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CHAPITRE XXI

Superbe et Gentillet.

Une reine vint à perdre son mari et se trouva fort embarrassée pour élever ses deux fils. Superbe, l'aîné, était d'un caractère si difficile, que les gouverneurs et les gouvernante* auxquels il était confié se retiraient au bout de vingt-quatre heures. Use trouva pourtant un homme généreux qui se laissa toucher par les larmes de la mère.

Le roi avait voulu que son héritier fût vêtu, dés le plus bas âge, d'habits brodés d'or et d'argent. Vous pensez quelle sotte vanité donnèrent au prince ces beaux habits.

On s'étonnait qu'une pareille faiblesse vînt du père, vaillant guerrier, et non de la mère ; car, dans ce pays-là, on croyait la raison des hommes

supérieure à celle des femmes, quoique la preuve du contraire fût assez commune.

Superbe était grand, beau ; sa taille élégante faisait valoir les riches vêtements qu'il portait même à l'intérieur du palais. Tant d'éclat ne pouvait faire oublier qu'il était un enfant léger, curieux , volontaire, paresseux à tel point qu'il ignorait les choses que savent d'ordinaire tous les enfants de son âge : il ne pensait qu'à jouer.

Gentillet, plus jeune de deux ans, passait pour un enfant de peu d'importance, qui ne devait avoir aucune part au royaume 'de son père. Mais lui, qui ne savait rien de tout cela, se trouvait le plus heureux des petits garçons, lorsqu'après ses devoirs terminés, sa mère l'embrassait et lui donnait des récompenses. Tout le monde aimait Gentillet. S'il n'avait pas la beauté de Superbe, sa bonne grâce, la gaieté et la franchise de sa mine ne permettaient pas de s'apercevoir de ce qui lui manquait. Quel malheur, disait on, qu'il ne soit pas l'aîné, car à coup sûr il sera sage 1 Que deviendra le royaume aux mains d'un écervelé comme Superbe ?

La reine aimait beaucoup ses deux fils; mais vous serez peut-être étonnés en apprenant qu'elle préférait Superbe, précisément à cause de ses dé-

fauts ; elle avait pour lui une sorte de compassion. — Que deviendra-t-il ? pensait la bonne mère. Personne ne l'aimera! Moi je l'aime, parce .. qu'il est mon fils ! Quant à Gentillet, pauvre chevalier, il sera heureux, on l'aimera : il est bon et aimable, studieux, résolu.

La reine, étant en grand deuil, ne recevait aucun étranger : ses dames d'honneur les plus intimes, les gouverneurs de ses enfants avaient seuls accès dans sa solitude. Le plus souvent c'était pour lui apporter des plaintes contre Superbe et essayer de se faire remplacer; mais à peine la bonne reine avait-elle dit un mot, que, charmés par le son de sa voix, la douceur de son regard, ils renouvelaient l'assurance de leur dévouement et s'en retournaient à leur poste.

La reine, encore tout émue d une scène dont elle venait d'entendre le récit, se demandait par quel moyen on parviendrait à vaincre le caractère de Superbe, lorsque quelqu'un frappa à la porte. Jamais personne ne s'était permis une semblable liberté. Cependant, la reine voulut bien répondre, et, sur son invitation, une petite paysanne, fraîche, gracieuse, vêtue d'une jupe de drap bleu, corsage noir, chapeau de paille orné de coquelicots, sa quenouille à la main, lui sourit en entrant.

« Bonne reine, je suis la fée Fleur -des-Champs, je vous aime et je viens vous consoler.

. « Allons, vous aussi, vous ne croyez qu'aux fées couvertes d'or et de pierreries, aux fées hideuses ou éblouissantes de beauté ; une simple bergère ne vous paraît pas digne de ce nom. Vous avez tort.

« J'ai eu le choix des dons, comme bien vous pensez ; j'ai voulu passer sans bruit: pas de char traîné par des dragons à la gueule enflammée; le tonnerre et les éclairs n'annoncent jamais ma présence.

« Comme mon nom vous le dit, j'habite les champs, où il fait toujours beau pour moi, par exemple ; je ne pousse pas la simplicité jusqu'à recevoir la pluie et la grêle % sur le dos. Non, vraiment 1

« Ma puissance consiste à secourir les pauvres à obliger, à consoler quelquefois les princes et les reines ; je dis quelquefois, car s'il fallait m'occuper de tous ceux qui se désespèreiit, souffrent se lamentent de la perfidie de leurs meilleurs amis, je passerais ma vie hors des champs. Là mes mains suppléent à celles de l'enfant que sa mère envoie glaner: j'aJlége le fardeau du vieillard. Quand je vois de vigilants fermiers man-

quer de bras pour faire la récolte, je les aide par enchantement.

« Si je passe devant une lessive étendue et que le temps soit incertain, je la sèche en soufflant dessus. J'entre dans les chaumières, je console les enfants délaissés par la mère qui travaille au dehors; je fais manger la bouillie aux nourrissons, je les dorlote, je leur chante des chansons qu'ils n'ont certes jamais entendues; je débarbouille les aînés et leur apprends de jolis jeux.

« Ce n'est pas tout : j'entre à la ferme, et quand je vois une brave servante surchargée de besogne, je pétris le pain du bout de mon doigt et j'enfourne avec la même facilité. Je bats le beurre, je veille au troupeau ; je fais fleurir les roses et. lé jasmin la veille de la fête pour parer les jeunes filles. Enfin, je suis une fée pratique, une heureuse fée, croyez-moi, puisqu'à chaque instant du jour je fais des heureux et sans exiger de reconnaissance : sage précaution !

« Malgré mes goûts champêtres, ma bonne reine, je n'en suis pas moins une fée philosophe. J'ai sur l'éducation des idées, des méthodes dont je viens vous proposer de faire l'essai sur votre fils aîné. Il veut jouer, toujours jouer! Eh bien! soit, nous l'amuserons tout en l'instruisant.

.«Mais voici l'heure de votre souper, permettezmoi de vous en servir un de ma façon. »

Fleur-des-Champs frappa dans ses mains, et aussitôt de petits bergers apportèrent une table couverte d'excellents mets, parmi lesquels figuraient des fromages à la crème servis dans des corbeilles d'un tissu si fin et si serré, que la crème y était contenue comme dans un vase de cristal. La nappe était brodée, Fleur-des-Champs en fit remarquer le dessin à la reine.

« Ce n'est pas l'ouvrage d'un coup de baguette, dit-elle, mais bien l'œuvre de mes doigts ; seulement, vous comprenez que je travaille comme une fée. J'aurais plutôt renoncé à ma toute-puissance, que de vivre dans l'oisiveté. J'ai les paresseux en horreur; eux seuls ne connaissent pas mes bienfaits.

— Que vous avez donc eu une bonne idée, ma chère Fleur-des-Champs, dit la reine tout en mangeant de bon appétit, de venir me voir ! Voijs savez donc qu'il y a des chagrins dans les palais?

— Oui, je le sais. Mais ceux qui habitent les palais ne veulent pas toujours entendre raison.

« Eh bien I c'est convenu , vous me confiez Superbe et je vous le rendrai corrigé, et cela par la méthode la plus douce.

— Vous me demandez un grand sacrifice ! Que

dira-t -on de l'absence de l'héritier ?

— Qu'il voyage; n'est-ce pas la grande ressource des princes et des seigneurs? Du reste, bonne reine, vous ne perdrez point de vue votre fils. Voici un petit tuyau de bois qui vaut mieux que toutes les lorgnettes d'opéra. Superbe habitera un château situé à mille lieues d'ici, dans un pays enchanté et enchanteur; dès que vous voudrez le voir et l'entendre, vous n'aurez qu'à regarder dans la lorgnette. Mais d'abord, donnez un coup d'œil au château, et dites-moi s'il vous plaît. »

La reine porta la rustique lunette à ses yeux et vit un immense palais en marbre blanc et bleu ; les fenêtres étaient ornées de guirlandes de fleurs, des fruits couvraient les arbres, des oiseaux de toutes couleurs voltigeaient et tournaient dans les airs; on entendait une musique ravissante; des bandes d'enfants couraient dans des jardins d'une beauté inconnue jusqu'ici à la reine.

« Comment trouvez-vous ma petite maison de

campagne ?

— Admirable ! l'éloignement seul m'effraye. » Fleur-des-Champs éclata de rire.

« L'éloignement I ma bonne reine ; croyez-vous donc que je voyage en chemin de fer ou en ballon

comme une tortue? Dès que votre fils aura mis le pied dans ma petite voiture, un bon vent d'est nous transportera comme le plus léger brin de paille. »

La reine pensa qu'il était de son devoir d'accepter les offres de service de la fée : l'engagement fut pris. Il était t$rd.

« Je vous quitte , dit Fleur-des-Chanjps ; reposez-vous. Moi, je vais prendre la quenouille d'une bonne vieille qui s'est endormie ; si je ne luivie^s en aide, elle ne pourra pas vendre son fil demain. Adieu, chère reine; quand vous vous éveillere2, votre fils sera dans mon château. »

Elle disparut et Jaissa sur la table un bouquet d'une fraîcheur et d'un parfum délicieux.

La reine passa une nuit excellente.

A peine éveillée, elle prit sa lorgnette et vit le palais enchanté. Un grand mouvement y régnait. Mais, ô surprise! Fleur-des-Ghamps et Superbe arrivent. Ils sont reçus par une foule de joyeux enfants, qui invitent Superbe à jouer.

A partir de ce moment, la reinç ne quitta plus sa lorgnette. Les dames d'honneur et les dames d'atour ne savaient que penser en voyant une personne aussi grave que la reine passer tout son temps à regarder dans un tuyau de bois. Lors-

qu'elle n'avait plus la force de le tenir, une de ses femmes le plaçait à la portée de son regard.

Toutes les audiences furent suspendues; les ambassadeurs eux-mêmes n'étaient pas admis devant la reine ; Gentillet obtenait à peine la faveur d'embrasser sa mère : on ne savait que penser à la cour. Quant à Superbe, tout le monde le croyait parti avec une nombreuse suite, que la reine avait eu soin d'envoyer en pays étranger.

Laissons la tendre mère se crever les yeux à regarder dans sa lunette, et nous racontons ce qui se passait dans le château bleu.

Les petits garçons qui avaient reçu Superbe remmenèrent en chantant et en dansant dans le palais, dans les jardins, lui faisant admirer des jeux de toutes sortes : chevaux de bois qui galopaient, arlequins bavards et excellents danseurs de cordes, cerceaux d'or légers comme des plumes, toupies chantantes, bilboquets de diamants, oiseaux qui se laissaient mettre un grain de sel sur la queue et qu'on avait le plaisir de mettre dans de belles cages où ils chantaient sans boire ni manger.

Pas un livre! pas une plume! pas l'ombre d'un précepteur !

Superbe était dans la joie de son âme. Il n'en revenait pas et se demandait combien de temps durerait une vie si douce.

Tous ses caprices étaient satisfaits, et certes il n'en manquait pas ! Un jour, il voulut voir s'il serait plus heureux que beaucoup de petits garçons de son âge. Il demanda la lune. Un astronome la lui apporta aussitôt et la remporta avec la même facilité. Sa gourmandise n'était pas moins bien servie, et tout était admirablement organisé pour la satisfaire: murs en sucre d'orge, rideaux de sucre filé, chaises d'angélique, buffets en chocolat, tables de nougats de Marseille, ornements en fruits confits, etc. Le merveilleux était de pouvoir passer la langue sur toutes ces friandises et de les grignoter sans qu'il y parût. Ah 1 vraiment Superbe ne songeait guère à son pays , où les maisons étaient bâties en pierres de taille, les tables en bois et les chaises en veloursl

Le petit égoïste ne songeait pas davantage à sa mère et â Gentillet. Le temps passait vite pour lui, tandis que la reine voyait avec-peine les mois se succéder sans que Fleur-des-Ghamps lui ramenât son (ils.

Cependant Superbe finit par éprouver quelque lassitude. Il aurait souhaité se reposer de ses

jeux, mais on ne lui en laissa pas le loisir : — Jouons Jouons toujours, disaient ses compagnons.

Le jeune prince n'en pouvait plus, et la reine n'était pas moins fatiguée de braquer sa lunette sur le château bleu. Elle commençait à se demander si Fleur-des-Ghamps ne s'était pas moquée d'elle. Heureusement que le bouquet frais et parfumé était là pour justifier la bonne fée.

Que faisait Gentillet? Il s'instruisait rapidement en toutes choses. Ses maîtres découvraient chaque jour en lui des dispositions merveilleuses pour les sciences, les arts et la philosophie. Il était si accompli, que les grands du royaume furent d'accord pour demander à la reine de lui confier le gouvernement du royaume en l'absence de son frère.

La reine s'affligea de cette démarche. Superbe était l'aîné, et la couronne lui revenait de droit. Elle tourna encore une fois ses regards vers le château bleu, et elle vit Superbe poursuivant dans les airs des papillons d'or. Elle soupira et se rendit aux vœux de la nation.

Gentillet fut bien surpris en apprenant l'honneur qu'on lui faisait. Il avait cru accomplir un simple devoir en se montrant studieux. Il demanda s'il ne serait pas préférable de rappeler son frère aîné,

auquel la couronne revenait de droit. Il parla avec tant de sagesse, que les seigneurs persistèrent à lui confier les rênes du gouvernement.

Gentillet justifia complètement le choix de ceux qui l'avaient élu. Par ses soins, tous les abus furent réformés. Il rendait ou faisait rendre la justice. Les pauvres pouvaient rapprocher, il les écoutait et plaidait leur cause.

Un matin la reine sortit seule dans la campagne. La moisson était faite, de riches gerbes couvraient la terre. Sa Majesté s'assit tout bonnement sur une gerbe et, pensant à Superbe qu'elle venait de voir s enlever en ballon, elle se demandait quand finirait une si étrange épreuve.

« Eh bien , dit une douce voix , nous touchons aussi, nous, au moment de notre moisson. Encore quelques heures, et Superbe sera dégoûté des jeux auxquels il s'est livré avec tant d'ardeur depuis deux années. Bonne reine, ajouta Fleur-des- Champs, en se montrant dans son costume de bergère , il vous faudra encore beaucoup de courage.

— J'en aurai, répondit la reine. Quelle mère en a jamais manqué pour assurer le bonheur de ses enfants? Mais que faites-vous donc ici, ce matin, Fleur-des-Champs ?

— Je glane : ce n'est pas assez pour moi de protéger les moissons du fermier laborieux; ma joie serait incomplète, si je n'assurais la petite récolte du pauvre. Voyez,» dit-elle en ouvrant son tablier, puis apercevant une bande d'oiseaux, elle leur jeta du grain, et eux se perchèrent sur sa tète, sur ses épaules, et (ce qui est de mode aujourd'hui), chantèrent un chœur avec un ensemble parfait. Jamais la reine n'avait entendu rien de pareil à la cour.

« Allons, dit Fleur-des -Champs, Votre Majesté verra du nouveau la première fois qu'elle regardera dans sa lunette. »

La reine rentra bien vite et courut à sa lunette.

Quel changement de décoration ! Superbe pleurait seul dans un coin ; ses compagnons l'avaient abandonné. On entendait pourtant encore leurs cris joyeux, et il semblait facile que le prince allât les retrouver. Il ne voulait donc plus jouer? La reine pleura aussi, mais ces larmes ne lui firent pas de mal aux yeux, comme toutes celles qu'elle avait répandues. C'est que la physionomie de Superbe avait changé d'expression. Cet air arrogant et dissipé était remplacé par la douceur et la réflexion. Il se leva, sortit du château malgré les cris de ses compagnons qui l'appelaient en-

core et alla dans le parc. Il marcha quelque temps et s'assit soùs un acacia en fleurs. Une bergère s'approcha de lui :

« Que faut-il pour vous plaire? demanda-t-elle en faisant la révérence.

— Oh I gentille bergère, peut-être me fuiriezvous comme mes compagnons, si je vous disais l'objet de mes vœux.

— Dites toujours; qui sait?

— Je désire voir ma mère, mon frère, mon précepteur, mes livres, mes cahiers, ma géographie. Oh! ma géographie! voilà ce qu'il me faudrait pour être heureux I »

A peine Superbe avait-il fini de parler, que le château bleu s'écroula avec un effroyable bruit. Un jeune écuyer lui amena un cheval blanc comme la neige et tout caparaçonné de velours bleu brodé d'or, et l'engagea à monter sur le beau coursier qui le ramènerait chez sa mère. Superbe obéit sans demander pourquoi et comment, suivant sa détestable habitude, et il se trouva en un clin d'oeil dans la cour de son palais.

La reine avait tout vu, tout entendu. Elle alla recevoir son fils, l'embrassa tendrement, et lui ne cessait de répéter : « Ma mère, ma bonne mère, que je suis heureux de vous retrouver ! »

Ils se perchèrent sur sa lête. (Page 20?.)

La mère oublia tous ses chagrins passés en entendant de si douces paroles.

Superbe avait grandi; mais il n'avait pas cette fraîcheur et cette joie que porte sur son' visage un bon écolier.

Le prince demanda son frère. La reine lui raconta avec un peu d'embarras ce qui était advenu en son absence. Superbe n'en témoigna aucun mécontentement. Il demanda ses précepteurs, et il fit connaître la résolution où il était de travailler et de réparer le temps perdu.

Gentillet fut tout joyeux en revoyant son frère. Il lui dit qu'il étai t prêt à lui rendre le trône. Superbe s'avoua incapable de gouverner et supplia Gentillet de garder une couronne qui lui allait si bien.

Malgré sa modestie, Gentillet ne savait que répondre ; il ne pouvait oublier que son frère avait passé dans la dissipation les années que, lui, avait consacrées à l'étude.

Cependant Superbe se mit à lœuvre. Hélas!

c'était pitié de voir ce grand garçon apprendre à lire, faire des bâtons, des o et des a, réciter des fables, tandis que son frère conduisait les affaires avec une sagesse dont s'étonnaient les vieillards

La reine attendait avec impatience la visite de Fleur-des-Ghamps. Elle ne tarda pas<

« Comment trouvez-vous ma méthode, chère reine?

— Excellente, mon fils est corrigé. Il a appris par lui-même combien les enfants se trompent en croyant que le bonheur consiste à s'amuser toujours. Il reconnaît la sagesse des parents qui partagent le temps entre le travail et le plaisir. Mais, ma bonne et chère fée, ne pouvez-vous pas, d'un petit coup de baguette, aplanir les difficultés que ce cher enfant trouve aujourd'hui dans les études les plus élémentaires?

— C'est ici où s'arrête mon pouvoir, répondit Fleur-des-Champs. Le courage et la persévérance peuvent seuls réparer le temps perdu. Cependant vos larmes me touchent, chère reine, et je veux donner à Superbe une plume de bonne volonté. Cette plume lui sera d'un grand secours tant qu'il sera résolu à travailler; mais elle s'arrêtera lorsque la bonne volonté du Prince manquera. »

La reine trouva ces conditions excellentes; car elle ne doutait pas du courage de son fils. Elle arriva même, chose étonnante, à donner raison à Fleur-des-Champs, se disant, bien bas il est vrai, que les parents doivent poursuivre sans relâche cette vilaine paresse qui fait le malheur des enfants.

Mes chéris, ajouta maman, la plume de Superbe marcha très-bien. Une seule fois elle se ralentit, mais ce fut pour reprendre un nouvel élan.

Cette plume n'avait jamais besoin d'être taillée ; une goutte d'encre durait une année entière, de sorte que Superbe ne perdait pas un instant. Sans égaler son frère en savoir, il acquit une instruction solide, et parvint si bien à faire oublier ce qu'il avait été autrefois, qu'on l'appelait le bon Prince 1 .

1. C'est maman qui a écrit de sa main ce conte dans mes Mémoires. (Note de l'auteur.)

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