Tome ii
vinrent siéger en accusés, devant Fouqukr- Tin ville paraphrasant le rapport d'Amar, et devant ses affreux acolytes.
Ce jour-là, je m'étais bien promis de ne pas sortir de chez moi , de ne pas voir la joie de ce * ^peuple, qui avait soif dusang de ceux qui avaient voulu loi donner des lois. Camille vint me prendre, et me prier de l'accompagner au tribunal, te Allons-y , me dit-il , notre présence en impo- » sera peut-être à quelques-ucfe des témoins qui » doivent parler contre eux. Dans le nombre » on cite Fabre d'Ëglantine , nous verrons s'il » l'osera l » Je ne partageais pas l'espoir de Camille, je fis cependant violence à ma douleur et consentis à l'accompagner : « L'idée de leur d mort , me dit-il en chemin , me poursuit sans » cesse. La nuit dernière, tourmenté d'une » cruçlle insomnie..., je m'approche, pour me » calmer un instant , de ma douce et tendre » Luciie ; elle dormait ; mais un songe affreux » offrait à son esprit le supplice de Fonfrede , » et elle prononça mon nom , comme si elle y » eûtvu un sinistre présage. Je cherchais à le calmer : «Je l'ai mérité, ajouta-il, car j'ai » contribué au sort qui les attend; je lie me le », pardonnerai jamais , ni l'histoire non plus ! »
d'u* pfefcnt* htciciDi. <^
L'accusation était entendue , l'interrogatoire était cocniiiencé lorsque nous armâmes. Je n'avais pas vu Gfensonné depuis le jotor foA j'avais tenté en vain de lui fournir , comitië à Gtiadet, les moyens de gagner Bordeaux. Il était calme, écoutait avec attention, et je lus aisément sur sa figure qu'tin courage à toute épreuve avait adouci ses peines physiques et morales. Nos yetti se rencontrèrent , et les siens m'expri» nièrent de la Reconnaissance. Brissot prononça son éloquente défense , qui produisit le plus grand effet. Camille était touché jusqu'aux lames , et chacune des paroles de l'accu sentait accueillie avec une sorte d'enthousiasme par nti jeune homme placé à mes côtés , et qui m'ayant reconnu pour un des amis de Robespierre, avait plusieurs fois attaché sur moi des regards de mépris et de colère. Les débats forent cite, eu vertu de la loi la plus inique , et biéôtèt les accusés répondirent à fedr sentence de Jfiott pat lès cris de vive la république !
J'étais tombé dans une morne stupeur ; j'en fa» retiré par le désespoir de Camille : «-C'est
» moi f s'écriait-il -, c'est moi qui les ttte
» Mon Brisait devoihél ah! que je 'partage » leur sort!... Ne m'arrête» pas, que je tQmbfe
ii à leurs pieds, .... que leurs juges me con- » damnent I .... » Au même instant un cri d'horreur se fit entendre dans la salle. Dufriche- Valazé , au nombre des condamnés , s'était frappé d'un coup de stylet. Le hideux aspect des juges effrayés et presque fuyant, la sombre lueur des. torches , ce cadavre ensanglantant les gradins où s'étaient assis de vertueux ennemis de la tyrannie , tout concourait à redoubler l'horreur de cette scène. « Cette arme , s'écriait » Camille , en montrant le fer fumant encore » dans la plaie de Yalazé , ce poignard, qu'on » me le donne , que je me fasse justice ! >» Je parvins à l'arracher à cette scène affreuse, et sa fureur se calma bientôt dans un torrent de larmes.
- Quelques jours après un envoyé fidèle m'apporta une lettre de Guadet ; c'étaient des remercîments , mais elle en contenait une autre pour Gensonné. Il était mort en héros ainsi que ses collègues. Voici la lettre de son malheureux ami : -
« Je ne me pardonnerai jamais d'être parti » avant toi , si tu ne trouves les moyens de » venir'bientôt nous joindre. Hâte-toi , Genm sonné, hâte-toi, vrai sage, espoir de la patrie,
d'un paêtre régicide. 6g
» mets ta tète à l'abri du fer des bourreaux ; » viens partager notre asile. Arrivé à Bordeaux » à travers mille dangers , j'y ai trouvé quel- » ques-uns de nos amis , quelques-uns de nos » compatriotes persécutés comme nous par ceux » qui se sont chargés d'étendre à toute la France » la domination paternelle du divin Robes- » pierre. Viens nous joindre, relever notre » courage et nous soutenir de l'image de tes » vertus.
» Par la tendresse de ma bonne sœur f nour » avons trouvé un asile presque impénétrable. » Tc^appelle»-tu l'histoire àb Sabinus? Noos » sommes comme lui plongés dans un souter- » raîn, au fond d'une carrière abandonnée , et » madame Bouquey , nouvelle Eponine , plus » sublime que son modèle,, s'est chargée de » pourvoir à notre subsistance , de nous l'ap- » porter elle-même chaque nuit , sans craindre » aucun péril- , et ne redoutant rien sinon de » trahir notre retraite : elle est notre sœur à >i tous!
» A l'abri des tyrans, mon cher ami > nous » reprenons baleine; notre habitation souter- » raine nous semble quelquefois préférable atv » séjour des villes ensanglantées , des campa-.
» gnes corrompues par l^narchie. L'un de nous » * sculpté dam le roc un arbre de la liberté, » une statue de la déesse ; nous l'honorons, et » parmi noty&du moins elle n'a pas besoin de » se çopvrir d'un voile , car nos mains et nos » volontés sont pures. Parfois nous discourons » en sages, et alors tu nous maqques,Gensonnéj » <WÇ ce ççrait à toi d'être notre président, notre h maître.
» Bordeaux souffre eu ce moment de la £a- »..|nine, et non* plus qu'aucun autre deshabiw tant* du pays. Tu conçois que, tandis que les >> yivres sf pèsent et se calculent, il es L plus * difficile à 014 sortir de se procurer la subsis- » tance -de plusieurs personnes , et cependant » nous ne manquons que bien rarement, tanfrsa » tendresse est active. Nous lui devons , mon » ^mi, une belle couronne civique, mais nous ne n voulons la lui donner que le jour où tu seras » réuni à nous. Apporte - nous donc avec toi » quelques branches de chêne , car ici nous #> n'en avons que les racines. »
Guadet apprit bientôt sans doute combien ses espérances étaient trompeuses , et ce fut lui qui, découvert par les anarchistes, alla rejoindre se» amis,
d'ujb paêtm régicide. 71
À quelque temps de là un jeune homme fut traduit devant le tribunal révolutionnaire comme ami de Brissot. « Je Tétais en effet, répondit-il » au juge interrogateur. — Eh ! que pensez-vous » de lui ? — Il vécut comme Aristide et mourut » comme Sidney. » L'échafaud paya sa constance. Cet homme était le même qui s'était trouvé à mes côtes à la séance du tribunal révolutionnaire ; plus tard j'appris qu'il m'accusait de l'avoir dénoncé !