Six francs
Quand je suis content, je saute Je ris, je chante. Je sais bien qu'un homme ne peut pas être comme un enfant ; cependant je m'attendais à voir Pierre Leroy joyeux. Il était pâle et presque tremblant, et me paraissait encore plus triste. Sa petite fille avait peur; elle se cachait dans les bras de son père.
Ils ne bougèrent pas pendant la traversée. Je fis part de mon étonnement à papa. Il me dit qu'une grande joie se cachait souvent sous une tristesse apparente; d'où j'ai conclu qu'il y a des bonheurs de différentes espèces, et que j'en ferais la connaissance peu à peu.
La mer n'avait pas de vagues : on aurait dit une grande rivière. Aussi presque tout le monde était de bonne humeur. On causait, on lisait, des dames brodaient. Moi, qui ai toujours des billes dans ma poche, je profitai du calme plat pour faire une partie.
J'ai eu soin de ma petite protégée ; comme elle n'avait pas mal au cœur, je lui portais de bonnes tartines, et son père avait enfin l'air heureux.Quand nous aperçûmes Boulogne, je crus qu'il perdait la tête. Ce fut encore bien autre chose quand nous fûmes débarqués, car papa lui donna de quoi payer sa place jusqu'à Paris, lui recommandant de venir nous trouver à l'hôtel.
« C'est trop, monsieur, c'est trop de bonté. » Mais tout en ayant l'air de refuser, sa figure disait :
« Vous avez bien raison, monsieur : sans vous, je ne pourrais pas m'en tirer. »