IIÉIIOIRE
aUPITRE XUII.
L'arrestation de Roland est ordcNinée. — le le rccaeiHe chez mor. Madame^ Roland est arrêtée. -^ Bosc. — Grandpré. — La prison de Sainte-Pélagie. — Madame Bouchaud. — Le tribunal révolutionnaire. — La mort de la reine. — Jugement da Madame Ro* land. -— Mort de Roland.
RoLAiïD avait été rappelé au imnistère de Fintérieur aprfes la journée du lo août. C'était un homine de bien^ et de même qu'il n'avait pu s'entendre avec une cour incertaine , remplie d'hésitation^ où l'on feignait, pour arrêter la bonne volonté du roi, de même il ne pouvîiit long-temps s'accorder avec les tyrans anarchistes, dont le pouvoir commença à cette terrible journée. Ami du ministre et de sa femme, je fus témoin de leurs inquiétudes, et souvent admis aux
conseil» qu'ils, t^ai^ot av^c tew$ amis pour ro» iaé4iar ausi Hi^iut qui^ de tous Oô^9 ntenaçaîent lacbosfçptdbiiqu^f
I^olaiijd é$24t4^i4éà i^ndooDâr le timon dos aSaires y je l'en détournai le plus qu'il m'était possible» 1 Jç loi représentai que ce n'e»t pdint au moment de l'^aUrâm^Q dmpr qu'il Ëiui songer à soi , et qu'alofs mèmef pn. est jj^us en sûreté, en tenant tâte a l'orage > qu'en s'éloigisant^ quelque bonne oont^ance que l'on p«i«sse garder. 0'aiUeurs il fallait, sdon moi^ éviter autant que possible la tmhison et.le fçr d'un assassin payé et absous en secrec j mafis. le ministre devait attendre de pied ferme les ordres de l'as^ semblée et voir si elle oserait traînera sa barre ^ un ministre irréprochable. Madame Roland par<> tageait moi> opinion a ceftéigard^ Bdaud fut inébranlable dan s la sienne; restant^au ministère , il ne pouvait que partager des fautes et des crimes* Iji publia des comptes comme j^ipdis ministre n'a su en rendre;; et se retira:. De ce ni|(>tnent » sans leur faire part de mes craintes^ je les r^rdaiJl'un et • l'autre cçmme enpérilj Is^ges^on deRolaipd etson dernier acte surtout, a vaianjLprodût^ sur uSb grand nombre de députés^ une sensation ^u'qu laissaitt s'effacir ; mais dès le mois de février 1793 , j'^eus.
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la cotrvicrioD qi»e leur perte était assurée. La fuite était deveeue inutile y elle était d'ailleurs presque impossible ; je résolus de veiller sur leur sort y sans leur faire part de mes craintes trop bien fondées.
Roland demeurais alors rue de la Harpe ; j'y allais rarement. Lié intimement , en apparence , avec les teirèristes^ je me voyais forcé de négliger mes anciens amis , surtout ceux qui , comme madame Koland n'auraient pas mauqué de faire d'éloquents effotts pour me tirer de cette sa nglante
et horrible association. Plusieurs (bis, dans la société de Robespierre , on avait agité la question de l'arrestation et du jugement de Roland. Coutbon et Billaud*-Yarennes cherchaient à hâter ce moment fatal. C'était par des raisonnements que je voulais l'éloigner , et la conscience même de ses ennemis était d'accord avec ma voix , lorsque je leur représentais cet acte comme inutile ; puisqu'il était bien certain qu'un homme ^omme rex-minislre de l'intérieur, ne pouvait être un traître. One fois Saint-Just m'appuya ; je lui en sus gré, mais cela me surprit. Ce fut • toutefois ce qui me détermina à le voir depuis avec moins de répugnance.
Il fut le pi^emier à me féliciter du parti que
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j'avais pris et du courage avec léqod je soutenais Roland 9 inon azicien ami. Sain t-Just avait été qaelqueFoîs à ses soirées^ il avait été frappé de l'ordre et de Te^prit qu! régnaient dans cette maison vraiment républicaine. Les grâces de celle qjoi en Élisait les honneurs y y avaient ajouté pour lui uii nouveau charme^ et il m'avoua qu'il ne se. sentirait pas k force de poursuivre un homme de bien et une iiemme aussi séduisante/ La vertu ^ la beauté avaient alors de l'empire sur Famé de Saint-Just^ et pouvai^it triompher même des prii^cipes dans le3qucls la réflexion et la fréquentation des Jacobins l'eurent bientôt entièrement endurci . •
A quelque temps delà, le 28 ou le 39 mai, je sus, au comité de sûreté générale , qu'un passeport demandé par madame Roland, pour quitter Paris, avait été le signal de Tarri^tation de sou mari^ Oh m'assura , en me donnant cette nou»* velle, que l'ordre devait être eiécuté au moment où je l'apprenais. Prendre un fiacre et courir rue de la Harpe, fut l'afiEaired'un moment. J'arrive^ je monte. Rc^ndne s'était point soumis à un arrêt qu'il regardait comme illégal , et on n'a« vait point employé la violence. Il crut que je venais, cil ma qualité de député, le sommer
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d'obéûr. Je le détrompai ; je lui apportais le» inoyent^le &Ur. Il n'ea moyait pas encore la aé^ cQssité ; sa femme veaait de partir po«r la Clon«» vention^ afin d'être entendue à îa barre , «ou de £ure paryenir une pétition jusqa'au- président^ et ilaspérait'sa liberté de ceUe démardie y parla-» qiii^e il ofBoait^ comme ministre^ des éoti]|rtes plus détaillés encore; comme citoyen ^ sa vie pas*» sée et toutesles garanties k^aisonhablesqu'oa pour** mit lui demander poar Fayenir. Je lui prouval bientôt qu'il n'ayait pas un instant à perdre^ s'il voulait échapper ises ennemis ; j^ kn ofirab un abri^ûr ^ je sépondais du salut de sa femme ^ dont l'absence serait longue et sans résultat ^ puisque Hérault de Séd^Iles qui présidait en ce moment^ ^it loin d'avoir l'intention d'appuyer sa de» mande. Roland se laissa persuader ^ prit de Tar^ gent 5 quelques papiers et me suivit. Je lui offiris. de sortir sur->-le-cfaamp de la capitale , il refusa et préféra demeurer chez moi pendant qifêlqùes^ jours. • ' ^
Je lui avais promis de m'ôccuper activement du sort de Madame Rcdand^ et je*tins parole ; je retournai deux fois à sa demeure, elle n'-étaitpas encore rentrée. Jemerendisàla Gon vaitiou et jela vis sous le Vestibule du palais national^ causant
avec Vergniamî. Je» ne voulus point l'aceoster en publio^pour ne pas trahir la retraite de $ôn mari^ que j'espérais devoir être aussi lasienne. J'enrtrai à l'assemblée ; elle était dans le plus grand trou» He, et iln*y avait pas encore été question de Faffeire qurm'intéressait pour le moment. Je vis venir Vefgniaud, et il ip'apprit qu'il avait engagé madame Roland à rentrer chez elle ^ et à ne pasperdre'de temps pour assurer sa fuite. Si elle avait suivi ce cobseil , elle était sauvée; car jere»* tournai sur-le-champ rue de la Harpe ; j'eus soin ' seulement de changer de costume , afin d'être moins fecitemént reconnu. Lorsque j'y arrivai , madame Roland n'était pas encore ien^ trée. Je ne voulais point m'établir dans son appartement^ son mari m'avait parlé du propriétaire de sa maison , comme d'un homme de bien, en qui Ton' pouvait se tjonfier; je descendis ^ (hez^ lui et recommandai à un domestique d'engager sa maîtresse à veijir m'y joindre.
Madame Roland avait attendu jusqu'à la fin de la séance , et ne rentra qu'à dix heures/du soir. Aussitôt que nous fikmesseuls^'je lui appris la retraite de son mari ; je l'engageai à venir la par-% tager sui^le-champ, lui promettant que lelen-
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demain de Lonne heure, il me serait £acile de les faire sortir tous deux de Paris. .Elle n'avait plus d'espérance, de saltit ^ mais elle refusa pour le soir. Le fiacre qui l'avait ramenée, avait été arrêté et yi^té au milieu du Pont-Neuf comme cela 8« faisait alors. ËUe craignait qu'on ne J'eùt reconnue^ suivie, et qu'elle ne livrâtainsi Roland si elle allait le rejoindre. Toutefois ma présence et l'assurance que je lui donnais/ lui rendit l'espérance ; elle éprouva encore un instant de bonheur; elle m'en remercia les larmes aux yeux. Je vis bien qu'elle était surprise du rôle de libé* rateurque je jouais en cette circonstance ; mais mon empressement, mes paroles avaient si bien l'apparence de la bonne foi et d'un zèle véri* table, qu'elle n'hésita plus un instant à me rendre toute sa confiance. J'eus la certitude, au ton doift elle exprimait sa reconnaissance et son éniotion, qu'elle avait deviné le rôle que je jouais parmi les teriwistes , et qu'elle me rendait justice.
Je fus forcé de la quitter sans avoir assuré sa liberté; je ne dus même pas revenir le lendemain , de crainte d*éveiller les soupçons \ c'était ^Ue qui , avilit le JQur , bu , si elle ne le pouvait y^% , sous un déguisement, devait se rendre chez
d'uw pkêtre régicide. ^ 79 moi à huit heures. Je trouvai sou mari dans une inquiétude que j'eus peine à calmer«
Le lendemain les heures se passent, et madame Roland n'arrive pas. Elle n'aura pu, sans doute partir au lever de Faui^ore ; au mois de juin^ il faut être hien matinal pour être en route avant que les rues de Paris ne soient peuplées. Huit heures sonnent, et personne ne parait. Nos craintes renaissent alors plus vives et plus cruelles. Roland veut sortir; je l'en empêche, et, moimême , dans mon premier costilme , sous celui qui pouvait me &ire reconnaître comme membre de la Convention de tous ceux qui fréquentaient les tribunes, je retournai à la rue de la Harpe. Madame Roland avait été arrêtée' dans la nuit! Je ne trouvai chez elle que sa fille et Bosc , qui , venu pour s'informer du sort de la mère, avait à peine la force de consoler la pauvre Eudora. Je le connaissais pour un honnête homme ; mais il était de mon intérêt d'avoir le moins de con» fidents possible , et je feignis de n'être venu que pour voir si les scellés étaient en règle. Je courus à.l'Abbaye.
Cétait là qu'avait été conduite madame Roland, et Grandpré m'en fit ouvrir les portes, en ma qualité de député , sans que je fusae porteur
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d'un ordre des comités. Jecourusàla chaïnbrede notre malbeureiwe amie ^ je lai fis patt de ma visite dumatin, je lui appris que Bosc avait emmené sa fille et Favait conduite chez une respectable etbonnemëredefemiile. « Uexcéllent bomnie!
»' s'écria madame, Roland les larmes aux yeux ; » qu'il* comprend bien l'amitié et le cœur d'une » mferél Parlefc-mordeitobti époiiiv » Jélùi'peiguis alors son inquiétude de la veille, nos craintes du matin , la peine que j'avais eue à l'empêcher de se trahir , et maintenant je tremblais encore. (( Mon ami ', me dit-elle , car vous êtes vraiment )) digne , ainsi que Bosc , de ce nom respectable, M il fout que Roland parte, qu'il s'éloigne. Il » est impossible dé le li^mper : dites-lui donc )x que je suis dans lesr fers, mais que, sans )) doute, on ne me condamnera pas sans m'en»
n tendre , et qu'ils n'oseront s'y exposer , quoi- )> que ma voii ne soit que celle d'une femme. » Ils n'oseront non plus foire couler le sang » de celle à qtii ils ne peuvent reprocher que » d'être épouse et mëre, puisque ces senti- « ments - là ont rempli toute ma vie. C'est par » eux encore que j'existe, que j'ai du courage. » Sauvez Roland; je vous en suppliais*, je vous » recommandais mon Eudora , dans un billet
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u que ceux qui m'ont arrêtée ne m'ont pas per- » mis de vous envoyer. Bosc vous a enlevé la » moitié de Fœuvre : achevez-la. — Et vous ?
*) — Moi : Ton m'a permis de demander quel- » ques livres ; j'aurai bientôt mon cher Plu- » tarque; on m'a promis aussi du papier et » des plumes..... J'écrirai, je raconterai ma » vie; je m'entretiendrai avec mes plus chers » souvenirs , et quelquefois avec vous. Mais fei« » gnez de m'oublier tant qu'ils ne songeront » qu'à me retenir ici ; ne vous exposez pas à » être découvert pour moi , vous pouvei faire » beaucoup de bien. Adieu ^ faites connaître » mon sort à Champagneux. » Je la quittai fort attendri et les larmes aux yeux , mais plein de courage ; je retrouvai quelque chose de son éloquence en parlant à son mari , qui consentit à nous obéir, et dont j'assurai la vie. Il eut pu traverser tranquille et ignoré tout le temps de nos troubles civils.
Mais la captivité de madame Roland se prolongeait et l'effrayait. Je faisais de vains efforts pour le tranquilliser ; je l'assurais inutilement que ce n'était qu'une mesure de sûreté inique , et dont on serait obligé de se départir; j'espérais beaucoup y des efforts des Girondins ,