‹ Mémoires d'un prêtre régicide (volume 2)Chapitre 39 sur 74 · LES JURES · texte numérisé non relu

LES JURES

Nous savons , nous savons.

l'accusé.

Citoyen président, je ne savais pas, moi, ce que ^contenait cette lettre.

LE PRÉSIDENT

Pourquoi ne Fas-tu pas portée au Comité révolutionnaire dé ta section , ou bien au Comité de sûreté générale ?

l'accusé.

Citoyen , je devais la porter à sou adresse ; j'étais payé pour cela.

d06 MÉAfOIuÈs

LE PRÉSIDBliT.

Tu avoues donc avoir reçu Fâssignat de quinze

sous?

l'accusé.

Il n'y avait pas de réponse à la lettre. C*étâît le prix de ma^commission. *

' LE PRÉSIDENT

Cest assez.... Citoyens jurés > vous avez en» tendu ?

LES JtniÉs.

•Oui ! oui !

Et le malheureux commissionnaire^ prévoyant le sort qui Tattend, jette à ses pieds un bonnet rouge qu'il tenait à la main , se rassied et se met à pleurer de dépit et de regret, tandis que l'on passe à un autre accusé.' '

Dans l'intervalle de deux interrogatoires, je me glissai jusqu'à la barrière du parquet. J'y trouvai Bezart, Ramel, Pémartin, tons. mes collègues à la Convention, et que le mêoxe intérêt guidait ce jour-là au tribunal. Je saluai Havmandsur le banc des témoins, et Gossin sur celui des accusés. Je lus dans ses regards cp'il connaissait ma conduite; ils exprimaient sa reconnaissance.

d'un prêtre régicide. 107 '

Son tour arriva enfin. H ne fut point interrogé 5 on lui dit seulement de prendre la parotfe , et il présenta, avec force et Jogique, une expli» cation courte et précise de sa conduite. C'était tout ce qu'il fallait pour sa justification. Tribu» nal et jurés parurent l'écouter avec attention. Lorsqu'il eut cessé de parler, il se fit un petit mouvement dans l'auditoire. Le discours de ' Gossin avait produit sur tout le monde une im« pression dont nous étions très satisfaits* Harmand s'approcha de la barrière sur laquelle je m'ap^ puyais , et me serrant la main : « Allez, me dit-il , » rassurer cê$ dames ; il n'y a pas. la moindre » inquiétude; deux des jurés les plus dévoués à » Fouquier et à Robespierre viennent de m'as- I) surer que je pouvais être tranquille ; allez , » nous irons bientôt vous rejoindre. » Avant de sortir, j'échangeai quelques mots avec Aamel, qui me prédit aussi un succès certain ; enfin lorsque je quittai la, salle, je yis avec satisfec- . tion les juges du tribunal causer sans embarras avec Harmand. Notre ami était donc

sauvé.

J'en portai l'heureuse nouvelle à madame €rt>9sin , qui commençait à trouver le temps un peu long. Les convives avaient tous montré

Fempressenient que demandait la circonstance. On était aux fenêtres , les yeux tournés vers la rue par laquelle nous devions arriver. On m'aperçut seul ^ et quelque inquiétude se peignit sur les visages^ Je compris , et mes signes les rassurferent. On quitta alors le balcon pour venir au-devant de moi ; aprës que j'eus raconté ce que j'avais entendu et vu , toute crainte cessa et on se livra à la joie presque sans cotitrainte. On ferma les rideaux qui nous protégeaient contre la chaleur; on se rassit paisiblement. Madame Gossin seule ^ allant tantôt à la porte , tantôt à une fenêtre , trouvait que son mari se faisait bien attendre. Elle exprimait son inquiétude avec une vive émotion y mais nous la trouvions trop naturelle, nous étions trop persuadés qu'elle allait être bientôt dissipée , pour nous occuper sérieusement de la calmer.

Le temps s'écoulait cependant , et Gossin n'arrivait pas. J'attribuais ce retard aux félicitations qu'il -avait dû recevoir tle la part de nos collègues et de quelques amis , lorsqu'une servante entre et prie madame Harmand de sortir : « Qui la demande? m téplique madame Gossin , à demi-tremblante et tout effrayée. C^tte fîDe répond naïvement :

D^UN PRÊTRE RÈGICIDE. îaOQ

i< Son mari,, madame. — Seul? — Oui, madame. » Tout fut éclairci. Madame Gossin pousse un cri et tombe à la renverse, sans connaissance. Au milieu de la stupeur générale, causée comme par un coup de foudre, je m'élance vers elle 5 je la relève, je la soutiens un instant dans mes bras,* à mon exemple, on s'empresse; on la secourt. Avertie par la servante, madame Harmand rentre précipitamment ; je lui confie sa malheureuse amie, et je vais à Harmand, dont la pâleur et Tair déliait m'ont bientôt confirmé Taffreuse nouvelle. * '

Un abattement général succéda à quelques instans d'espéralice. Deux ou trois personnes se retirèrent précipitamment et sans bruit de la demeure d'un condamné. Madame Gossin ne revenait pas à elle. Je questionnai Harmand.

« Ehî ces jurés, disais«-je, et leur parole?

» Ils Tout tenue ; tandis qu'on lisait la décla- ,» ration fatale, ils me repétaient : Eh bien! ci- » toyen représentant , ne te Tavions-nous pas » annoncé, que tout irait bien? — Lesmons*- » très ! et les juges du tribunal ? ils semblaiem. » l'écouter. — Ils n'oéaient m'apprendre qu'ils » avaient des instructions secrètes du dicta-

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