‹ Mémoires d'un prêtre régicide (volume 2)Chapitre 37 sur 74 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

IiCt repas firatenieb. »— Craraier Laaiiay. *^ Le patriote et . let * caiilères d'argent. — l^ portefeuille et les assignats.

Rien n'est aussi prës du ridicule que le sublime , a dit un écrivain ^ et on n'a pasi manqué de répéter cette vérité aprës lui.

Ceux qui ont vécu aux mêmes époques que moi ; doivent avoir remarqué que le ridicule et l'atroce sont peut-être encore plus voisins l'un de l'autre. C'était en effet, dans le même temps, aux mêmes jours de malheur, que l'on voyait , d'un côté , les noyades de Nantes , les mitraillades de Lyon , la guillotine en permanence à

d'un , PRÉ!HuBr tlfiClCIDE. 1^1

ftttÈ et dftiit jJfisiéur^ villes de Fraâce, partout la moit^ les prôsci'i{>tllihâi et la terreur , et de rautré, lei earitiagiidles > le ^ote^ue rettbuK tellémeût des tiKetirs et des tma^^d de raneiénne Rome, là iiète desSans^^^ulotides^ le culte de la Raidôûet les repas cÎTÎqueSi Âtt mUieu detei-* trfiTva^ûcesqoi >se snccédaien^journellement^ et seffiblaietit rivaliser en nombre et en énormité ateo les crimes de l'époque ^ cefut y je ûe crbîs pas me trômpel*^ Grarnier Laundy, membre de la société des Jacobins, et l'un des pins vils esolaves 1^ Robespierre , qui , le premier , fit la proposition de ces repas pris dans les rues , sur les places publiques, et où chacun devaitapporter les ( mets qui devaientfigurer sur la table commune^ -J Avant que Robespierre se fût déclaré dans la marché qui devait le conduire à asservir la France ) dans le temps on je le voyais, je ne dirai pas sans horreur , mais même avec uti certain plaisir, pendant la session de ta Consti*^ tuante enfin, j'atais rencontré 'quelquefois che^ lui ceGiarnier Launay« Le ridicule pathos dont ses moindres propos étaiept empreints , et les basses flatteries * dont il entourait Robespiea're qui ^ tûisigté son orgueil et ses prétentions , m'en pa^ rat<^uelquefeâs fetigué , me l'avaient fait surtout

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remarquer. Je me suis convaincu depuis^, que cet individu, malgré la nullité que j'avais reconnue en* lui , devait être doué du talent ou plutôt de Finstinct de connaître les hommes , et qu'il avait pressenti le rôle que son idole se préparait à jouer. Parti de cette donnée , il crut captiver sa bienveillance en s'extasiant sur ses moindre» démarches politiques, et en outrant lui-même les sentiments et les idées à l'ordre du jour. C'est sans doute ce qui lui suggéra la pensée bizarre des repas civiques.

Parmi les historiens des temps dont je m'occupe , plusieurs ont prétendu que les crimes et les folies de l'époque furent exclusivement l'ouvrage des ennemis de la révolution qui espéraient par là la rendre odieuse à la nation. Les chefs de la Montagne ne seraient , d'après cela , que les instruments aveugles d'une faction. Je n'ai jamais partagé cette opinion , et je pense que leurs démarches ont toujours été spon* tanées , et qu'ils travaillaient pour 'leur propre compte. Quelques actes du système de la terreur paraissaient, il est vrai, tellement en dehors du caractère de l'homme, qu'on pourrait les croire le résultat d'un calcul horrible et froidement combiné ; quelques folies , les tables

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civiques entre autres, étaient d'une telle absur*dité:, qu'elles semblaient n'avoir été inventées que pour ridiculiser la cause qu'elles étaient censées servir. .Mais les chefs de. la Montagne ont assez prouvé par leurs écrits et par leurs actions qu'ils étaient capables d'enfanter, sans secours étraiigers les monstruosités de tous genres qu'ils ont déroulées aux yeux de leurs malheureux contemporains.

Il était >as$ez curieux de parcourir les rues et les places publiques de Paris pendant les prétendus repas fraternels qui ordinairement avaient lieu le soir. Mes occupations m'ont plusieurs fois mis à même de passer à cette heure d'un quartier à l'autre ^ et j'ai vu se Àé^ rouler devant moi une série de scènes plus ou moins dégoûtantes , plus, ou moins grotesques. Ici c'était l'ivresse avec t4)ut ce qu'elle à de plus crapuleux; plus loin, au milieu de tous les symp*» tomes de la* gaîté, .des propos de cannibales ; ailleurs des projets de massacre et d'incendie. Généralement sur; les places puUiquea , des tables assez vastes réunissaient indistinctement tous, ceux qui se présentaient pour y> prendre . place. Dans quelques rues (c'est au Marais sur* 4QHt que» jeil'aif remarqué) ^ une > table était Tome ii. i3

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dressée devant chaque porte^ et les voisins s*in« vîtaient mutuellement à partager les mets qu'on y servait. Mais il n'était pas bien difficile de s'apercevoir que la cordialité n'était pour rien dans ces offres. On y voyait dominer tour à tour, et ^9elen les groupes qu'on parcourait, la crainte de H* «pas paraître assez bon républicain , lé désir .d'étaler une pénurie qui était un titré de sansculotisme , ou celui de sembler ojfifrir de bon cœur et avec profusion , une abondance qui pouvait être d'un jour à l'autre un arrêt de mort. Je me souviens qu'en traversant tin soir la rue Saint-|ilartin, à l'heure des repas fraternels, j'aperçus un groupe nombreux, et qui me parut fort agité. C'était une dispute qui venait de commencer ; à l'instant ou je m'approchai, elle commença à dégénérer en véritable rixe. Je vis bientôt les tables , renversées sous les piétis défe combattants , offrir un mélange confus de co* me$tibles et de bouttilies l3risées« On continua à se ruer avec fureur sur ces débris , qui furent à l'instant cotiiirerts par une n^sse de personnes des deux sexes ^ jouant à la fois des poings^ des dents :, et qndques^uns de bâtons qu'ils avarient apportés. Des vociférations accompagnaient les coups, e!t donnaient une juste mesure de la ragé

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des antagonistes. Je m'éloignai sao^.voir Tisiue de cette dégoûtante latte ^, mais non sans en avoir demandé la cause. Un convive était acicasé

d^avoir soustrait et mis dans sa poqb&une fOuil« 1ère en argeot, Ayant nié le feit, malgré les noiïM breux témoins qui Taffirm^ient > oa avait vouiti le fouiller ; il s'y était refusé formelleme^^ y e$ avait "été soutenu par jJusieurs de^ ses amis venus avec lui y et qui pirobablemeat étaient ses complices. C'est ce qui avait ck>Diié lieu à la scène que je venais de voir, et au rçcit de laquelle je pourrais ajouter celui d'une foule d'au* très du même genre passées sous mes yeux.

Il est certain que les filous pour qui les scènes de tumulte sont une mine si féconde, profi-^ tërent étrangement de la circonstance des repas civiques. Partout , on se plaignit de soustraction de couverts et de serviettes. Il n'est pas inutile de remarquer que le promoteur de ces réunions , Garnier Launay , perdit à un de ces repas son portefeuiUe contenant une assez forte somme en assignats;il lui fut enlevé sans doute par un des frères et amis , persuadé , selon les principes du temps^quedans une république bien ordonnée, toutes les propriétés doivent être communes.

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> Cependant la raison netarda,pas à faire justice de cette pasquinade, qui f ut abandonnée presque aussitôt que créée , de même que les autres folies éphémères qui se suc(^édaient journellement.

Garfiier-Launay , l'une des premières* victimes de cette grotesque innovation^ fut aussi l'un des prenlîers à en reconnaître les dangers et le ridicule , et ne tarda pas à faire amende honorable en demandant lui -mémo la suppression des repas dits fraternels.

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