Tome ik
GG MÉMOIIŒS
vinrent siéger en accusés^ devant Fouquier- Tinville pai^aphrasant le rapport d'Amar, et devant ses affreux acolytes.
Ce jour-là^ Je m'étais bien pronjis de ne pas sortir de chez moi , de ne pas voir la joie de ce peuple^ qui avait soif du sang de ceux qui avaient, voulu lui donner des lois. Camille vint me pren» dre, et me prier de l'accompagner au tribunal. « Allons-y , me dit-il , notre présence en impo- » sera peut-être à qpelques-uns des 4:émoins qui » doivent parler contre eux. Dans le, nombre » on cite Fabre d'Ëglantîne , nous verrons s'il » l'osera ! » Je ne partageais' p^^s* l'espoir de Camille^ je fis cependant violence à ma douleur et consentis à l'accompagner : « L'idée de leur » mort; me dit-il en chemin , n%e poursuit sans » cesse. La nuit dernière ^ tourmenté d'une » cruelle insomnie..., je m'approche, pour me » calmer un instant, de ipa douce et tendre » Lucile^ elle dormait ; mais un songe affreux » ofirait à son esprit le supplice de Fonfrède y » et elle prononça mon nom , conmie si elle y )) eût vu un sinistre présage. » Je cherchais à le calmer : u Je l'ai mérité, ajouta-il, car j'ai » contribué au sort qui les attend; je ne me le • » pardonnerai jamais, ni l^histoire non plus ! »
dVn PRÊTRE RÉGICIDE. ôj
L^accnsation était eatendue , Tinterrogatoire était commencé lorsque nous arrivâmes. Je n'avais pas vu Gensonné depuis le jour où j'avais tenté en vain de lui fournir , comme à Guadet, les moyens de gagner Bordeaux. Il était calme, écoutait avec attention, et je lusaisément sur sa figure qu'un courage à toute épreuve avait adouci ses peines physiques et morales. Nos yeux se rencontrèrent , et les siens m'exprimèrent de la reconnaissarfce. Brissot prononça son éloquente défense , qui produisit le plus grand effet. Camille était touché jusqu'aux Iprijfies , et chacune des paroles de l'accusé était accueillie avec une sorte d'enthousiasme par un jeune homnie placé à mes côtés , et qui m'ayant reconnu pour un des amis de Robespierre, avait plusieurs fois attaché sur moi des regards de mépris et de colère.^ Les débats furent dos, en vertu de la loi la plus inique , et bientôt les accusés répondirent à leur sentence de mort par les cris de vii^e la république ! ■
J'étais tombé dans une morne stupeur ; j'en fus retiré par le désespoir de Camille : « C'est
» moi , s'écriait-il, c'est moi qilii les tue
» Meta Brissot déi^oilé ! ah l que je partage » leur sort!... JNcm'arrêtes^ pas, que je tombe
6fr M^MOIUS
>v à leurs pieds ,.... que leurs juges me con- » damnent! .... » Au^ même instant un cti d'borreur se fit entendre dans la salle. Dafriche- Yalazé , au nombre des condamnés , s'était frappé d'un coup de stylet. Le hideux aspect des juges effrayés et presque fuyant , la sombre lueur des torches^ ce cadavre ensan^antant les gradi^s ou s'étaient assis dje-. vertueux ennemis de la tyrannie ^ tout , contx>urait à redoubler lluNrreur de cette soëâe« « Cette arme^ s'écriait » Camille « en montrant le fer fumant encore » dans la plaie de Yalazé y ce poignard^ qu'on » me le donne , que je me fasse justice ! vk Je parvins à l'arracher à cette scène affreuse^ et s^ fureur se calma bientôt dans un torrent de larmes.
Quelques jours après un envoyé fidèle m'apporta une lettre de Guadet ; c'étaient des remerciments ^ mais elle en contenait une autre pour Grensonné. Il était mort en héros ainsi que ses collègues. Voici la lettre^de son malheureux
ami :
i( Je ne me pardonnerai jamais d.'ètre parti » avant toi y si tu ne trouves les moyens de » venir bientôt nous joindre. Hâte-toi , Grén- ». sonné, hâte-toi, vrai sage, espoir de la patrie,
D^UM PRÊTRE RÉGICIDE. (ig
M iiiets ta tété à l'abri du fer des bourveatix ; » vtehs partager iiotre a^le. ÂfrriVé à QbrdeaujL » à travers mille- dang^> jV^^ ti^oUvéqueU » ques-ans de ûos amis , quelques-^ns de nos » coknpatriotes persécutés comme ûoûs par ceùX » qui se sont charge d'étendre à toutela France » la <^Nnlndtipn paternelle du divin Rdbes^ » pierre. Viens nouis joindre, \relever notre » courage et nous soutenir de l'image de tes » vertus.
y> Par h tendresse de ma ^nne sdeur , nous H avons trouvé nn asile presque impénétrable. n Te rappell)e»»iu l'histoire de Sabinusî^ Nous » sommes comnœ Inyplongés dans mb.soiiter*^ n rain, au f^nd d'une carrière abandonnée,, et » madame BouqucfV , nouvelle Ëponine^ plus A sublime qtie son modèle , s'est chargée de » ^MMirvoir à nojtre subsistance, de nous l'ap* » porfiér elle-même chaque nuit, sans craindre )i aucun péril , et ne redoutan* rien sinon de » trahir iiOtre mt*âitô : elle est notre soeur à
» tous!
» A l'abri des tyrans, mon cher ami , nous
» reprenons haleine; notre habitation souter-
M raine noîis semble quelquefois préférable an
>^ séjour des villes ensanglantées , des campa-
» gaes corrompues par racarchie. L'ud de nous )> a sculpté dass le roc un arbre de la liberté^ » une statue de la déesse 4 nous l'honorons^ et » parmi nous du moins. elle i^'a pas besoin de I» se couvrir d'un voile , cb^ nos mains et nos » volontés soQt pures. Pailois nous discourons M en sages^t alors tu nous manques^Gensonné; » car ce serait à toi d'être notre président^ notre >» niakre.
» Bordeaux souffre en oe moment de la fe- )) mine^ et nous plus qu'aucun autre des habi» » tanXs du pays. Tu conçois que, tandis que les )» vivres se pèsent et se calculent ^ il est plus » difBcile à ma sœur de se procurer la subsis- M tance dé plusieurs personnes , et cependant » nous ne manquons que bien rareiiient^ tant sa » tendresse est active^ Nous lui deyon», mon » ami, une bellecouronnc civique, mais nous Xie » voulons la lui donner que le jour où. tu seras » réuni à nous. Apporte - nous, dqnc avec toi » quelques branches de chêne , car ici nous /) n'en avons que les racines. )»
^ Guadet apprit bientôt sans doute combien ses espérances étaient trompeuses , et ce fut lui qui, découvert par les anarchistes, alla rejoindre ses amis.
d'un prêtre régicide. 71
A quelque temps de là un jeune homme fut traduit devant le tribunal révolutionnaire comme ami de Brissot. « Je Tétais en effet, répondit-il » au juge interrogateur. — Eh î que pensez-vous » - de lui ? — Il vécut comme Aristide et niourut )) comme Sidney. » L'écbafaud paya sa constance. Cet homme était le même qui s'était trouvé à mes côtés à la séance du tribunal révo« lutionnaire ; plus tard j'appris qu'il m^accusait de l'avoir dénoncé !