‹ Mémoires d'un prêtre régicideChapitre 36 sur 63 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Robespierre, à Maisons. — I* susjhm.1. — Lerointrt». — Il m'éent. — Mnximilien inscrit mon nom sur une de ses listes funèhrei.

L'événement que je vais raconter et qui précéda de peu de jours le 9 thermidor nie rap»

pelle une visite que me fit,quelque temps aprèsla mort des Girondins, un honnête paysan de Maisons. Il arrivait chez moi sans recommandation, et je ne savais trop ce qu'il me voulait : « Citoyen représentant, me dit-il, je croyais que vous a vie/, aboli tous les droits seigneuriaux , vous autres , et que désormais , le fermage payé, tout ce que nous rapportait la terre que nous avions semée.

était à nous. — Ce décret est un des premiers qui ait établi Fheureuse égalité, — Je viens donc me plaindre à toi, citoyen représentant, de ce que d'aucuns manquent à cedécret et font les aristocrates. — Mais es-tu bien surxle ce que tu avances? Tu sais où une semblable dénonciation mène ceux contre qui elle est dirigée ; c'est demander leur iribrt. — Dame! pourquoi qu'ils n'obéissent pas /rax lois qu'ils ont faites? ou pourquoi qu'ils sont assez bêtes pour faire ce qui est défendu ? Us doivent bien connaître la loi.— Que veux-tu dire? — Je veux dire, citoyen, que dans une maison de chez nous qui appartenait à un ci-devant, on dirait qu'il y a maintenant de nouveaux seigneurs, qu'il faut que nous y portions nos œufs, nos poulets , tout ce qu'il y a de mieux dans nos récoltes , que je payons la dîme à ceux qui se la sont adjugée ; ils réclament aussi je crois le droit de jambage. — Voudrais-tu parler de Robespierre et de ses amis , les soutiens de notre liberté? — Sans doute, c'est d'eux dont je veux parler. Est-ce qu'ils ont aboli les seigneurs pour être à leur place ? Pourquoi qu'il y en a six ou sept à Maisons , tandis qu'on les a déboutés dans toute la France? Est-ce que je ne sommes pas autant égaux que les autres? Pourquoi donc

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qu'on prend ce qui nous appartient ? Pourquoi qu'on nous enlève no$ filles? Quils se soûlent» qu'ils se divertissent , qu'ils grisent leurs catins, et qu'ils en fassent tout ce qu'ils voudront; puis-* qu'ils ont rendu les autres libres , c'est bien le moins qu'ils le soient aussi, mais qu'ils ne sq fassent pas seigneurs ; qu'avant de prendre , ils demandent; et qu'après ça ils payent. — Citoyen j tu peux avoir parfaitement raison , mais je t'en» gage cependant à tenir tes plaintes secrètes. Ceitf que ty accuses sont puissants. — Moi je veu?

faire une pétition à la Convention. — Je crois que ce sera te perdre infailliblement. — Est-ce que je n'en aipasle droit? — Sans doute, mais ils en ont bien d'autres eux, et même celui de te faire guil^ lotiner. Ent'attaquantà des députés aussi connus pour leur patriotisme , tu passerais pour un ari$* tocrate. — Mais c'est eux qui sont des aristocrs* tes. — As-tu donc beaucoup souffert? Je suis persuadé qu'ils te payeront. — Tu crois? y- J'en suis certain. — Ça n'est pas tout; il y a aussi le voisin dont ils ont enlevé la fille, et il est furieux.— « Ton voisin a peut-être raison; mais faut-il pour cela qu'il se perde lui et sa famille? faut-il que tu te perdes avec lui ? Ceux que vous accusez là sont à peu près les maîtres. Ils ont un grand

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crédit â la Convention au tribunal révolutionnaire; crois-moi , appaise-toi , et console ton voisin. — Au liait, si ce que tu dis est vrai, j'ai mes enfants et il a encore deux autres filles. — - Est-ce que celle dont tu me parlais ne lui a pas été rendue ? — Elle s'est tuée de désespoir! — Tâche du moins que sa mort n'entraîne pas la perte de toute sa famille; changez de demeure, et si je puis vous être utile , toi et tes amis , comptez sur moi ; mais soyez prudents. — Nous le serons.

Robespierre régnait en effet. Il avait fait main basse sur les plus beaux domaines des environs de la capitale, et c'est à Issy , à Belle-Épine, à Maisons qu'il allait , avec ses complices et ses flatteurs, dans de hideuses débauches, se délasser des soins et des travaux que lui donnaient les dénonciations des Jacobins , les décrets de la Convention et les jugements de Fouquier-Tinville. Ses convives étaient ceux que j'ai déjà eu occasion de montrer chez Venua, discutant sur le sort des Bourbons.

Plus libres d'eux-mêmes, plus éloignés des affaires , dans ces maisons de plaisance , leurs débauches étaient plus sales , plus immondes. Cest là qu'ils payaient les impures caresses des

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