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» VOUS est dier Partez,. •. Mon sacrifice est
» décidé depuis long-^temps. m
Cette lutte de l'amitié se prolongea pendant quelques instants , et les temps fabuleux seuls , ou les tableaux de la poésie , en peuvent offrir , je crois ^ un semblable exemple. J'étais ému^ je versais des larmes : w Mes amis^ m'écriai-je » &a&ay par grâce , ne perdons pas un moment ; I) les instants sont précieux ; je veux voii$. » sauver Fun et Faatre. Que l'un de yous me M suive et que je sois bientôt de retour. — » Gensonné , part^. — Profitez-en le premier, » Guadet^ je terminerai, sans le secours de votre j) élo<|aence,cetteapologie que j'ai commencée^ » je veux qu'elle devienne publique; si elle ne w nous est pas utile, elle pourra l'être à quel» ») qu'^ujj de ceux qui ont partagé Qotre prosctip- » tion. ^ Partez, il.faut que je l'achève. »
Je sortis avec Guadet , et le mis à même de gagner Bordeau? , où il désirait se rendre pour rejoindre ses amis, et trouver un asyle sur au sein de sa famUle. Toutefois, j'eus les plus grandes précautions à prendre; en sortant de chez Grensouné, je remarquai que quelqu'un nous suivait s c'était Amans un des affidés de RobespicFre ; je le connaissais; laissant marcher
D^UN PRÊTES RÉGICIDB. Sq
devautiBûi le malheureux proscrit, enveloppé et méconnaissable , je m'approchai 4u satellite du dictateur , je m'en fis reconnaîtra , et lui dis quelques mots propres à le raslsurer. J'eus soin y en outre, de ne rejoindre. Guadet qu'après avoir détourné une arue , et lorsque Amans ne pouvait plus nous apercevoir. Non content de ces précautions, je crïis devoir ie conduire cheznmoij.etne l'en faijre sortir qu'après qu'il eut ^h^ngéde déguisement. Tout cela en*» traîna des retards , et ce ne fut que le lendemain que je pi^s le laisser hors de^ barrières, sur la route de Cordeaux. « Courez .i Gensonné, me dit- il. ^ Ce fut son dernier adipu^
Il n'était plus temps. Ou s'était^ aperçu de la faiite de Guadet , son ami était gardé à ivue et avec plus de sévérité et d'exactitude que jamais. Lorsque j^enitraî dans son cabinet, il ne comprit pas d'abord à mon air d'abatlienaient^ que jem'éi* tais dperçU)<|e jbes nouvelles mesiu^s; et iaterpré<* taqt autrement mon chagrin : c< Àuriez-vous été » découvert , me demanda- t-il avec vivacité ? » Guadet ?. . . il n'osait aphever; — - U est sorti die D . Paiîs ^ ripondi»-je ; mais vous ?. . . » Le calme reparut sur ssa figure. — « J'ai conçu pour lui ; >) ajouta-t-il , les- plus vives inquiétudes. Ecou»
Go MÉivfotnES
» tez ma défense. » Il me fit asseoir avec le plus grand calme ^ et me lut une apologie, plus sublime que celle que Platon prêta à Socrate, son maître; mais Gensonné avait bien d'autres juges que le sage d'Athènes , et la ciguë eut paru à ses bourreaux un supplice trop doux.
Je le savais, et mon désir de sauver les Girondins s'était accru de l'admiration que m'inspirait tout ce que je venais de voir. Je courus d'abord à la personne qui avait accompagné Guadet à quelques lieues plus loin que moi; j'appris que celui-là du moins était en sûreté, et je me rendis chez Danton. Il arrivait de l'Assemblée où, pendant la discussion et dans les comités, il avait été plus que jamais question du supplice des vingtf^deux députés, qui se trouvaient encore sous le glaive de la loi a II s'en échappe » qudqu'un tous les jours, s'était écrié l'un w des satellites de Robespierre , et c'est un traî- ». tre , un conspirateur de plus , lâché au milieu » de la France ! » Danton était abattu. Cet homme , qui eût été l'athlète le plus vigoureux des fêtes Olympiques, qui souvent tonnant à la tribune , m'était apparu conmie le Samson de l'Écriture , prêt à ébranler les colonnes du temple et à nous ensevelir tous* sous ses ruines,
d'un prêtre régicide. (y\
semblait alors dans un abattement complet.
Lorsque j'entrai^ ses deux mains soutenaient sa tête abaissée ; il la releva , et je vis de grosses larmes rouler dans ses yeux : le jour même,
il avait été question, auprès de Robespierre^ de mes visites chez Gensonné , et de la fuite de Guadet. Camille Desmoulins s'était £ait le garant de mes opinions; mai$ Danton m'avait compris, et devina le sujet de ma visite; il s'écria : Je ne les sauverai pas.
La vue de cet homme , ce cri de mort , fit sur moi l'inipression la plus vive et la plus douloureuse. Assis à ses côtés, je cherchai à relever son courage ; je lui parlai de son crédit aupr-ës de Robespierre : « Il ne m'écoute plus , me dit- » il ; il est maintenant plus fort que nous tous ; » il n'a plus besoin de nous. Puissions-^nous » nous sauver nous-mêmes... Pour moi, je » regrette de ne pas partager le sort de ceux » qu'aujourd'hui je ne puis défendre... Mais, » mon ami , il n'y a rien à faire. Mous ne les » sauverons pas ! Copservons-nous pour empê« » cher d'autres crimes , si l'on nous en laisse » les moyens... Ah! liberté! liberté! comme » on se rit dé toi ! comme on profane ton nom » sacré! — Cependant, ajoutai-je, Robespierre
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M lui^4néme n'a pas para désirer le supplice de » ses collègues. — S'il ne le désirait pas , est*"Ce » qu'ils le demanderaient? — Mais ne l'avons- » nous pas vu, dans une occasion^ défendre » ceux que l'on voulait joindre à la liste fatale? » — Homme simple et bon , qui n'avez pas su » deviner sa politique tortueuse, .qui n^e saveto » pa^ pourquoi nous-mêmes iLnous épargne M encore ! Sa clémence ne sera pas de longue » durée. Ceux qu'il a défendus^ vous, moi, » Tallien , Barrère , nous y passerons tous , » si nous ne pouvons l'abattre, si nous ne » sommes assez fDrts pour triompher de ses » Jacobins ; il leur demandera notre mort à » tous, il ne laissera vivre que ses esclaves. » N'espérons donc rien pour le moment. SJais » j'en fais le sermeiit , de ce jour je le connais , » je l'abandonnne... lia première victime à im* )» moler à la patrie , à la liberté , c'est Robes- » pierre... Mais nous ne sauverons pas les Gi- » rondins 1 »
Danton n'était plus ï;naître de lui en prononçant ces derniers mots , il sanglptait presque j les veines de son large cou étaient gonflées ; sa figure avait une ej^prc^sion de douleur, de décision fixe et hardie qu'il me serait impossible
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de rendre. Ainsi , ceux mêmes qui avaient précipité notre malheureux roi , ceux qui avaient vbulu le plus violemment établir une république y ceux dont les opinions avaient été le plus exagérées, s'il leur était resté quelque sentiment de justice , s'ils avaient conservé ces vertus privées dont Faspect console , étaient maintenant effrayés de leur propre ouvrage, et parlaient, comme Jérémie , un langage presque égal à de si grandes douleurs I -
De chesi Danton , je me rendis chez Camille Desmôulins ; je comptais sur sa jeunesse , sur le pouvoir que sa Lucile, sa jeune et tendre épouse, avait conservé sur son ame. Camille me comprit sans peine; il ne partageait pas l'abattement de Danton , il fit venir précipitamment un fiacre , «t nous nous rendîmes ensemble chez Robespieri>e. Fouquier-Tinville était près de lui. Le dictateur nops reçut d'un air froid et sévère ; il attacha sur nous un œil méfiant , et avant qu'il eût congédié l'accusateur public , il nous demanda si nous venions lui dénoncer quelques nouveaux traîtres. Je frissonnai , je crus qui'il* voulait parler de nous, Camille s^a Ma nça d'un pas ferme : « Non, dit-il, nous désirons » tfjçntretenir. » Avec un sourire, Maximilien
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adressa à l'accusateur un signe d'adieu et revint à nous.
 mesure que nous lui exposions le sujet de notre visite ^ je voyais tantôt son front se rembrunir , tantôt un sourire hypocrite errer sur ses lèvres. Quand nous eûmes achevé, il parut tin instant penser comme nous : ti Mais , ajouta- » t--il , la Convention n'a-t-elle pas décrété leur » arrestation, leur accusation; moi-même je » plains, j'aime quelques-uùs d'entre eux ; mais » si l'Assemblée , si vous-mêmes, vous les avez » reconnus traîtres , qu'y puis-je foire ? » J'étais atterré , je ne savais que répondre à ce langage hypocrite : « Fouquier-Tinville sort d'ici , rè- » pondit Camille Desmoulins, et personne ne » doute de ton influence ; tu peux les sauver. » — Mais s'ils sont des traîtres ? — Il se peut^ » me hâtai-je de reprendre, que l'Assemblée » les ait reconnus indignes de partager ses dé- » libérations , qu'elle ait suspecté leur esprit , » sans cependant les croire coupables d'aucun » ôrime achevé , d'aucune conspiration. — Alors » le tribunal les absoudra. »
La conversation continua pendant quelque temps avec cette chaleur contrainte d'une part ^ cette réserve hypocrite de l'autre. Cependant
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Robespierre ^'impatientait de nos objections, et il commètiçâit à le laisser voir dans sesVépôhses. J'élevai alors le doute que là Convention vît d'un bon oèll ûii aussi grâûà nombre de ses membres jugés par un tribunal secondaire, tandis tin oh Pavait appelée elle-même à examiner le procèis du tyran. « Il a raison , ajouta Camille^ » ce serait! nous à prononcer sur leur sort , et yi non au tribunal révolutionnaire» ' — Il est » cependant assez bon pour eux , répondit Ro- « bespîerre, et il leur rendra justice, comme n il a feit à tous les aristocrates et aux autres » ennemis dé la liberté ! » Il sfe leva, à ces mots, et noils nous retirâmes sans espoir.
Garât, successeur de Roland au ministère de l'intérieur , feisàit dé son côté", pour le salut des Girondins, d'inutiles efforts^ Je le rencontrai à quelques jours de là, et il m'apprit que le tyran lui avait fait à peu près id même réponse q\i'à nous. Les éèrits de quelques-uns des accusés ayaîent encore accru la fureur de leurs ennemis: (cLe peuple vous a demandé des lois, n s^était écrié Rrissot*, et vous lui avez promis » mon sangl — Il l'aura <hi moins » , avait •ajouté Hobespiertie en lisant cette éloquente apologie. En effièt j vingt-dèut tle nos collëgties