LA HARPE
Je ne sfiifs pas loin de partager l'avis de monsieur.
moi à La Harpe.
Ne faudrait-il pas , au moins, avant d'abandonner le sol de la patrie, tenter quelque effort ? Si, au lieu de flatteurs et de soutiens, nos ter-
d'un prêtre régicide. 317
roristes trouvaient des voix accusatrices et protectrices de k justice, ils s'artéteraièntpeut-étre.
DE CARLETTI
Ah ! je ne vous conseille pas déparier dehors comme vous le faites ici ; vous n'en .auriez pas •long-temps la faculté.
moi.
Oui ; niais je suis en sûreté : d'ailleurs mon» sieur l'ambassadeur lui- môme , a le premier tllibremQqt exprimé son avis
Un domestique entre et an notice Harmand, député obscur comme moi. Nous nous saluons 7 nous nous prenons la main avec intérêt, et cela seul, après le langage que j'avais tenu , au» rait suffi pour rassurer l'ambassadeur ; aussi continua-t-il en s'adressantà La Harpe : « Vous » pensez donc sérieusement, M. de La Harpe, » à quitter la France? eh bien ! si je pouvais » vous offrir un asile à Turin , notre gouver- » nement serait enchanté n
MADAME PÀNCKOUOLE.
Monsieur l'ambassadeur, il n'est pas généreux de venir, à l'abri même de la protection que
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vous accorde la Convention , engager nos citoyens les plus distingués à émigrer.
DE CARLETT1.
Eh! madame , à la façon dont vous les traitez, que vous importe?..
panckoucke à sa femme.
Ma bonne amie, est-ce que tu attends encore quelqu'un ?
MADAME PANCKOUCKE
Oui, mon ami.
de CAKLETTi"continuant.
Tous ceux que vous citiez tout à l'Heure : Fabre d'Eglantine, Roucher, Lavoisier, n'auraientils pas bien (ait de soustraire leurs têtes à la hache des décemvirs ?
MOij après un signe d'intelligence à Harmand. Le citoyen La Harpe a donné assez de preuves de dévouement à la cause de la révolution, pour n'avoir pas un semblable sort à craindre.
lacépède, avec empressement et obligeance.
Monsieur, nous devons tous nous eu féliciter. La voix et la plume de monsieur de La Harpe sont si utiles à notre littérature; elles instruis -eut et forment des élevés
DVX PRÊTRE RÉGICIDE. 9. If)
DE CARLETTI
Pour qui , je vous prie? Je suis bien sur qu'avant cinq ans la France n'en aura pas besoin. Qae voulez-vous qu'elle fasse de littérateurs?
MADAME PANCKOUCKE
Monsieur l'ambassadeur, vous outrez les eh oses.
DE CARLETTI
Àh mon dieu ! votre gouvernement suit une marche qui vous mènera à être l'esclave des autres puissances 9 qui vous anéantiront. Vous êtes perdus ; votre Convention est détestable. Il n ? y a pas deux hommes de tête et de cœur.
On annonce alors Merlin ( de Douay ). C'était lui que l'on attendait encore; il était connu. On se tut à son aspect. Mais quelle fut la consternation de Ml de Carletti, et celle de quelques autres, lorsque , se tournant vers nous : « Tiens ! c'est » toi , Harmand? ton Comité de sûreté générale » t'a donc laissé Tibre aujourd'hui de bien bonne » heure? » Ces mots firent l'effet de la foudre. Mon tour vint, et mon nom, dans la bouche de Merlin, fut alors reconnu de tout le monde pour celui d'un conventionnel. L'embarras de la société était à son comble. Madame Panckoucke nous regardait en souriant ; nous souriions aussi ,.
mais le sourire d'un collègue des terroristes n'inspirait alors que plus de défiance.
Heureusement on vint annoncer que le dîner était servi, et nous passâmes dans la salle à manger. Monsieur de Çarletti profita de ce moment poqr parler en particulier à Harmand. La Harpe s'approcha de moi et me félicita sur le courage que j'avais exprimé. Il paraissait vouloir me faire comprendre que, si je le trahissais, il pouvait me livrer aussi. Je l'attérai en loi répondant qu'un pareil langage n'était souvent qu'un piège. « Toutefois, lui dis-je, ceux qui » maintenant ont échappé, peuvent à peu près » être tranquilles, » La Harpe ne donna pas à ces mots leur véritable sens , et fut loin d'être rassuré.
L'aisance et la gaîté revinrent pendant le dî* ncr. Vers la fin, monsieur de Carlctti, plus tranquille , retrouva Toccasiou de parler politique. Je n'ai pas besoin de le mettre de nouveau en scène , pour le montrer , plaidant avec chaleur la cause contraire à celle qu'il avait défendue le matin. La Harpe en fit autant. Us y mirentmême beaucoup de maladresse , et je leur en sus mauvais gré. Toutefois je m'arrête ici sur ce qui les concerne ; et je n'ai rapporté quelques traits de
»'UN PRÊTU RÉGICIDE. 221
cette conversation que pour indiquer quels étaient , à cette époque , la position et les sentiments de certaines personnes et de certaines classes.