‹ Mémoires d'un petit garçonChapitre 19 sur 33 · LETTRE DE MA SOEUR · texte numérisé non relu

LETTRE DE MA SOEUR

« Château de Saint- Jean, 29 septembre.

« Mon cher Riri,

« J'ai d'abord eu un peu de chagrin de ne pas recevoir une lettre de toi ; .mais je me suis dit qu'il fallait au contraire en être contente, parce que si Riri était malheureux, il récrirait bien vite à sa petite sœur, n'est-ce pas, mon frère ? Je me figure qu'après avoir travaillé tu joues* et voilà pourquoi il ne te reste pas de temps pour m'écrire.

« Moi, je m'ennuie de ne pas te voir.

« J'aimerais mieux donner à manger aux poules et aux canards seulement à mon tour, et que tu . fusses ici.

« Papa nous a parlé de ton ami. Je voudrais bien le voir. Quand nous serons à la ville, maman le fera sortir : comme elle est bonne, maman ! 11 paraît que tu es très-gentil. M. Hersant en est très-heureux. On parle beaucoup de toi. Je pense que si j'étais absente, on parlerait de moi aussi. Agneau se porte très-bien , pourtant je lui trouve l'air un peu triste. Le vent a fait tomber beaucoup de feuilles, et c'est très-amusant de marcher dessus

en faisant du bruit. Catherine dit que le temps lui dure sans toi. J'ai été hier avec elle cueillir les pommes du verger. 11 y en a beaucoup, des petites et des grosses. Je fais griller des châtaignes pour mon goûter,

« Adieu, mon petit frère chéri, je t'aime encore plus.

« Ta sœur pour la vie,

J'ai lu cette lettre à Cyrille, qui s'est beaucoup réjoui de faire la connaissance de Marguerite. Je ne suis pas sûr que Marguerite ait gardé ma réponse, alors je ne veux pas la lui demander. D'ailleurs ma lettre n'était pas jolie comme la sienne. Je l'avais écrite dans la cour, sur un banc, pendant que ma toupie dansait. Je dis cela pour que le lecteur n'ait pas de regrets.

Je pourrais passer quelque chose, mais je ne veux pas : j'ai eu du chagrin de quitter ma pension, c'est très-laid, n'est-ce pas ?

Dame ! j'aimais beaucoup Cyrille, et puis moi, je m'amusais avec les garçons. Quoique Marguerite soit la plus gentille des sœurs, je ne peux pas jouer à tous les jeux avec elle. Jamais je n'aurais cru qu'un mois allât si vite hors de la maison.

Un jour, à la récréation, papa est venu me chercher. J'ai dit adieu i tous mes camarades, qui n'étaient pas contents de me voir partir sitôt. Cyrille n'a pas pleuré, quoiqu'il en eût bonne envie. Pourtant les autres l'aimaient, et je lui laissais un ami pour me remplacer.

A peine étions-nous dans la rue, que je n'avais plus de chagrin. Je me réjouissais de revoir tout le monde. Papa riait de mes questions et ne lisait pas le journal en voiture, comme un certain voisin de campagne. Papa lit le journal dans son cabinet ; lorsqu'il est avec nous, il cause et nous amuse.

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