CHAPITRE XLVII
Madame Dimralim an Losemboorg. -— EDe vent noter ton taxa. — EDe écrit à Robespierre. — EDe est arrêtée. — Son jucemeat — Se mort.
« Je ne dirai qu'un mot de ma femme, écri- » vait Camille dans le Vieux Cordelier. J'avais » toujours cru à l'immortalité de l'ame. Apres » tant de sacrifices d'intérêt personnel que » j'avais faits à la liberté et au bonheur du » peuple , je me disais au fort de la persécution ! » il faut que les récompenses attendent la vertu » ailleurs. Mais mon mariage est si heureux , » mon bonheur domestique si grand, que » j'ai craint d'avoir reçu ma récompense sur la
» terre , et j'avais perdu ma démonstration de » l'immortalité. »
Je rappelle ce passage avec d'autant plus de plaisir, que ce n'était point une phrase cherchée, un trait d'esprit; Camille sentait et pensait comme il écrivait à l'égard de sa femme , de sa tendre Lucile, son premier bien, son seul trésor sur la terre. Que de fois il m'en a fait l'éloge dans nos entretiens 1 Son image le suivait partout ; il se prenait à m'en parler au milieu de la Convention , et parmi les plus chaudes dis* eussions. Chaque (bis que nous nous rencontrions, et que ma première phrase était : Je viens de chez vous ; il me demandait avec un intérêt véritable, une inquiétude réelle, s'il n'était rien arrivé à l'ange qui embellissait et adoucissait sa vie ; si je n'avais remarqué aucun chagrin, aucun signe allarmant de maladie ou de peine sur son charmant visage. Dès que Camille ne s'occupait plus de liberté et de patrie , il était tout entier à cette tendresse domestique , à ces liens de famille si doux au cœur de l'homme. Si Lucile eut été elle-même plus modérée dans ses sentiments, nul doute qu'elle n'eût réussi à calmer la fougue et la véhémence de son époux ; mais élevée par son père, M. Duplessis qui , dans
d'un prêtre régicide. \oq
la maison de son gendre , se trouvait être le Père Duchesne de la famille; elle avait aussi l'ame toute républicaine , et je m'étais souvent amusé de ses colères naïves, de son indignation contre les modérés, contre les royalistes; sans expérience, ne sachant, pour toute politique, qu'aimer et abonder dans le sens de celui qu'elle chérissait, elle fit pour son époux ce qu'elle avait fait â l'égard de son père. La route que suivait Camille fortifia les dispositions qu'elle apportait de la maison paternelle, et loin de diminuer l'ardeur républicaine de son mari, elle la nourrit l'augmenta quelquefois en disant comme lui, en exprimant le vœu naïf d'être utile un jour à sa patrie comme la femme d'un grand ciioyen , pauvre à l'exemple de Miltiade , mais aussi généreux, aussidcsintcrcsséque lui. Camille était tout naturellement l'homme qui , par soîi génie et sa bonté , lui semblait plus capable de rendre la ^ption heureuse ; aussi encourageaitelle ses travaux , applaudissait-elle à ses succès. Ainsi la tendresse conjugale, la piété respectueuse que l'on doit à un père , ces vertus si chères, si douces, ont contribué à exciter l'un de nos plus fougueux tribuns ; peut-être ontelles conduit quelquefois la plu me qui fit verser du Tome 11. 9
% ..^*r£-^- .'* beaucoup 9 pour
. - * :- n'est à Lucile ?
^3*. ia prison comme sus—
^^ kï arrêté ; elle n'avait
, sz .aire et son fils; elle
>ç ^v^sriation; sa porte fut
c i:-*ûJe. Aussitôt qu'elle
% ^ r v*a époux, elle se rendit
v* -: ■ ^ *° plaça à l'endroit qu'il
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^ <s v.'.ts Trois fois ils purent s'en-
„- . V i et à travers les cruels bar-
"" ;-a * consolation à la captivité
,..,«• t trouvait des forces nouvel-
*-. -i possibilité de voir son époux
, 4 \»spérance et la résignation.
.^aa.c plus ces projets de désespoir
^ iijnné d'abord et engagé à la sur-
^ crainte qu'elle ne s§ compro -
rt ^u# démarches trop hardies . Nos
..^ t juraient pas su excuser le cou-
M<M i>;ar 9 ni épargner une femme de
me». Quand on avait offensé Saint-
fc^^spierre , il fallait trembler , même
^^Àatsà la mamelle.
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Hfous rimes bientôt que leur furëiir serait à jamais implacable , que nous avions compté et wkhi sur un instant d'indulgence , sur la puis* aaneedes souvenirs. Camille avait demandé un comité de justice, il allait éprouver quelle était la justice de ceux auxquels il avait osé s'adresser. Sa femme apprit au Luxembourg; même, où elle attendait en vain qu'il parût à la fenêtre grillée > détenue pour eux un autel d'amour et de tendresse , qu'il n'y avait plus d'espoir ; que le tribunal révolutionnaire était appelé sur-le-champ i juger les prétendus conspira* te ors; que déjà ils n'étaient plus dans la prison où l'on pouvait espérer de vivre plus de trois jours, h Cen est donc fiait 1 s'écria -t- elle » ; et elle tomba comme sans connaissance, et accablée par cette affreuse nouvelle. Sa mire était à ses côtés, et cherchait à l'emmener; mais Lu* oAe reprit bientôt assez de forces pour se dégager des bras de ceux qui la soutenaient. Lé désespoir anime ses traits; son œil n'a riéri d'égaré, mais il respire le courage. Plusieurspersonnes s'étaient rassemblées autour (Telle , et semblaient prendre part à sa douleur. On se demandait son nom ; qui elle était? et le nom de madame Desmoulins venait expliquer à cha-
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cun le motif de cette douleur, que Ton n'osa\t plus partager tout haut ; c'eût été un crime» Elle devine bientôt ce qui se passe : « Qui » je suis , s'écrie-t-elle ? l'épouse d'un de ceux » qui vous ont faits ce que vous êtes, la fille d'un «> républicain austère, la mère d'un citoyen élevé #> pour la patrie, pour la liberté, pour l'éga- » lité. Voilà ce que je suis ! et mon père est dans » les fers, et Ton juge, comme un conspira* » teur mon époux, Camille-Desmoulins; et mon
» fils n'a plus de père! Des conspirateurs!
» des traîtres !... Citoyens , est-ce bien dans ma » famille qu'il faut les chercher ? Aucun devons » pourra -t-il répondre de son civisme, lorsque » celui qui, le premier, osa se parer de la co- » carde révolutiounaire, est accusé de préparer » la contre-révolution? Le glaive des Capets » l'avait respecté, et Robespierre» l'immole! »
La foule s'augmentait autour de madame Desmoulins; la pitié, fians tous les cœurs, corn* meuçait à l'emporter sur la crainte. Une voix sortie de la foule, fît entendre que Robespierre ne connaissait plus aucune borne et qu'il allait trop loin. <« Peuple, reprit Lucile, les bornes »> qui l'arrêteront , seront pour toi un nouvel » esclavage et pour lui la tyrannie; il pour*
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» suivra sa route ensanglantée aussi loin qu'ik » rencontrera des têtes et des vertus républin cames* Veux-tu être libre, reconnaissant, 11 juste, sauve Camille! Il en est peut-être temps » encore ; marchons à la prison , que la force » nous l'ouvre ; là où on enferme les défenseurs » do peuple, a est-ce pas une nouvelle Bastille *> pire que l'ancienne ? — Sauvons le Vieux » Cordelier, s'écrient quelques jeunes gens! — d Laisserons-nous guillotiner Danton? » Telsétaient les cris que l'on entendait de toutes parts , et Lucile se Vit un instant entourée de défenseurs.' « Enèore une émeute , dirent entre eux les gens' » quel'expérience avait rendus craintife; encore » un prétexte de meurtre et de carnage ! » et ils se retiraient avec une lâche prudence.
Animée par le désir de sauver son époux , pair cette force surnaturelle , celle qui guida la màiii d'Àrrie et le couteau de Charlotte Corday , Lucile ne voit que ceux qu'enflamme la justice de sa cause , et la puissance des mots de liberté et de patriotisme dans la bouche d'une femme jeune et belle. Elle se met à leur tête , elle a déjà feit quelques pas vers la Conciergerie; c'était le commencement d'une émeute qui eût pu devenir sanglante , si quelques amis de son mari ne
fussent par veu us à emmener madame Desmou* lins , presque malgré elle , pour la soustraire aux atteintes de la force armée, qui se vit obligée de dissiper par la force cet attroupement.
Rentrée chez elle , la réflexion prouva à Lucile qu!çlle s'était trop laissée. emporter par sa douleur et sa vengeance; mais elle arut avoir acquis la preuve de l'appui qu'elle pQu« vait obtenir. Elle se félicita qu'on' l'eût enw péctiée de compromettra le çtycçfes d'une cause qu'elle pensait pouvoir fcif e triompher avec un pejft pW de mesure. Elle sortit bientôt, et pleine dejçes pouyeaux projeta, elle se rendit çUe^ le g^éral DiMon, que la raoj^aUsaacç,unjis*ait à CamijUie , çt qu'elle voulait associer à l'idée de forcer le dictateur à rendre 1p. liberté au doyen, des Jacobins. Elle ne. lui demanda rien moins que, de la conduire à uqe des. sectiQ&s où . elle se proposait d'animer le peuple du feu de sou courage. On devaijt s'armer pour elle , et à la tête d'une force imposante qu'il érigerait , Dillon pourrait exiger la liberté de
Peu satisfaite sans doute dç sa démarche,.
auprçç» de Dillon > qui savait bien : qu'elle assurait aussi la perte de son époux , et qui ay^it
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pour la calmer d'inutiles efforts, die sembla no instant avoir renoncé à l'idée d'an soulève** ment. Elle écrit à Robespierre ; mais elle écrit comme mère de famille : .» «
n Est-ce bien toi , lui dit-elle , qui oses » nous accuser de projets tsontre-révolutionrf nairei, de trahison envers là patrie ? toi qui » as déjà tant profité des efforts que nous » avons faits uniquement pour elle.: Camille a a vu naître ton orgueil, il a pressenti la-maTehe » tpm an vèukis suivre ; mais il s'est rappelé » votre ancienne amitié, et aussi loin de 1'insen** » aibilité de. ton SainfrJust que de ses basket » jalousies, il a reculé devant l'idée <Tao6u«* d ser to ami de collège , un compagnon Vde a ses travaux. Cette main qui avait pressé la » tienne a quitté la plume avant le temps* a lorsqu'elle ne pouvait plus la tenii pour » tracer ton éloge. Et toi j tu l'envoiea à la a mort» Tu as donc compris son silence ?I1 doit a t'en remercier ; la patrie le lui aurait reproché » peut-être , mais , grâce à toi , elle n'ignorera » paa que Camille-Desmoulins fut contré téua » le soutien y le défenseur de la république»
» Mais. Robespierre, pourras-tu bien accom* * plir ois fanestea projeta que t'out inspiréasans.
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» pour toi loi eût tenu lien de patriotisme, et
• ta croirais que pour cela nous méritons tous
• la mort... car le frapper lui , c'est.... a Madame Demoolins en était là sans doute
lorsqu'on Tint l'arrêter par ordre de Robespierre. Elle ne pot terminer sa lettre , où se trouve une force de raison qui ne lui était pas hahifurlle» et que lui donnait la gravité des circonstances. Elle la plia , inachevée , et trouva le moyen d'ordonner secrètement qu'elle me fut adressée par l'entremise de ta mère. Etourdi» par ce nouveau coup , auquel elle était loin de s'attendre , elle montra cependant sur-le-champ un grand sang* froid , une fermeté toute ixh* maine, et suivit avec calme les gardes qui la conduisirent à Sainte-Pélagie:
Elle parut aussi à son tour devant les juges de Camille. 'On faisait peser sur elle l'accusation la plus ridicule. Sa visite chez Dîllou avait été connue, et on l'accusait d'avoir reçu de lui trois mille francs de la part de Pitt pour causer une émeute. Le général qu'avait sauvé Desmoulins , se trouvait aussi parmi les. victimes de ce jour. Lucile dédaigna de répondre à d'aussi ridicules accusations. « Vous m voulez ma mort, dit -elle, et moi aussi..
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» HAtea-voos seuleqient de frapper tandis que » je m pense qu'à mon époux. Je vous mandi- » rais de ce qui est réellement un bienfait , si » en ce moment je ne m'efforçais d'oublier que » je suis mère. » Elle entendit son arrêt avec plus de calme qu'aucun des vingt compagnons que lui avait adjoint Fouquier-Tinville, et qui, presque tous, étaient les derniers partisans d'Hébert et de Chaumette. « Lie sang d'une » femme! dit-elle avec une noble fermeté, le » sang d'une mère ! songez que bien peu de » tyrans l'ont versé impunément. Camille m'a n répété souvent qne le meurtre d'une femme w chassa les Tarquins , détrôna les décemvirs. » Peuple français, accepte avec joie un pareil » augure. Tu as de nouveaux tyrans, cherche m un nouveau Brutus ! »
Le même calme et cette héroïque fermeté l'accompagnèrent jusqu'au pied de Véchafaud, où elle monta avec courage : elle avait vingttrois ans! Sur la charrette fatale, elle était associée aux ennemis de son époux, à ceux qu'elle avait appris de lui à mépriser comme des traîtres et des âmes vénales. Elle ne parut ni l'avoir oublié , ni s'en souvenir. Huit jours auparavant «on mari avait montré, à la même place , tout le
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désespoir, toute la fureur que peuvent inspirer le regret de la vie , et la séparation d'objets chéris ; Lucile était calme et résignée. Ellemourait après lui !
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