‹ Mémoires d'un prêtre régicide (volume 2)Chapitre 36 sur 74 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

La fête dis l'Etre Suprême, — Robeipierrf chex VilaUe.

L'Antiocbiis moderne.

Oiî pourrait croire que Robespierre vcwilut dopper jBiu ii;ipiide h viesure de la démence, ^ lacfuelle l'esprit humain pouvait atteindre ^ lors« qu'il fit décréter par la Convention , et afficher ^r ^ous les murs de Paris ^ Ve^jcistence cU XÉtre Suprême reconnue pur (ç peuple fran^ gais. Ainsi l'Être Suprême reçut ^ pour ainsi dire^ droit de bourçeoisie dans la république; iip^i sa ^Çe dut prendre pl^ae p^mi celles de^:;

Sans^culoUes , de la T^ieillesse et de V Egalités Celui qui avait applaudi à l'abjuration sacrilège de quelques prêtres indignes de leur caractère , celui qui avait provoqué l'abolition de toute espèce de culte , etrané^ntissement de la rdigion, semblait enfin faire un retour sur lui-mênit et revenir à des idées plus saines , en reconnaissant le dogme consolant de l'immortalité de l'ame, et l'existence d'un pouvoir dispensa-P teur de peines et de récompenses. Mais la manière dont s'opéra ce retour à la raison, fut plus scandaleuse peut-être que les profanations et les turpitudes qui l'avaient précédée. Cependant la Convention ^ instrument docile des volontés d'un despote, se rendit encore si ses vœux, comme, plie l'avait fait jusqu'alors.

Dans la matinée du lour où l'oû célébra la fête Hé FEtre Suprême , je rencontrai Vilatte; il m'engaj^èa à l'accompagner aux Tuileries, où il ^taitldg'é par je ne sais quelle faveur. Je le siiîviè. ûanis le dessein de voir des fenêtres de l'appaii» tement quHl occujiait au pavillon de Flore, la cérémonie, dont une grande partie devait se jja'sser dans' le jafdin, et à laquelle jem'-étàîs bien promis de ne pas assister comme députée A ttîbn grand ét6nnement , je trWvâî un déjeÛH

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ner splaidide servi chez Vilatte , où arrivèrent bientôt plusieurs membres du gouveraement , et Robespierre lui-même. L'aspect de Maximilien m'était devenu tellement odieui, qu'en le voyant paraître je fus sur le point de me retirer.

Mais Vilatte s'aperçut de mon intention ; il en apprécia tout le danger, et, méprenant en par* ticulier, employa tous ses efforts pour me déterminer à rester. Ce ne fut pas sans me faire violence que je me rendis à ses désirs et à ses raisons; car je voyais plus de danger encore à rester qu'à fuir. Je craignais que le flegme et. la modération que je devais autant à la nature qu'aux habitudes pacifiques de mon état ^ ne pussent maîtriser le mépris et Tindignatioa que m'inspirait Robespierre. Il m'était bien difficile de ne pas les faire éclater.

Parmi les représentants que je trouvai d^à réunis, étaient Saint-Just/ Couthon, Lebas, Lequinio, Rarrëre qui s'était déclaré le protecteur de Vilatte, David et quelques autres. Nous vîmes bientôt arriver aussi Joseph Lebon, Pouquier-Tinville, Dumas , qu'unç odieuse célébrité a réunis dans la mêAie catégorie^, et voués- au itiême mépris. On connaît tout leur dévouement, toilte leur vénération pow

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k iyian; lUiin donnèrent^ pendant oettie ^40(^9 des pretims ^clutastlet > p«r k S9rvU# adiilRtîqg doiit tl» firent preii.ve. ^

Rol>^piei!re é$Mt rayc^mitot de j^ fi dlnU&v* gp[mi#t JD^s Iës d«t6$ de 4on odieuse domÎMtîoii mr la Coavtiitloa> je a'arai» jamais vu anK^aa figura briller au ^ème degré U trioinphe du e<»iQe^-d-un<i Uohe ambition $atia&ile. Son 806tu«e élégant et recherché ^ le distinguait chi resté des convives y dont )a mise sale et négligée en général était à l'ordre c^u jp^r. Un énorme panache tricplor ombrageait son cbapean, et réchavpe nationale couvrait sa poitrine^ A plu* sieurs reprises il r^rda avec satisfaotiopi la fonle qui remplissait le jardin , et attendait le com^ mencement de la f été.

Le déjeûner (ut d'abord triste et silend^ix.

On pense bien que la conversation ne pouvait rouler que sur la politique du moment et snr ^événen^ent du JQfUr. Le dictateur p^rla long^ temps seul ^ et divagua sur l'iuMUortalité de Tame, sur le bonheur qui attend , au-delà du tombeau^ rhopme de bien et cdui qui , p^r des travaux y par des sacrifices personnels y a cher^ ché à assurer le bonheur de sa patrie. De telles doctrines y énoncées par la bouche qui les pro«r

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ferait^ fiiisaîent dresser mes chev^vr sur ma tSte > et je sentais que mes regarnis ^ ma conte- Bàn^l trahiraient involontairement tout ce que j'éprouvai». Il fut qnestion bientôt de l'afferini99eit)eut de la république , du bonheur de la Frppoe, ■« Snoore qtielque$ mois du rëg^e d'unt A salutaire terreur, dit liàfatiochin^ modernej et » la Frwce A'aura plus rien à pedoqter de see 1^ epa^lAis. Tous Je^ traîtres, tons ceux dont » V^Wi§ u'ert pa^ assei ferme pour apprécier les tt mesures qui doivent assurer à jamais.le repo$ » dé la (France, pour en assurer le succès , touê )^ ceux qui, par des vœux émis ^u dissimulés » appellent un retour vers le passé , se flattent a de sa possibilité; auront purgé le sqI de la » patrie. ;Le peuple français alors ne ser^ plus » ' qu'une immense famille , dont les enfants bé* )t^ nitt>n|t à jamais le nom des S^rîtables fonda» n *t60rs ^e la république. » Vilatte prit alors la parole pour démontrer qu'une foule de républi-* dains dévoilas , de sans-culottes même , avaient f^ripartrpp de précipitation ou par des dénonciations calomnieuses, e^ que de tdles exécutions ne pouvaient que nuire à la cause de la Kberté et de Fègalîté. Un' coup d'œil terrible de Robespierre l'interrompit et lui imposa silence. L'accusateur

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public Fouquier-Tinville se crut personnellement attaqué par les paroles de Yilatte. Il (it une longue et indécente sortie , entremêlée de jurements et de menaces contre les modérés. On ne pouvait, disait- il ^ déployer trop de rigueur contre les ennemis de la- république. Il fellait noyer dans le sang \et derniers rejetons et le dernier espoir de l'aristocratie. Il était impossible d'y tenir plus long -temps; je plaidai la cause qu'avait commencé à développer Yilatte ; je répondis à l'accusateur pid)lic avec une véhémence que je cherchai vainement à maîtriser.

Robespierre se leva brusquement^ et, jetant a droite et à gauche des regards de tigre^ mais évitant de paraître s'adresser à moi^ il s'écria : « Je )i n'ignore pas qu'au sein même de la Conveo- » tion , il existe encore des fauteurs du fédéra- » Ksme f des traîtres qui , sous un vain prétexte » de modération , cachent la haine pour la ré- » publique , l'espoir criminel d'un retour vers w l'ancien régime; leur coupable espérance sera » déçue. La république^ dont ils appellent la » cJiute , en fera bientôt justice. » Il sortit à ces mots, suivi par quelques-uns des convives, et laissant ceux qui restèrent chez YilattC;, muets de terreur et d'indignation.

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Nous le vîmes bientôt procéder à la fête ridicule et impie qu'il avait fait décréter. Du haut d'une tribune élevée dans le jardin , il harangua la multitude qui lui répondit par de longs et bruyants applaudissements. Il s'avança ensuite à la tête de la Convention, dont il était alors président , vers un poteau chargé des insignes de la royauté et de la servitude, et y mit le feu à l'aide d'une torche. Le cortège se rendit ensuite au Champ-de-Mars. On remarqua l'affectation que mit Robespierre à se séparer de ses collègues , qui pour la plupart en témoignèrent leur mécontentement. Déjà des signes non -équivoques attestaient l'impatience où l'on était de sa domii^ nation , et de ce jour-là date la résistance qui devait bîenlôt amener sa chute et terminer son exécrable vie.

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