CHAPITRE XVIII
La maladie de papa.
Au lieu d'un voyage, nous avons eu un grand chagrin : papa est tombé malade tout d'un coup. Oh ! comme la maison devint triste 1 Maman nes'occupaitplus de nous. A peine si nous la voyions. On inventait toutes sortes de choses pour nous distraire ; des promenades bien loin avec Cyrille les jours de sortie ; mais nous ne pouvions presque plus nous amuser, nous pensions toujours à papa.
Le médecin venait trois fois par jour ; tout le monde envoyait savoir des nouvelles. Un jour, une vieille dame, amie de maman, nous rencontra au Jardin des Plantes ; elle nous embrassa en disant : pauvres petits, et elle fit un signe à M. Hersant Marguerite pleura.
« Papa va mourir, me dit-elle tout bas,
— C'est impossible, ma sœur.
— Les autres papas meurent bien, le nôtre pourrait bien mourir aussi !»
Heureusement que M. Hersant eut Vidée de nous faire voir les oiseaux empaillés. - t , <--
Alors Marguerite ne pleura plus et s'amusa beaucoup, car elle feraitune lieue pourvoir unbel oiseau.
J'étais bien content de voir ma sœur consolée ; mais l'air et les paroles de la dame me revenaient toujours. Je me figurais comme maman serait malheureuse et nous aussi. Nous aurions des habits noirs, nous, pleurerions beaucoup; et .'enfin nous n'aurions plus de'pâpal Je dis k à; M; Hersant mes pensées. Il en", eut - l'air, étonné :; mais; les grandes personnes .consolent toujours les enfants. ,: . - « Bien souvent, mon petit. amidon secfait. du chagrin pour, des choses .qui; n'arrivent jamais.; .Vôtre papa peut être très-malade et n^pâs.mouHr..». . Il me rappela qu'un de nos fermiers, avait; eu; la fièvre. pendant. deux. mois et qu'il faisait maintenant douze lieues, à pied.;, -.\ , ;: ; ..; -,. .— ' . -.. ; r. De tout ce que M,« Hersant, me; dit pour, me; consoler, l'exemple du vieux Jacques me rassura plus que tout le reste. : .. ; :.. . . . . j . ; ;*...,.
M. Hersant ajouta qu'il fallait redoubler, de sa? gesse et prier Dieu de tout notre cœur, parce qu'il
ne refuse rien aux enfants qui aiment bien leurs parents.
Alors, je dis à Marguerite que nous devions être d'une sagesse extraordinaire.
Après notre prière du matin, nous en faisions encore de petites en cachette, et de notre invention. Un jour maman nous surprit dans l'alcôve de Catherine à genoux tous les deux ; elle se mit au milieu de nous, passa ses bras autour de notre taille etnous serra contre elle sans rien dire. Oh ! comme elle était pâle, maman ! Elle nous embrassa et partit bien vite.
11 y avai t plus d'un mois que nous n'avions vu notre papa, lorsqu'un jour, après le déjeuner, maman ouvrit la porte de la chambre et nous fit signe de venir.
Vous croyez peut-être que nous avons couru comme des fous. Eh bien I au contraire, nous marchions tout doucement, ce qui n'empêche pas que le cœur nous battait très- fort.
Papa était au lit. Sa barbe était si longue que je ne le reconnaissais plus. Mais quand il a souri en disant : Bonjour, mes petits enfants; je serai bientôt guéri, — je l'ai trouvé le même. Il n'a pas voulu nous embrasser, sans doute de peur de nous donner sa maladie. Maman a dit qu'elle s'en chargerait. Alors, elle nous a pris sur ses genoux et nous a donné des baisers, des baisers.
Papa ayant demandé à boire, Marguerite voulut verser la tisane. Maman Ta laissée faire. Papa riait en la regardant tourner la petite cuiller; Marguerite est montée sur un coussin pour donner la tasse à papa. Après avoir bu, il a dit que ma sœur avait mieux sucré la tisane que maman. Et Marguerite l'a cru. Moi, j'ai bien vu que c'était pour lui faire plaisir. Au bout de dix minutes on nous renvoya.
A partir de ce jour, papa continua à aller de mieux en mieux. Nous restions plus longtemps dans sa chambre. Marguerite faisait les commissions, racontait des histoires. Il n'était pas rare que papa s'endormît, ma sœur continuait toujours pour maman et pour elle.
Enfin, notre bon père guérit tout à fait. Quelle joie dans la maison ! Les domestiques avaient l'air aussi heureux que nous. M. Hersant, qui fait toujours de la morale, m'a dit :
« Voyez, mon enfant, les bons maîtres sont aimés de leurs serviteurs ! »
J'ai promis à M. Hersant d'être un bon maître.