‹ Mémoires d'un prêtre régicide (volume 2)Chapitre 56 sur 74 · Tome ii · texte numérisé non relu

Tome ii

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mais nous n'en étions pas moios^arrivés au mo» ment de la crise. •

Fussions-notts vainqueurs , je n'étais pas entiëvement tranquille, car je puis me rendre la justice que ce n^écait point seulement pour ma vie que je combattais y ce n'était pas pour un parti ; c'était pour le salut de I4 Convention , de i^assemUéé et de la France. J'avais donc à craimlre, et non sans raison peuiHÉtre, qbé quelques-uns de ceux qui nous secondaient ne combattissent que pour domiûeit, etsuccéder à Robespierre». Triompher du dictateur n'était pas suffisant; il fallait encore foire cesser les ma6sa€^és , éloigner du timon des afiair^ , ce^x qui pourraienjt avoir l'intention de maintenir le régime de la terreur à: Tordre du jour, et de le eoutiuiier à feur profit. Mon rôle n'était plus secondaire, jeme voyais ap* pelé à dirigerpresqneseul un gTc^nd<n»ouvement. Avant de porter les pren^iei^ coups au tyran , j'eusse bien désiré arrêta* eolfê nous un gôuvertnemeni sage , paternel , mais H fallait nécessatrensefnt nous 'entemr à luttel* contre Ro* tiespierre y affronter le «cort vd^ Ba^on , de Phi« lippeatix /)de Camille ^ sansprenârc le temps de nouls préparer 9 en eias de isuccës / des résultats proportionnés auxdamgers que nc^us aliidtrs ckMi*

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d'un PRèTRJS ASGICIDE. * uSg

rijT* Si Robespiem eût trionfJ)hédenous, nous étions certes pou]: long-temps les derniers de» conspirateurs.

Ce qu^ nous entreptenions^ d'autres Tayaient tçnt^. J'avais sous les yeux cet écrit de Camille-^ Desmonlins^ où du fond de sa prison , il voulait foudroyer le fyraparn^. C'était, comme je l'ai dit, un numéro inédit du f^ieux Cordelièr.

L'auteur avait peint à nu tonte- la scélérat>esse de Robespierre; il le démasquait , et il est facile de soupçonner quelles causes avaient retard^ la publication de cette philippique , écrite biçn avant l'arrestatioR de Camille*

« Vous souvient-il , citoyens et frères? di* » sait-il dans son début, que les tyrans de la » féodalité personnifiaient le peuple , aujour» » d'hui souverain , . sous le nom de Jacques » j^onhomme ? Eh bien l s'il m'était permis » d'user de cette dénomination presque insul-» » tante , je vous dirais aujourd'hui : Jacques » Bonhomme , sais - tu où : tg vas , ce que » tu fais, pour qui tu travailles? Es -tu dur » que ceux sur qpi maipteni^iit tu tiens les yeux » ouverts opt réellement rinteptioïi d'achever^ » de compléter l'qeayre 4^ la liberté ? Et cel,tè » lic^ce qu^ je i^e donnerais ne serait pas

u6<) MÉMomes

» sans exemple cRins une république ; car le » saos-culotte Aristophane ^ parlait ainsi jadis » au peuple d^Atbënes. Il lui disait la vérité, » et on le laissait faire> et le sénat et leâ Jacobins « » et les Cordeliers de l'Attique lui en savaient n gvé. Avons-nous encore de vrais Cordeliers, k des sans «culottes braves et désintéressés? » N'avons-nous pas plus de masques que de vi» ,«) sages à Tordre du jour? Et si je les arrachais » ces masques trompêurs,peuple, que dirais-tu ^ » Me défendrais- tu ? JUgnore si tu le ferais, » mais j6 sais quHl en serait besoin , et cette » seule circonstance devrait te montrer le H danger et t'en faire connaître l'étendue.

» J'ai commencé par parler d'Athënes* J'y » reviens encore. La renommée de Solon est n en honneur : ce fut lui qui donna des lois à n cette république florissante ; mais ce ne fut )» pas lui, qui les exécuta. On eut même tort » d'en charger son parent. Cette seule circon» >i stance donna trop de crédit à son nom ; » la cxmBânce des sans^ culottes alla jusqu'à »v fofirnir à Pisistrate le pouvoir' de les asser- » ivir .en maître. Ce fut ûh crime de lëze-ma* )V jestdque d'avoir conspiré 'contre fel S^ïè | et » dès Ions, il fut tout â fait un tyi*an. Il en

». sera ainsi toutes les fois que conspirer contré M un homme ^ ce seca conspirer contre la repu- M blique, toutes le%fois que le peujJe sera M représenté par des citoyens, connaissant assez » peu leur mission pour s'attacher aux doo»

» trines , à la réputation d'un seul individu ^ » quelque bon sans -> ôuloCte qu'il leui; :pdm » raisse« » » -

' On peut juger par ce débMt que Cam^de n^a« vait pas été plus craintif en cette circonstanceque lorsqu'il avait arboré aa Palitis^oyaUa gocàrde nationale. Malheureusement privé, d?un. or^ne capable dç iaire entendre des paroles qui ens«^ sent fixé aur lui l'attentipn générale, ce tri** bun fougueujp n'étai^t puis^apt que ^ dans un rassemblement formé , qne d^ns une émfeute déjà excitée* Il ei^cellait alo^^ ^ l§s dirige.; mais il n'avait pas les moyens ; de les iair^ n^^re. Nourri de la lecture et des exemples de Fautif quité, entbousiastç de3 choses du présent ^ vérip table citoyen^ d^ns l'ame de qui )^ liberté i\égnait sans partage ^ il l'admirait d^na les pagiBs sublimes de l'histoire d'^thënçs.etde Rome; il la désiraû . avec passioi\. pojar, la Franoç ^ et il voyait ayeiç désespqjr, A^ maîti^es hypocrites asservir la nation , tout en offrant à ses yeui;

Fimagesàiigl&fite^de cçtte déesse' que Ses vrais adorateurs ne reconn^issaiëtït déjà pltis.

' « lii^e»! s'écriait efico#ô Camille , dansirécrit » dont je parle ^ et ^e deâ accusations tro^ n haràies ^ détftiées de toute espèce de fonde- Pi inent ivi'^napèchent'dé tràbiériré en entier, ♦i*»tiib»€i! Vou^ voùlea PètreV*tJy eâi-lé donc toxit-à- » fait; ne Vous contentez pas d'une liberté d'uh m.mefihenty> (k^téh^ ausëi qhéllé sbra ^tre li- « lyené 'dansiTarvénii^l ^du* àvei 'cHàssé Vôfftè yi > iTarquin^ vcftis «Vé2? feit pliis, èoh siippBcè 'à » t eHirayé t<kis les* r<^is , t^ prétetidiis maitif^ëf^ dii M moni^ qtii ii'eâ i^oniqu^l^ tjfranS et les sfio^ »>i KateurS^.'Môis, p^è^cj^ôi le jiouvoît de BrWiis tttdttrek-il ^uà^tinëâniiéé^ tiorffiîuoi lemftWè H* >^tièrd gtiide^t-iildaij3t tàhlès niémes soldSats? i^ poiiikjiioî pendant éètnc jo'ûrs ëtitiei^ ^' xlÛ- 4 iïôtàmèp deui hfètaofibésî, trois bomolés, jièiir yf Vent-ifedistritnier dés^^riàdes, dçs ÉivetA^ et li'des^âces? Pourquoi est-ce à eux qu'on ëh î^'dttit là conservation , et non a la'ré'piibliqueJ ' "» Rome Voulut dïxlé^sTateurs; ils pferifeaîfent hr fe'ttt^'élusqué'poTir'un tenij)S,ilsVestèrèntl}6nà il' sâhs-cttlnfttes; ûbêf première pifelbhgatttitiléW ^i ' doùrta l'espoir ff une souvei^ainfeté durable /île ^-dévinretiMyr^iis!'*' ^"*^' ' '"' "^' ^' '"' ' ^'

d'un prêtue ^régicide. 3(>3

M Camille exilé par ht voix publique, oe se >i voyant aucun partisan, fait en partant xle» M vœux poitr diie ingrate patrie ;Coriola&y laisse m des amis qui %ml osé le défendre. On a sou£» » fert qu'un parla dans l'Ekat ^ ^élevât en sa fe« n Teur, et il amène contre Rome , les ennemis M de sa gloire naissante*

>> ' La puissance d'un dictateur était bornée i n six mois; quiconque après avoir rempli sa »vmissibo, eut exercé un jour de plus ceœ >i aut<»rifé suprême , eàt été accusé par tous le^. » bons Jacobins de Rome* Après avoir été sti; » fins consul, un aristocrate est élevé à ce M rang suprême ; il croit pouvoir le conserver >^ suivant la loi , mais contre l'ct^ge ; de ce » premier empiétement au titre de dictateur )i perpétuel , il n'y a qu'un pas , et s'il dédaigna » de se maintenir tyran Lui*-méHie, le dictateur n perpétuel rendit la ; route fecile aux ancêtres » des Galigula et des NéroiK

» Que devait feire la Convention ! finir l'af* » feire du tyran ; donner une constitution à la Il France 1 toutcela n'esMl pas déjà fiait? Que l'on n proclame donc cette constitution , et que tout D le monde s'y soumette, ^i c'est la majorité de » l'assemblée qui veut retenir les pouvoirs,

d64 MÉMOIRES

)t faisons encore uoe ré^olation contre la majo- >» ritsé de rassemblée. »

Depuiâ la naissance du projet dont j'ai commencé a. entretenir le lecteur y je relisais souvent cette éloquente philippique, où les appl^tions ni^. manquaient -pas. J'y voyais de grandes vé« rités^ ]a condan^nation de Robespierre, et peutèfti^ fieUe d'une partie de mes complices du inoitient. Après tout ,1a France pouvait* elle être beureuae sous le réginîe - cépuUicain ? Non ^ pcaut-étre; mais où était le chef que nous pouvions lui donneit? Nulle part ; il iallait d^nc maintenir ce que nous avions établi , mais avec le moins ,de bfirbarie.et 4'^nbaiiia« Siité possible^

iiill était cinq heures du matin; j'avab p^ssé toute 1^ nuit .dans ces réflexions ; lorsqu'on frappa i ipjà porte* J'ouvre , c'étaiaat Tallien et Xieeointre; {e premier plus agité encpre que la veille ; le second entretenant sqn ressenti* nient, et anip)$^nt une exaltation qu'il semblait partager. Tallien ne me laissa le temps de leur Adi|ess<r aucune question : tcMon ami^^^écria*w t-il,la mesure est comblée. • — Quel nouveau )} malfatcur? — Frappons, ou nous sommes >> .perdus. — Calnraz-vous, rqprîs^eii)! %

d'un PRËXftE RBGiCmE. 205

Ilavaitpôine ilefeireet nepouvaitseodnt^ir.

« Ceat un aoté de tyrannie , s'écriait-il; n'im- » pçrte ^ . je- l'a inae imieux' ainsi qu'hypocrite et >» paicjuite f Je le frapperai sans remords ^ je )) préfère ses arrestations à sa lâche surveil* » lance» -tr- Unearrestalioa T^ — Oui, celle de » madame, de Fô^tenay, cet ange dont je » TOUS , entretenais il y a quelques jours. Ses » .^pi^Mpks l'oût forcée d'abord à quitter Paris, où D ik^a suivaient dans ch&que domicile. Ils l'ont M poursuivie à Versailles ^ J'avms^ consenti À^ * . (qu'e)ljE$ ^gtiat Fi)ntenay ; uner^raite paisible, ». facile à surveiller, sans inquiéter les babi» », tapt^ ^ et l'infôme Ta feit arrêtier hier. Ses dp^ >} ipestiques isant incarcérés ^us^jisoi^sde vains »< prétextes, Le^ scellés sont $ur ses effets; $t }) c'ost : Boulanger qu'on a chargé, de cette bett^ )j. e^pédil^ojpi. Si c'est ainsi qjm'il gagne sesépo* u rons, qp'il honore ses épaulettes et la cocarde i> d^ la i^ubUque ......

Tallien était bouillant de ôqlèrQ» Lecointrt) prit la parolç : a Tallien , me dit-il , estj venu •>, m'appr^ndrei son malheur. Il faïut exécuter w, s promptçmejdt le dessein q^ue nous avons formée ^ , f il nous sauvera tous. »

J'étais dépidé> et je repris sans^^bfsit^r : » Apf

a6f> MÉMoniEs

» jprocfaez donc si vous êtes l'un- et loutre eu >F état de m'en tendre^ et si, comme de vrais >i citoyens, vous pouvez ouMîer vos maux^ par» D ticulîeps^ pour î sooger aux dangers de la ré^ Ki^publique. m

Âiofs^ comiÀençâ éhttë nous un véritable oom«i plot. Le bât ne fat pas diffit^le â établir; les moyens devaient n^s être co^iumuns avec d'au** «ires complices ^; et nous cràmbs à propos d'en i^ettvoyér là discdssioa lorsque lious serions tous réunis* L'important était de bien choisir c^ux de àos lîcdlègûes'sur le coutagè desquels nouai pourrions compter; il fallait mener V^fïaire gtAùd train y tie pas lais^r lé temps à la trahi» son de se recohnâîtré. Je parlai à Lecointre et à Tallien^ de lacatilinaire de Camille» Noustom» bàtnes d'accord de nous ep servir pour nous, mais de ne pâ$ mettre en avant le nom de Fau« téttt y qui avait des ennemis, et dont les accu« sateurs devaient d'abord être pour i^ibtre projet défe alliés fort utiles. -

Après uiie assez longue discussion nous con« vînmes de ne rien entreprendre avant d'avoir sb^é les dispositions d'un certain nombre de députés y mais de ne mettre complètement dans le secret, que sept <H| huit d'entre eux. Ce

furent Barras , Frérôn , Courtois , Bourdon de l'Oise et Garnier de TAube. Tallien se chargea de les réunir.

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