle sera l'ere heureuse qui doit remplacer le present etat des nations. Enfin, cet age de felicite sera couronne par la troisieme et derniere resurrection, laquelle comprendra tous les membres de la famille humaine qui n'auront pas eu part aux deux premieres. A cette epoque de la supreme plenitude des temps, notre revelation rapporte le jugement universel , puis l'accomplissement d'une prophetie, dont on retrouve des traces nombreuses dans les traditions du christianisme et meme dans celles de l'lnde, la purification pleine et entiere, la complete transformation de notre planete par le feu. C'est alors que Jesus-Christ viendra et dira : Void, je vais faire toutes choscsncuvelles. C'est alors que notre globe deviendra sejour celeste. Cette terre glorifiee, dont aucune langue humaine ne saurait exprimer dignement les splendeurs et les felicites, demeurera sous le sceptre souveraindel'^maettdes jo urs, Adam, notre Grand-Patriarche, l'apanage exclusif des elus qui, au jugement universel, seront reconnus avoir atteint, dans leur vie anterieure, le comble de la perfection, avoir connu dans toute sa purete la revelation evangelique, et n'avoir jamais devie de ses preceptes. Apres ceux-ci, mais a un degre de beatitude et de dignite bien inferieur, seront admis tous les homines qui auront vecu honorablement, mais en dehors de la loi revelee, depuis l'origine de l'humanite. Cette categorie, plus nombreuse que la premiere, comprendra, avec les ido-
fatres vertueux, les gens de bien qui ont appartcnu aux diverses communions chretiennes ou lesvraies traditions se trouvent alterees. Le 16 fevrier 1 83 2, Joseph Smith eut une sublime vision dans laquelle les trois cieux lui fureht successivement montres avec leurs trois beatitudes distitictes, savoir : la gloire ce- Iestiale dont le soleil est le type ; la terrestriale, dont la lune nous oltre un symbole; enfin la gloire telestiate, la moindre de toutes.- Cette derniere categorie, la plus nombreuse des trois, comprendra tous ceux qui n'auront suivi, duranL leur vie mortelle, que les inspirations de leurs propres passions. La dispensation supreme des oeuvres humaines leur assignera une situation de dependance, de sujetion paisible, mais absolue. Leur inferiority, toutefois, ne sera pas irrevocable ; ils pourront etre appeles, dans d'autres mondes, a de nouvelles epreuves, et remonter au second, meme au premier rang, s'ils en sortent vainqueurs.
Cette repartition dans la vie future n'est que le developpement de la doctrine des trots deux, dont le germe se trouve dans les Epitres de saint -Paul. Enfin, dans cet e'rifef dont la tradition chretienne atteste I'existence, et dont les sombres descriptions du Dante n'offrent encore qu'une image tres-affaiblie, gemiront a jamais les hommes coupables des crimes dont le Christ a lui-meme proclame rirremissibilite, et les esprits rebelles qui se sont volontairement places, comme eux, en dehors de toute redemption.
On voit que l'ecleclisme preside a I'ensemble de ces croyarices. A ce titre, ne semblent-elles pas ineriter au
moins quel que indulgence de la part des esprits impartiaux? Nous ne renvoyons pas, nous, l'anatheme ou l'injure qu'on nous prodigue. Tout en attribuant , d'apres l'autorite de notre foi, une plenitude de gloire et de felicite a ceux qui auront connu la verite tout entiere et conforme leur vie mortelle a ses preceptes, nous ne contestons ni le repos, ni meme un certain degre de beatitude aux fideles des Eglises dissidentes. Nous ne rejetons aucune vertu, meme imparfaite ; nous ne damnons aucune faiblesse, pour pen qu'elle merite quelque pitie. Notre theologie reproduit fidelement la saine doctrine chretienne, degagee de 1'intolerance fougueuse des temps de fanatisme, intolerance qui a pu avoir humainement sa raison d'etre, mais que la revelation divine ne sanctionne pas. Quant a la doctrine des differents degres de remuneration dans la vie future, elle s'appuie sur les lumieres de i'equite naturelle, et mieux encore sur l'affirmation de Celui qui a dit : « II y a plusieurs demeures dans la maison de mon Pere. »
L'Eglise des saints des derniers-jours a trois livres sacres, la Bible, le Litre de Mormon et celui des Doctrines et Alliances. L'Ancien et le Nouveau Testament ont ete traduits en entier par Joseph Smith. Cette traduction, remarquable a plus d'un titre, sera publiee ulterieurement en entier.
A en jugerpar ce qui a paru, cette nouve'lle version, ayant ete donnee par inspiration, jettera le plus grand jour sur une foule de passages obscurs, et aura sur toutes les Bibles connues des avantages inappreciables.
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D'apres nos theologiens, la revelation chretienne est indefmiment progessive. Exemple : le Livre de Mormon, corollaire et complement indispensable de la Bible, nous rdvele que les Indiens de l'Amerique sont des descendants de la maison d'Israel. On lit dans la Gencse qu'avant sa mort, le patriarche Jacob benit tous ses enfants et qu'il confera solennellement a Ephra'im, lils de Joseph, lesauveurdel'Egypte, toutl'hemisphere occidental pour son heritage eternel . Avant de mourir, et en benissant les douze tribus d'Israel, Mo'ise confirma lui-meme sur la tete de Joseph cette promesse divine. L'Amerique est la Terre-Promise de Joseph. Or, sans une revelation speciale, l'homme moderne n'eut jamais pu decouvrir, par son propre savoir, l'origine des anciens habitants du nouveau monde. Tout homme vraiment religieux doit voir que ce seul fait relie, dans l'ordre divin, le Livre de Mormon a la Bible d'une maniere indissoluble.
Entheologie, le premier de cesdeuxlivres sacresnous re'reledeivi autresfaits dont l'importance est inappreciable. 11 nous apprend qu'apres son ascension au ciel, Jesus-Christ, en sa qualitede Bedempteurdeshommes, alia fonder son Eglise en Amerique et initier lui-meme ses anciens habitants aux sublimes verites de l'Evangile, et qu'ensuite il alia remplir la meme mission aupres des dix tribus perdues d'Israel. Annonce formellement par l'Ancien et le Nouveau Testament, le Livre de Mormon doit etre" considere comme un deuxieme temoignage en faveur de la divinite du Christ. De la l'importance extreme de ce message divin. Une revelation
ne pouvant se prouver que par Ies revelations anterieures, toute dissertation la-dessus serait ici hors de place.
Un seul mot sur les tribus perdues d'Israel. Que sont devenues ces dix tribus ? Cette question a souleve, de siecle en siecle, des polemiques sans fin chez les commentateurs de la Bible. Le plus profond mystere regne encore sur le pays quhabitent ces enfants d'Israel. Nous savons, par le Livi e de Mormon, que le Christ a fonde parmi eux son Eglise. Mais dans quelle partie du monde sont done ces tribus perdues ? Cette importante question merite les honneurs d'une digression.
Le prophete Joseph, dans une de ses plus precieuses revelations, nous apprend qu'elles habitent ensemble les pays du Nord. Quand Jesus-Christ viendra, dans toute la splendeur de sa gloire, mettre tous ses ennemis sous ses pieds et introniser lui-meme le regne de la justice ici-baj, les prophetes de ces dix tribus d'Israel entendront sa puissante voix. Alors ces saints hommes frapperont les rochers, et les glaces se fondront en leur presence. Un chemin sera jete au milieu de l'Ocean. Leurs ennemis tomberont sous leurs coups ; des sources d'eau vive jailliront devant eux et arroseront de vastes solitudes arides. lis apporteront leurs riches tresors aux enfants d'Ephraim, sur la terre de Sion'. Pendant leur marche, les montagnes treml)leront en leur presence, lis se rendront a Sion en chantant des hymnes
1 D'apres les Mormons, Sion sera le nom futur du Nouveau- Monde, e'est-a-dire des trois Ameriques.
1bi m£moires d'un mormon.
d'une joie eternelle, pour y etre couronnes de gloire par les serviteurs du Tres-Haut, les enfants d'Kphraim. Telles sont les faveurs que Jehovah repandra sur les dix tribus d'lsrael, et telles sont les plus grandes benedictions que recevront les enfants d'Ephraiim et leurs coinpagnons.
C'est en ces termes que Joseph a decrit quand et comment les dix tribus perdues d'lsrael seront revelees au reste du monde, ainsi que leur marche triomphale a travers les solitudes de l'Amerique pour se rendre en Palestine, lieu de leur heritage. D'apres ce qui precede, notre globe aurait quel que part des regions qui nous seraierit encore totalement incohnues.
tin nouveau continent git quelque part dans I 'Ocean arctique. On sail que le pole boreal constitue la partie la plus mysterieuse de notre planete. En 1854, le docteur Kane reussit a penetrer dans le detroit de Smith, par l'extremite meme de la mer de Baffin. Avant lui, dix navires anglais ou americains avaient peri dans ces climats horribles. L'intrepide docteur, gli-sant avec son navire entre les recifs et les glaces amoncelees, parvint as'elever, au milieu desecueils. jusqu'a la hauteur du soixante-dix-neuvieme degre de latitude nord. Pendant deux ans, il affronta en ce point les rigueurs de ces formidables hivers, ou la nuit dure cent vingt jours, et ou la temperature s'abaisse jusqu'a la congelation du mercure et de l'alcool.
Poursuivant la tres-laborieusement ses savantes recherches, il constate que la mer de P>affin court directement au nord, entre le Greenland et les nouvelles
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terres qui ont recu le nom de Louis-Napoleon. Apres des privations sans nombre et des souffrances dont le recit seul epouvante, il arrive, en se trainant, au pied d'une infranchissable barriere herissee d'aiguilles menacantes et de glacons amonceles. C'est le cercle de YEnf'cr du Dante. Mais, sur ladroite, s'entr'ouvre une breche etroite, profonde, tortueuse. II penetre, il la franchit. Etrange et merveilleux fut alors le tableau qui s'offrit a ses yeux ! En un instant, il touche a la realisation de ses reves. La mer, la mer libre et sans bornes s'etend enfin tout a coup devant lui ! Pas une terre en face, pas un glacon a l'horizon! Les bords resserres du long detroit de Smith, qu'il a suivi pendant quatre-vingts milles, s'elargissent subitement et limitent, en fuyant a Test et a l'ouest, Pimmense nappe a reflets verdatres, dont les Hots, souleves par la brise, viennent rouler jusqu'a ses pieds. Des phoques, des lpups marins, des nuees d'oiseaux de mer, couvrent le rivage. Partout la vie, partout l'influence d'une bienfaisante chaleur rayonnent du sein de cet oce'an inconnu. Tel est le nouveau champ d'exploration que le docteur Kane, en mourant vie time de son amour pour la science, a legue naguere a nos contemporains. Quel navigateur ira maintenant nous devoiler les mysteres de eette mer inconnue?...
Mon humble opinion est que les dix tribus perdues d'Israel setrouventla, dans un continent, que Dieu s'est reserve de nous reveler lui-meme. Alors toute la terre sera connue ; alors trois temoignages differents, la Bible, le Lime des Mormons et les annales sacrees des dix tri-
Iris perdues d'lsrael annonceronta ses habitants que le Christ estbien le Messie promis aux fils dechus d'Adam, et qu'il a rachete tons les hommes sur le Calvaire.
Notre Litre des Doctrines et Alliances contient didactiquement les doctrines officielles de l'Eglise et les revelations particulieres donnees an prophete Joseph. Ces revelations, quireglent tout ce qui concerne les sacrements, la hierarchie, le mariage, le divorce, la question de propriete, et jusqu'a l'hygiene, sont considerees par les saints comme 6"tant aussi sacrees que celles de la Bible et du Litre de Mormon.
Le bapteme et la confirmation, fondeinent de l'Eglise ehretienne primitive, sont les deux sacrements d'initiation a notre Eglise. Le bapteme ne s'administre que par immersion, pour la remission des peches, et aux adultes seulement. La confirmation se confere en imposant les mains sur la tete des catechumenes. Nous admettons aussi, en principe, un bapteme pour les morts : il pourra etre administre, par representation, aux vivants, au profit de leurs parents ou amis decedes, qui n'ont pas eu le privilege de connaitre l'Evangile ici-bas. Mais ce genre d'initiation ne pourra commencer a etre pratique que dans le temple, aussitot que la construction en sera terminee. Nos autres sacrements sont l'Ordre, le Mariage et l'Onction oleagineuse. Les saints n'ont en general qu'une confiance tres-limitee dans l'efiicacite de la medecine proprement dite. II y a cependant des medecins dans l'Ltah. Mais tous ou presque tous se trouvent reduits, faute de malades, a s'occuper de chimie. Pour guerir les maladies
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internes, les saints se bornent teplus souvent a l'application d'huile consacree et a l'imposition des mains ; puis on laisse agir la nature. Seulement, dans les fractures ou autres lesions externes, ils ont recours a la chirurgie.
11 est une revelation celebre dans l'Eglise sous le nom de Parole de sagesse; elle forme tout un code hygienique, Elle conseille en ces termes I 'abstinence du tabac et des boissons : « Les liqueurs et les boissons fortes ne sont pasdestinees a l'interieur du corps, mais aux lotions externes. De meme, le tabac n'est point du tout bon pour l'homme; c'est une herbe susceptible de guerir les meurtrissures et les animaux malades, mais dont l'emploi exige beaucoup de prudence et d'habilete. » La meme revelation proscrit les boissons chaudes, et donne d'autres preceptes interessants sur l'usage modere de la viande et sur celui des diverses cereales. Elle semble pronostiquer une loi plus parfaite, qui nous prescrira formellement l'emploi d'un regime exclusivement vegetal.
II y a dans l'Eglise deux ordres de pretrise : le sacerdoce de Melchisedech, et la pretrise d' Aaron, comprenant celle des Levites. Le sacerdoce de Melchisedech est superieur a l'autre; c'est celui qui donne le droit de presidence, le pouvoir et l'autorite supreme sur toutes les charges de l'Eglise, dans tous les ages du monde ; ce qui est parfaitement conforme aux traditions hebrai'ques et chretiennes. La hierarcbie de l'ordre de Melchisedech est constituee de la maniere suivante dans la metropole de Sion. II y a d'abord
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trois grands pretres presidents, choisis par le corps entier pour former un quorum* de la pr£sidence de l'figlise. Les titulaires actuels sont Brigham Young, Heber C. Kimball et Daniel Wells. Viennent ensuite les douze apotres ou temoins spedaux du nom de Jesus-Christ dans tout I'univers. Ces douze forment un quorum dont l'autorite et le pouvoir egalent ceux de la premiere president. Apres les apotres se placent immediatement les g'rands-pretres, corps particulier tres-considerable ; leur nombre est illimite. Veterans de l'Eglise, leur ministere est d'aller presider les conferences et les branches qui sont etablies dans les deux mondes, et de sieger dans les grands conseils de Sion. Les eveques sont generalement tires de ce quorum. Apres eux viennent les septante, jeunes missionnaires appeles a precher l'Evangile, et a etre des temoins speciaux de la revelation par toute la terre. lis so fractionnent en plusieurs groupes de soixante-dix chaque, dont F ensemble forme un quorum egal acelui des douze apotres. Les elders, ou ministres evangeliques, dont le nombre est illimite, forment le dernier echelon du sacerdoce de Melchisedech. Toute decision prise par Fun des divers quorum de l'Eglise doit etre prise a Funanimite ; cependant une majoiite peut constituer un quorum quand les circonstances Fexigent. Dans le cas ou une decision de ces corps aurait ete
1 Ce mot, litte>a!ement intraduisiblo, d^signe un corp- dL'tci-niiin', un certain nombre d'iudividus formani un corps sDuiial dis'.inct dc tuns les -nitres.
memoires d'un mor-mon. 159
prise contre le droit et le bien, il pent en etre appele devantune assemblee generale des divers quorum qui constituent l'autorite spirituelle de 1'Eglise, laquelle decide en dernier ressort.
Les douze constituent un grand conseil de voyageurs presidents, dont le ministere est d'officier, au nom du Seigneur, sous la direction de la premiere p residence, de precher l'EVangile a toutes les nations, de regler toutes les affaires de 1'Eglise dans toutes les parties du monde, d'abord chez les Gentils, ensuite chez les Juifs. 11 entire dans Ieurs attributions d'ordonner des graiidspretres, des septante et des elders fanciens) partout ou l'interet dela religion l'exige, et selonque les sujets leur sont designes par revelation.
Les septanlc ont pour mission d'agir au nom du Seigneur, pour travailler, sous la direction des douze, a l'edification de 1'Eglise et au reglement de ses affaires parmi toutes les nations. Leur principale fonction est l'apostolat. Ghaque groupe de septante est dirige par un conseil de sept membres. Le nombre total de ces groupes est aujourd'hui de soixante-deux, et 1'ordre entier est gouverne par un conseil de sept presidents.
En arrivant a Sion, tout membre de 1'Eglise, suivant ses aptitudes ou son age, estagrege al'unde ces divers grands corps. II n'y a d'exception que pour les gens de couleur. Les noirs sont simplement membres de 1'Eglise, sans pouvoir jamais exercer le sacerdoce.
En dehors de ces quorum, il y a des patriarches et des eveques. II y a un eveque pour chacun des vingtet un quartiers de la metropole, et un seul pour chaque
ville et village de quelque importance. Directeurs du peuple pour le spirituel et le temporel, les eveques regoivent la dimedeleursadministr^s, et la transmettent an presiding bishop ou eveque general. Ses fonctions speciales consistent a s'assurer chaque semaine de l'etat materiel des families de son diocese, pour venir en aide a celles qui en ont besoin.
L'ordre de Melchisedech se transinet de pere en ills, et appartient de plein droit aux descendants directs de la race choisie, a laquelle les promesses divines avaient ete faites. De la l'importance extreme que mettent les saints a rechercher et a perpetuer leur genealogie. L'ordre d'Aaron n'a que trois degres : pretres, catechistes {teachers) etdiacres. Leur ministere est deprecher l'Evangile, et de baptiser, mais non de coniirmer, les neophytes. Les Mormons n'ont ni rituel, ni lilurgie, ni uniforme religieux ou autre. Tout le monde est libre de suivre pour son habillement la mode ou sa fantaisie. Le seul titre en usage parmi eux est celui de frere et de soeur. Depuis le president jusqu'au dernier des iideles, tous, en parlant en public ou en sesaluant, n'emploient d'autre denomination que celle-la.
Les affaires generates de l'Eglise sont reglees deux Ibis par an dans la metropole, en avril et en octobre, dans des conferences publiques dont la duree est ordinaireinent de trois jours. C'est dans ces assemblies cecumeniques que les principaux fonctionnaires, a commencer par le president, sont solennellement soumis a la reelection populaire. Les femmes votent a ces elections. La conference du mois d'octobre 1860 a
eclipse toutes les precedentes pari 'affluence extraordinaire des fideles, et par l'importance et l'interet des commiinications qui y ont ete faites. On peut consulter a ce sujet le compte rendu publie par le New-York Herald du 18 novembre 1860.
Ce qui nous a le plus frappe dans ces grandes assemblies populaires, c'est l'esprit de corps qui les anime et les fait constamment voter comme un seul homme. Chose a peine croyable, nous avons pris part a huit de ces elections generates, et nous n'avons jamais vu qu'une seule fois une main se lever pour protester contre cette unanimite constante des suffrages, II est vrai que, chaque printemps, Ton voit un certain nombre de mecontents quitter l'Eglise et le territoire ; mais ce sont la des exceptions, et l'entente parfaitequi regne dans cette population de plus de 100,000 ames, empruntee a tous les peuples des deux mondes, n'en offre pas moins un phenomene social digne d'attirer l'attention de tout homme serieux. Le terme d'opposition n'existe pas, meme dans notre dictionnaire politique. II se manifeste bien de temps en temps des apostasies individuelles ; mais comme ces dissidents retournent parmi les Gentils, un schisme national est moralement impossible chez les Mormons. Entrez a Social-Hall, ou les deux chambres de notre legislature tiennent leurs sessions, et la, . soit que vous assistiez a une seance du Grand-Conseil ou a une joute oratoire dans notre Chambre des representants, vous verrez toutes les propositions, tous les projets de loi mis sur le tapis, constamment votes ou adoptes a l'unanimite des
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suffrages ! Maintenant, qui pourra nous dire pourquoi cette parfaite harmonie sociale, cette comiiniiinute de pensee, de sentiment et de volonte, n'existent que chez les Mormons? Comment expliquerez-vous ce miracle d'un peuple, recrute parmi tons les autres, et anime d'un meme esprit religieux, politique et social? Attribuerez-vous un tel miracle, la negation vivante de l'insubordination universelle qui desole les nations les plus libres et les plus civilisees, a je ne sais quel roman, a une grossiere imposture religieuse? Comparez l'unitu nationale des Mormons a l'anarchie religieuse et au babelisme politique qui regnent aujourd'bui sur toute l'etendue des Etats-Unis. II n'est plus besoin d'etre propbete pour predire le sort lamentable qui attend tres-prochainement cette grande republique.
L'administration de la justice dans notre Eglise est cbose si particuliere, qu'on nous saura gre d'endire ici quelques mols. Un cas elementaire suflira pour initier le lecteur au mecanisme judiciaire de nos tribunaux ecclesiastiques. La vache d'un voisin a devaste votre jardin : vous portez plainte a votre eveque, qui envoie deux experts pour estimer le dommage. D'apres leur rapport, votre voisin est sommairement condamne par 1'eveque a vous payer une somme determinee. II en appelle auGrand-Conseil. Dans tout proces, les membres duGrand-Conseil, qui se compose de douze grands-pretres, se partagent en deux camps egaux, dont f'lin se declare pour I'accuse ou pour la misericorde, et dont I'autre se range contre I'accuse ou pour la justice. II va sans dire que ces designations n'impliquent pas un
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parti pris, mais seulement l'obligation d'une recherche ici cles causes d'excuse, la des motifs de punition. Les membres des deux camps sont tires au sort, et on ne les connait pas d'avance. La cour fixe par un vote special le nombre des membres qui devront prendre la parole pour et contre F accuse, et ce nombre varie suivant la gravite des accusations. Le president du Grand-Conseil, qui est toujours le membre le plus age, resume les debats et manifeste son opinion ; et c'est sur son rapport que les autres sont appeles a voter. Presque toujours la sentence du president est confirmee a l'uhanimite; dans le cas contraire, les membres opposants donnent leurs raisons, et la majorite prononce. Aucune loi ecrite n'est invoquee devant cejury : toutse decide d'apres l'evidehce et le bon droit de la cause. Les parties peuvent en appeler a la presidence, et, en dernier ressort, a l'une des conferences semi-annuelles, devant le peuple assemble. Mais, jusqii'a ce jour, il n'y a jamais eu d'appel de ce genre. Ajoutons, pour completer ce tableau, que cette justice ecclesiastique est essentiellement gratuite.
Le temple, qui est en voie de construction, n'est nullemeht destine aux reunions ordinaires du culte, Quartier general des saints, cet edifice contiendra des salles pour la reunion des principales autorites de l'Eglise, servira provisoirement a donner l'initiation religieuse de YEndowment, eta administrer le baptehie pour les morts. Aujourd'ui, les reunions du culte se tieniient dans le Tabernacle. Rieri de phis primitif, de pius simple que tout ce qui s'y passe chaque di-
manche : on croirait contempler une celebration des agapes des premiers saints de Jerusalem. Essayons de decrire l'une de ces assemblies.
II est deux heures. La vaste enceinte est comble. Depuis l'expedition des troupes federates, elle est divisee en deux parties par une balustrade en bois : l'une est destinee aux hommes, et l'autre aux femmes. La salle n'a d'autre ornement que deux lustres. Le stand, sorte de vaste banquette exhaussee et garnie de fauteuils, occupe le centre du mur occidental. G'est la place des principales autorites et des etrangers in vites. La Bible, le Livre de Mormon, et le Litre des Doctrines et Alliances, sont deposes sur la cbaire. A droite et a gauche, deux belles corbeilles et deux coupes en argent, destinees a la cene, sont symetriquement disposees sur une nappe. Daniel Spencer, president du stake, ou de cette succursale de Sion, se leve et dit : « A l'ordre, mes freres ! » Aussitot la musique vocale et instrumentale execute un morceau de quelque grand maitre, et d'une maniere qui cause toujours quelque surprise aux nouveaux arrives dans un lieu si eloigne des anciens centres de la civilisation et des beaux-arts. Les Mormons se sont donne recemment le luxe d'un orgue, sorti de leurs ateliers. Ajoutons que cet instrument est touche par une dame. Apres la musique, 1'ofticiant improvise une priere, dans laquelle il rend graces a Dieu de ses faveurs, et lui expose les besoins du peuple. La priere finie, tous les fideles repondent : Amen ! puis le chceur chante un hymne. Ilya tels de noscantiques qui, soit pour la musique, soit pour les
paroles, meriteraient l'attention des connaisseurs. La cene est ensuite administree sous les deux especes, comme embleme du corps et du sang de Jesus-Christ. Les corbeilles de pain circulent d'abord de main en main dans toute la salle, puis les coupes. Ensuite vient la predication. Nos orateurs parlent d'abondance, et ne prennentpresque jamais de texte. Une nouvelle priere, plus courte, et un hymne final, terminent le service divin.
Apres Brigham, dont la parole est consideree comme un oracle divin, Orson Pratt est 1'orateur favori des Mormons. Ses improvisations, toujours eloquentes, sont parfois d'une hardiesse qui frise la temerite. Sachant par cceur nos livres saints, il puise dans ce triple arsenal des armes d'une trempe a toute epreuve. Pere de notre philosophie , geometre distingue , astronome eminent, ecrivain de merite, Orson Pratt est l'un des plus beaux ornements de notre Eglise. 11 est entierement le lils de ses ceuvres. Nul saint n'a gagne, par sa parole ou ses ecrits, un si grand nombre de proselytes. Parmi les autres orateurs, nous citerons John Taylor et G. A. Smith , l'un et l'autre du corps des douze. Le premier est un orateur classique de premier ordre; l'autre, doue d'une memoire prodigieuse et d'une voix des plus sonores, assaisonne ses discours d'une foule d'anecdotes piquantes. Citons encore David Candland, Anglais ; James Ferguson , Irlandais ; puis Samuel Richards et Joseph Young, president des Septante, ces deux derniers doues d'une facilite d'elocuti>»n sansegale. Deux stdnographes assistent I'egulierenient a toutes nos
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assemblies religieuses, elecrivenl a tour de role lous les principaux discours qui soul prononce^s, soit au Tabernacle, soit ailleurs. Ces discours sont ensuite livres a l'impression et paraissent dans line publication speciale.
En ete, jl se tient deux reunions de culte chaque dimanche dans le Tabernacle, et une seule en hiver. Mais alors les fideles se reunissent le soir dans cbaque quartier, sous la presidence de leur eveque. Dans ces meetings, homines et feinmes sont invites a prendre la parole pour rendre leur tenioignage. C'est dans ces sortes d'assemblees que se manifeste frequemment le don des langues. Nous en avons vu des exemples dans Tile de Jersey , a Liverpool , a New- York, uu peu partout ; et nous declarons que ce phenomene spirituel est parfaitement confonne a la description qu'en a faite saint Paul dans sa premiere epitre aux Gorinthiens. Voici ce que nous avons nous-meme vu et entendu a cet egard.
En juillet 1 855, campes au nonibre de plus de trois mille a Mormon-Grove, dans le Kansas, nous etions sur le point de nous lancer a travers l'ocean des prairies. Un soir, plusieurs Francais se trouvant reunis dans une tente, la sceur Malan, dame piemontaise et mere de famille des plus respectables, se leva pour rendre son tenioignage. Elle parla dix minutes en francais, puis elle se mit tout d'un coup a prononcer naturellement, et sans aucune exaltation, des sons inintelligibles en une langue inconnue, ce qui dura plusieurs minutes. Nul des assistants ne l'ayant comprise, elle interpret..
de suite sa prophetie en frangais. Elle nous promettait un voyage des plus prosperes, et nous ne pensons pas qu'aucune caravane ait jamais fait une traversee plus heureuse que la notre, parmi ces vastes solitudes. Ajoutons que le plus souvent c'est tin des assistants qui recoit le don d interpreter ce que predit le prophete. Le don des langues , le don de guerison , et bien d'autres encore , que possedait l'Eglise primitive, existent dans la notre pour l'aider a remplir le but de sa creation. Telle est du moins notre profonde conviction.
Ce qu'on appelle improprement « le mormonisme » est purement et simplement la religion chre'tienne, la restauration integrate de l'autorite divine dans le Nouveau-Monde. Accomplissement litteral d'une foule d'antiques propheties, c'est leretablissement de l'Eglise du Christ avec les memes ministeres, les memes sacrements , les memes dogmes , les memes dons spirituels. C'est la le fait capital du xixe siecle. Voila ce qui va renouveler la face de la terre. — « Oportet vos nasci deniib, » a dit le divin Maitre. Ces paroles resument tout le christianisme. « En verite, en verite je te dis, que si un homme ne nait d'eau et d'esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » La nouvelle naissance, en d'autres mots, le baptSme des adultes pour la remission des peche's, et le bapteme de feu pur £ imposition des mains pour le don du Saint- Esprit ; ces deux ordonnances sacrees, unique voie du salut, etqui servaient de fondementa l'Eglise primitive apostolique, constituent la base etern. lie de l'Evangile.
G'est pour avoir change ses deux ordonnances divines, et d'autres encore, pour des institutions purement humaines, que l'Eglise de Rome perdit graduellernent le sens intirae des dogmes apostoliques. Les premiers temoins de Jesus n'avaient etabli sa religion que par la parole, c'est-a-dire par la puissance de la revelation dirccte. Du moment que les successeurs des Apotres eurent substitue les Ecritures a l'esprit de verite, la parole ecrite a la parole du Dieu vivant, l'esprit d'apostasie se manifesta visiblement dans l'Eglise. La perte des dons spirituels devint la preuve evidente, le signe sensible decette apostasie. Deslors, lesprophetes ayant cesse de guider l'Eglise, la tradition devint l'unique regie de la foi. La science episcopate l'emporta sur la sagesse divine. De la, l'origine de ces violentes protestations qui, sous le nom d'heresies, desolerent, de siecle en siecle, toute la chretiente. Luther, par son audacieuse revoke contre la papalite, lui enleva la moitie de 1' Europe et donna naissance aux sectes sans nombre du protestantisme. — « Ecrasons I'infame, » s'ecria Voltaire. G'etait la le dernier mot de la reforme de Luther. Or, la Revolution n'a qu'a peine commence son ceuvre. — « La France continue Rome, » a dit Michelet. Ce mot profond resume admirablement bien la mission providentielle de notre illustre patrie. Revenons a.; mormonisme.
Voici ce qui constitue la puissance mysterieuse de 1'ceuvre de Joseph, au milieu de l'ecroulement general des systemes religieux contemporains. Tout, individu qui entre dans notre Eglise avec les dispositions con-
venables, recoit bientot I' evidence que cette ceuvre emane de Dieu. Des qu'il possude ce temoignage interieur, sa raison fait une alliance indissoluble avec sa foi. Fonde sur le roc de la verite, il progresse sans cesse, ses passions se calment, son cceur se purifie, son esprit s'illumine, sa foi s'eclaire, et il n'a plus desormais que des sentiments de la plus profonde commiseration pour le reste des homines. II devient, dans toute la force du terme, un etre entierement nouveau. Des lors, il est a l'abri de toutes les seductions du monde. Son esprit , graduellement mais constamment eclaire par l'Esprit-Saint, detruit tous les sophismes, renverse toutes les objections. Un article de journal, les calomnies d'un apostat, le plus violent libelle contre les Mormons, n'ont pas plus d'influence sur lui que les vagissements d'un nouveau-ne. Or ce phenomene, etant purement surnaturel, ne peut etre compris que par les inities ; il echappe au reste des hommes. Les gens du monde, ne pouvant le juger qu'a travers le prisme de leurs opinions, le confondent generalement avec ce que Ton appelle mysticisme.
Nous avons prononce le mot & Endowment; il exige quelques explications. D'apres certaines revelations faites par des apostats, nos ennemis ont fonde d'etranges hypotheses sur cette initiation purement religieuse, mais secrete. Les uns ont pretendu que, dans un antre satanique et a travers une serie de terribles epreuves, les Mormons etaient inities aux mysteres d'une nouvelle et dangereuse magonnerie. D'auties ont gravement soutenu qn'ils tramaient, sous les voutes de YEndow-
ment-House, des crimes sans nombre conlro leaindividus, et de coupnbles machinations contre le gouvernemeht central. C'cst la que les Daniles, ou anges (//•stnu-leurs, bunde d'assassins et d'incendiairos, cenl fois plus fameuse dans les colonnes des jqurnaux americains que le grand serpent de mer, e'est la, dis-je , que ces templiers modernes viennent recevoir leurs instructions secretes pour aller exterminer nos ennemis dans les deux mondes. C'est de ce repaire affreux que le vieux des Montagnes-Rocheuses lance ses decrets d'extermination contre tous les gentils qui l'ont offense.
L'homme est de glace pour la verite, il est de feu pour le mensonge. Si le mormonisine n'etait pas une ceuvre eminernment serieuse , nous trouverions ample matiere a rire de la credulite sans egale avec laquelle certains publicistes de Paris, meme des plus sceptiques, ont accueilli les yeux fermes toutes ces absurdites. Comme nous ne voulons calomnier personne, nous allons mettre sous les yeux du lecteur le fabuleux recit sur lequel reposent toutes ces divagations desjournaux americains touchant notre initiation religieuse. G'esl le plus illustre do nos apostats qui va nous reveler le grand mystere de V Endowment- House*.
« On vous fait passer dans une chambre ou se trouve un autel sur lequel on voit la Bible, le Liyre de Mormon et le Livre des Her elections de Joseph (Doctrine
1 Mormonism : Its leaders and designs, p. 97. By John Hyde.
('///^roi»;e?«//i/6,).Lesinitiesapresentmarclientsurement dans la vraie voie da salut, mais ils ont un grand devoir temporel a remplir, un devoir positif, immediat, qui ne consiste plus dans I'obeissance a des abstractions. On leur fait jurer d'entretenir une haine immortelle contre ie gouvcrncment des Etats'-Ums, parc<3 qu'il n'apas venge la mort de Joseph Smith ni repare les outrages et les pertes subies par les saints dans les persecutions; de faire toiis leurs efforts pour detruire, renverser et contrarier ce gouvernement ; de lui refuser toute soumission et obeissance ; d'inspirer cette haine a leurs enfants des le berceau , et de la leur leguer comme un heritage sacre ; de faire de cette haine l'idee dominante et le devoir le plus saint de leur vie, afin que le royaume de Dieu et de son Christ puisse soumettre tous les autres royaumes et remplir toute la terre. Les maledictions les plus epouvantables, les penalites les plus barbares sont : eservees a celui qui ne tiendrait pas ce serment ou qui oserait le reveler. On vous communique alors un dernier signe, un dernier attouchement, un dernier mot de passe, et vous avez regu le second degre de l'ordre de Melchisedech... )
Telle est la source impure d'oii sont sorties toutes les imaginations des publicistes am6ricains au sujet de {'Endowment. Nous commencons par declarer qu'il n'y a pas dans l'Utah l'ombre meme d'une loge magonnique. Membre de la franc- maconnerie frangaise et ecossaise, notre opinion est que cette institution a fait son temps, et Ton ne songe guere dans l'Utah a fonder
des loges d'aucun rite. Lc 20 aotit 1859, nous avons regu, nous treizieme, des mains d'Orson Pratt, notre initiation aux rites sacres de l'Eglise. Brigham Young etait absent, mais il etait remplace par ses deux conseillers. Aucune epreuve physique ni morale ne fut employee dans cette initiation, qui ne dura pas moins de quatre heures. Autant que notre memoire peut nous servir, l'assassinat de Joseph Smith n'y fut nullement mentionne, ni le nom meme du gouvernement des Etats-Unis prononce. Exelusivement religieuse, cette initiation n'a pas le moindre rapport avec les affaires politiques americaines. II est parfaitement vrai qu'elle est secrete ; mais , comme tous les saints sont pretres, et que tous indistinctement sont appeles a la recevoir, il s'ensuit qu'elle n'est interdite qu'aux personnes etrangeres a notre Eglise. J\ous affirmons encore qu'il n'existe pas davantage de tribunaux secrets, de serments d'Annibal contre les Etats-Unis, dans les degres superieurs de notre hierarchie sacerdotale. Sans doute l'assassinat de Smith et l'impunite de ses meurtriers ont ete un grand crime, une grande faute, mais nous en laissons entierement le chatiment a Dieu et aux evenements qu'il dirige. Quelle que soit notre opinion sur l'avenir politique et social de l'ancien comme du nouveau monde, nous avons la plus profonde horreur pour toute violence, et ne demandons a ceux qui rejettent notre foi que la paix et la tolerance religieuse.
De la polygamie on manage patriarcal. — Veritable caractere de cette institution. — Formalites de ce mariage. — Menages polygames. — Promulgation de la loi sur la polygamie. — MM de Gasparin et Remy.
De tous les problemes que le mormonisme a deja poses a notre siecle, il n'en est pas de plus important, ni de moins coinpris, que celui de la pluralite desfemmes. Nous commencons par declarer qu'ayant passe quatre ans sur les bords du Lac-Sale, en gardant le celibat le plus complet et vivant seul dans notre ermitage, nous sommes parfaitement desinteresse dans cette question. On concbit que ce n'est pas ici le lieu de la traiter dans toute son etendue. Neanmoins nous en dirons assez pour reduire a la juste valeur plus d'une calomnie.
Nos detracteurs ont beaucoup parle de Ve'pouse spiriluelle. Cette expression ne ligure nulle part, ni dans nos doctrines , ni dans nos revelations. Elle a eu pour parrain un certain John C. Bennet, qui, ayant ete retranche de l'Eglise pour cause d'immoralite, devintl'un des ennemis les plus acharnes de Joseph Smith. Notre prophete a etabli par doctrines et revelations, non pas l'epouse spirituelle ni tout autre synonyme de concu-
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bine ou maitresse, mais la polygamie ou plurality des femmes legitimes, ou mariagepatriarcal.
Beaucoup de gens en France nous accusent d'une monstrueuse et systematique immorality. Cette incrimination passe de bouche en bouche, et quand on veut remonter a sa source, on decouvre qu'elle repose uniquement sur les assertions d'un ouvrage intitule : les harems du Nouveau-Monde, par M. Revoil. Ce livre est la traduction libre d'un roman celebre en anglais sous le titre de Female life among (he Mormons, ceuvre anonyme, mais qu'on sait etre de Maria Ward, auteur de cet autre libelle : The husband in flah. Nous comprendrions que les redacteurs du Punch puisasserit a cette source ; mais nous ne comprenons pas que des piiblicistes, qui se disent serieux, aient aclople et propage sans examen de pareilles fables.
La polygamie, qui a souleve contre les Mormons tant de preventions et de clameurs, n'est pourtant pas, apres tout, quel que chose de si nouveau, de si inusite, dans les annales du monde ancien, comiue dans celles des peuples contemporains. Nous la trouvons mentionnee, sans aucun blame, .des les premieres pages de la Bible. Pratiquee par les premiers patrianbes, elle fut sanctionnee, r(3glementee par les institutions mosai'ques. Ce n'est pas le mariage de David avec la femme d'Uri que le saint livre condamne, bien qu'a cette epoque il eut deja plusieurs femmes legitimes, mais bien le commerce adultere et le meurtre du premier mari de cette femme. Bref, la polygamie a ete pratiquee legalement par les personnages les plus saints de I'ancieime loi.
Sur ce terrain encore, nous demeurerons calmes, et nous ne rendrons pas injure pour injure. Nous n'irons pas emprunter des arguments a la statistique eontemporaine, en rappelant que sur une population totalc d'un milliard, 300 millions tout an plus d'habitants du globe sont monogames a 1'heure qu'il est. Nous admettrons i'ranchement qu'a certaines epoques, et notamment a l'avenement du Christianisme et dans ses premiers siecles, non-seulement la monogamie, mais le celibat, out eu leur dignite, leur raison d'etre au point de viie social et religieux, a titre de reaction contre les monstrueux deportements du paganisme. Nous pousserons meme, si Ton veut, l'optimisme jusqu'a la naivete ; nous admettrons que les litterateurs de l'ancien monde faussent ou exagerent les clioscs, quand ils nous represented l'adultere comriie un des plus doux passe-temps des peuples civilises. Nous fermerons les yeux ; nous ecarterons de notre memoire, comme un cauchemar horrible, les scenes qui chaque soir s'etalent a la lueur du gaz dans les grands centres de civilisation de l'Occident. Nous irons meme jusqu'a admettre, si on l'exige, une fidelite reciproque et complete dans tons les menages parisiens. C'est seulement vis-a-vis des protestants du nouveau monde que nous voulons ici poser la question de moralite.
Un Mormon a le droit d'epouser plusieurs femmes, qui toutes portent honorablement son nom. Ses nombreux cnfants sont eleves religieusement ; il en fait d'excellents citoyens. Un bourgeois de n'importe quelle cite de I 'Union, grand persecuteur eL contempteur de
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ces infames polygames, n'epouse, lui, qu'une femme. PcudanLla duree de cette union, il n'attend pas meme souvent que des infirmites de cette femme viennent fournir une excuse an parjure. II entretient a la fois ou successivement une ou plusieurs maitresses, qui lui donnent rarement des enfants. Ceux qu'elles ont le malheur d'avoir n'ont presque jamais rien a attendre d'un pere adulterin, et deviennent trop souvent des recrues pour le penitencier ou le bagne. Lequel de ces deux individus est reellement le plus moral ?
Nous ne saurions trop le redire, la monogamie n'a jamais eu, comme institution sociale ou religieuse, qu'un caractere transitoire, ou specialement approprie au temperament de certains peuples. On trouve meme dans le Livre <lc Mormon l'exemple d'unc nation qui regut a ce sujet un comtnandement special pour un temps limite. Nous admettons done parfaitement que la monogamie ait pu etre pratiquee comme remede teinporaire a la corruption charnelle. Mais n'est-il pas possible que ce remede se tournant en poison par suite meme du raffinement de la civilisation, il doive etre rejete a son tour, et faire place a un retour vers l'institution primitive? Ainsi reJuite a ses termes veritables, la question de la polygamic n'a plus rien de choquant, meme au point de vue d'une morale purement bumaine.
Mais, vont nous objecter les philosopbes, qui puisent leu is inspirations cbez les saint-simoniens oudans Fourier, pourquoi ne pas accorder reriproquemenl a la femme le droit de prendre plusieurs maris? Parce
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que cela produirait infailliblement l'inverse des resultats de notre polygamie, dont le but est la multiplication et la regeneration de l'espece, par la prompte formation d'un peuple d'elite. L'egalite physique des sexes, l'emancipation de la femme, en d'autres termes, la theorie bestiale des amours libres, que revent les sectateurs de la philosophie materialiste, si elle etait jamais adoptee et pratiquee par une nation, produirait les fruits les plus monstrueux, les plus desastreux qu'il soit possible de concevoir : elle aurait pour infaillible resultat d'abatardir et d'eteindre, en fort peu d'annees, cette nation tout entiere.
Dans ces derniers temps, on a beaucoup declame, en France, sur l'emancipation de la femme. Depuis le pontilicat du premier et dernier pape de l'eglise saintsimonienne, depuis le pere Enfantin, cecelebre inventeur de la femme Wire, jusqu'a la publication du savant livre de madame Jenny d'Hericourt sur l'affranchissement general des filles d'Eve, les theories les plus contradictoires ont ete mises en avant pour resoudre cette grave question. La solution de ce probleme social marche a pas de tortue. Quand je pense qu'apres tant de serieuses etudes la-dessus, des femmes sont encore, en 1 862, dans la dure necessite de balayer les rues de Paris, je desespere de les voir, de mon vivant, affranchies du balai municipal. Un congres de bas-bleus europeen, sous la presidence demon aimable ennemie, madame d'Hericourt, sera peut-etre seul capable d'emanciper le beau sexe. En attendant, voici comment le plus populaire de nos philosophes huma-
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hitaires a deTmi I'amour, tel qui] existera lorsque 1'licure de l'affranchissement aura sonne pour les tefflriies : « L'amour, a diL lc pere de la Triade, c'est l'idealite de la realite d'une partie de la tolalite de l'etre infini reiihi a l'objeclion du moi et du non-moi ; car le moi et lc non-moi, c'est lui. » Et voila. Comprehez-vous ce charabia metaphysique ? JNon. Et moi nbti plus. Laissons-la ces fadaises, et abordons serieusemerit le sujet de notre mariagc patriarcal.
C'est lc }{) avril 1 8'52 que la revelation de Joseph Smith sur la polygamie, revelation tenue jusque-la en reserve, fut proclamee et adoptee dans uhe conference speciale, comme loi de l'Eglise des saints desderniersjours. Parmi les ecrits que les saints ont publics sur i'importante question de la plurality des femmes, lc compte rendu de cette conference est le plus propre a faire appreciei" le veritable caractere de cette institution. Cette conference s'ouvrit par une admirable improvisation d'Orson Pratt, le mcme que nous avons vu gloi'ieuscment a l'oeuvre dans l'odyssee des heroiqucs pionniers mormons ; Orson Pratt, aussi grand orateur, aussi habile theologien que savant ingcnicur.
Aprcs avoir prduve la legalite constitutionnelle dela polygamie par I'article de la loi federale qui proclame la liberie des cultes, il exposa le dogme de la preexislence des ames; puisil entra dans des developpements curieux et fort longs que nous allons reproduire en partie.
«... Les esprits ne sont pas contemporains des
corps. II n'est pas raisonnable de croire que Dieu cree un nouvel esprit chaque fois qu'on nouveau tabernacle vientdans le monde, car alors la creation n'aurait pas fmi au bout de sept jours, elle durerait encore, et Dieu ne serait occupe qu'a creer des esprits continuellement, un milliard par siecle au moins. Nous admettons que l'esprit est beaucoup plus ancien que le tabernacle. L'esprit qui vitmaintenant dans chaque individu est vieux de plusieurs milliers d'annees. Nos esprits ont ete formes par generation, de meme que le corps. Lorsque Dieu jeta les fondements de la terre, les fds et les filles de Dieu applaudirent de joie en voyant la belle habitation ou iis pouri'aient venir, a chacun leur tour, prendre un tabernacle. Salomon dit que quand le corps retourne en poussiere, l'esprit retourne a Dieu : il est evident que si l'esprit n'avait jamais ete dans le ciel, il ne pourrait y retourner. Je ne puis pas retourner en Californie, puisque je n'y suis jamais alle. Dans la traduction inspiree que Joseph a faite de la (rdirse, il est prouve que les esprits de tous les hommes et cle toutes les femmesexistaientavant la creation terrestre d'Adam et d'Eve. Dieu est le pere de nos esprits.
» II y a plusieurs dieux, l'Ecriture le dit. Si un dieu peut propager son espece et engendrer des esprits a son image et ressemblance, et les appeler ses fds et ses filles, de meme tous les autres dieux qui son semblables a lui peuvent en faire autant. En consequence, il y aura de nombreux peres, et ils seront les enfants de ces etres glorifies, celestes, qui sont juges digues d'etre dieux. Dans le Livre d' Abraham, traduit par
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Joseph, nous voyons que dans la grande famille des esprits il y en a de plus nobles el de plus grands que d'autres, de plus intelligents. Le manage a ele etabli par Elohim, comrae uneloi parlaquelle les esprits vimdraient prendre des tabernacles pour entrer dans le deuxieme etat de l'existence. Adam et Eve furent maries par le Tres-Haut quand ils etaient immorlels, par consequent pour l'eternite. Les Mormons ont done raison de se marier pour le temps et pour l'eternite, puisque le sacrement fut institue pour des etres immortels, avant que leur peche n'eut condamne leurs corps a mourir. Leurs descendants ont ete rachetes desel't'ets de la chute par la redemption, et la redemption implique une restauration complete de tousles privileges perdus par la chute ; par consequent, lemariage eternelest retabli. Dieu a promis a Abraham que sa semence serait aussi nombreuse que les grains de la mer. Mais quand la terre continuerait encore a vivre huit mille ans, dix hectolitres de sable contiendraient plus de grains que loute la population humaine, depuis la creation. Si l'homme cessait alors de multiplier, ou serait la promesse faite a Abraham ? Dieu a done voulu dire que la prosperity d' Abraham serait infinie, et qu il y aurait une infinite" de mondes pour sa residence. Le prophete Enoch a dit que quand le sable de dix millions de terres comrae la notre serait epuise, ce ne serait pas encore le commencement de toutes les creations. Nous lisons que ceux qui font les ceuvres d'Abraham seront benis avec les benedictions d'Abraham. Le sacerdoce des derniers joins a prononce sur nos tetes les benedictions d'Abra-
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ham. Et qu'a fait Abraham pour fonder son puissant royaume ? Devait-il le fonder par une seule femme ? Non. II eut Sarah, Agar, Keturah, une pluralite de femmes et de concubines, aver, lesquelles il engendra un nombre considerable d'enfants. — II n'y a qu'un cinquieme de la population du globe qui croie an systeme de la monogamie, lesquatreautrescinquiemes croient a ia polygamic. Les nations chretiennes, non contentes d'avoir renonce aux benedictions d'Abraham, cherchent encore dans leur systeme etroit de la monogamie a eviter d'aVoir beaucoup d'enfants. Elles ignorent que dans les mondes eternels la posterite d'un homme doit constituer sa gloire et son royaume. Nous voyons done la necessite de faire les ceuvres d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, si nous voulons participer a leurs benedictions. Les Chretiens maries legalement a une femme, ne se font aucun scrupule d'aller rechercher dans les maisons de debauche de coupables plaisirs ; mais ils regardent comme un crime d'elever une posterite nee de plus d'une femme. lis donnent des brevets a la prostitution, et tout est fortbien ; mais de bons manages legitimes, e'est horrible ! Autrefois I'adultere etait puni de mort; aujourd'hui on en rit. Mais le people de Dieu doit fair comme la peste toutes ces abominations, car \eLivre de Mormon dit : « Malheur aux impudiques, ils seront precipites en enfer ! » Comment faire pour hitter contre notre nature dechue? Le Seigneur des anciens temps a trouve le moyen : la pluralite des femmes.
)> II y a deux raisons pour que la pluralite des f'em-
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mes existe chez les saints. La premiere, c'est pour qu'ils h^ritent des benedictions et des promesses faites a Abraham, Isaac et Jacob ; c'est pour avoir une innombrable posterity. La seconde, c'est pour que le people choisi de Jehovah forme une posterite lidele, au moment on Dieu degaine son glaive pour de"truire toutes les nations qui se sont corrompues. Les saints sont le sel de la terre. C'est chez eux que doivent venir prendre des tabernacles, par le moyeo d'une parent^ legitime, ces nobles esprits qui attendent encore dans le ciel le moment de passer sur la terre. Si Dieu les a gardes si longtemps dans le ciel, cen'etait pas pour les les envoyer dans le corps des Hottentots, des negres. des idolatres, des faux chretiens ; non, la bonte, la justice de Dieu les reserve pour les faire venir chez les saints du Dieu vivant. 11 est done raisonnable que Dieu dise a ses serviteurs fideles et choisis : « Prenez plusieurs femines, commeles patriarches. » 11 n'y a qu'un honime a la fois sur la terre qui soit arbitre souverain en cette matiere.
» Quiconque n'a pas ete marie par cette loi ne peut pas reclamer sa femme a la resurrection. — Les anges sont inferieurs aux saints, qui sont des rois en etal d'exaltation. Saint Paul dit que les anges seront juges par nous et deviendront les serviteurs des dieux. — Klohim veut faire de ce peuple un royaume de rois et pretres, en d'autres mots, un royaume de dieux. si nous ecoutons sa loi... »
Apres ce discours preliiniuaire que je reproduirai
plus tard en entier, Brigham Young, ayant pris la parole, rappela l'excellence de la doctrine de Joseph Smith dans toutes ses parties connues, l'impuissance des gentils a y opposer un argument serieux, une raison substantielle, les cris de disapprobation que le prophete rencontra dans les premieres innovations qu'il introduisit ; puis il abordala question a l'ordre du jour, o La doctrine dont vousa parle frere Orson Pratl a ete l'objet d'une revelation anterieure a la mort de Joseph Smith ; elle est en opposition avec une faibleminorite des habitants de la terre, mais notre peuple y a cru depuis des annees, bien qu'elle n'ait pas ete pratique^ par les elders. La copie originale de cette revelation a ete brulee. W. Clayton l'avait ecrite de la bouche du prophete. Elle s'est trouvee en la possession de l'^veque Whitney, qui obtint de Joseph le privilege de la copier. Soeur Emma a bride l'original. Je vous dis tout cela parce que ceux qui connaissent la revelation supposent qu'elle n'existe plus... Je vous prophetise que le principe de la polygamic fera son chemin, qu'il triomphera des prejuges et de la pretraille du jour: il sera embrasse par les hommes les plus intelligents du monde comme une des meilleures doctrines qui ait jamais ete proclamee a aucun peuple. Vos cceurs n'ont pas besoin de battre ; vous n'avez pas a craindre qu'une vile plebe vienne ici fouler aux pieds la liberte sacree rjue la' constitution de notre pays nous garantit. II y a longtemps que le monde sait, et on l'a su meme de son vivant, que Jo eph avait plus d'une femme. En des senateurs du Gongres federal l'a parfaitement su et n'en
a pas moins ete noire ami, au point qu'il disait que si ce principe lvetait pas adopte par les Etats-Unis, nous linirions par voir les limites extremes de la vie humaine ne pas depasser trente ans. II aflirmait hautement que Joseph avait introduit le meilleur plan pour restaurer la foi'ce et retablir une longue vie chez les hommes, et que les Mormons sont des etresexemplaires... Nous ne pouvions pas proclamer ce principe il y a quelques annees; il faut que chaque chose vienne en son temps. Aujourd'hui, je suis pret a le proclamer... Cette revelation a ete en mon pouvoir depuis des annees. Et qui l'a su? Personne, si ce n'est ceux qui devaient le savoir. J'ai une serrure brevetee a mon secretaire, et rien n'en sort de ce qui ne doit pas en sortir... »
Immediatement apres lediscours de Brigham, l'elder Thomas Bullock, alors secretaire de I'Eglise, fit, en presence des principaux elders d'Israel, dont le nombre depassait deux mille, la lecture d'une revelation que voici daos ses principales dispositions :