‹ Mémoires d'un prêtre régicideChapitre 47 sur 63 · Tome u · texte numérisé non relu

Tome u

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voyant, Robespierre pâlit, sa fureur redouble , mais il cherche à se contraindre.

Cependant Billaud harangue .les tribunes, et fait arrêter un homme qu'il désigne comme un des assassins apostés la veille aux Jacobius. La foule lui obéit, et répon.d à son énergie. Se tournant vers Saint-Jost, qui n'a pas quitté la tribune , et qui dans le fond , accoudé sur un des côtés est immobile, l'orateur lui reproche sa perfidie récente envers les comités : « C'est au moment où il sait que » nous ne pouvons être ici, s'écrie-t-il , puis- » que nous l'attendons au comité de salut » public, qu'il vient se parjurer à cette tribune, » qu'il vient essayer sur vous ses 'funestes poi- » sons . »

Puis passant sur l'exorde de son discours auquel la circonstance en a substitué un autre , il improvise: « L'assemblée jugerait mal les évé* o nements et la position dans laquelle elle » se trouve , si elle se dissimulait qu'elle est » entre deux égorgements : elle périra si » elle est faible... — Non, non , s'écrie-t-on de » toutes parts. — Nous ne le serênspas répètent » plusieurs membres. » Ceux qui sont leplusprès de la tribune vont serrer la main de Billaud, et

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l'encouragent. — • « Vive la nation ! — Vive la » Convention ! — Vive la république ! »

Lfeftas profite de cette ' interruption pour

prendre la parole à son tour. Il prononce quel-

que* phrases de sa place et au milieu du bruit.

tt Silence l s'écrie-t-il enfin avec force.» On s'a»

perçoitalorsqu'ilparle,quelques yeux se tournent

surlui ; il croitavoir obtenu l'attention et s'élance

i la tribune : « Que signifie, dit-il, tout cetu-

11 limite, et cette bataille que l'on engage? Quand

» nous vous disions qu'il y avait une co aspira -

»> tion contre la république \ ne le voyez- vous

n pas? — A qui parle-t-il, demande Lcgen-

» Are. ~ Aux honnêtes gens , répond Lebas ,

» aux braves citoyens, à ceux qui croient que

* chacun doit être libre de son opinion.

— » Citoyen président , m'écriai -je alors de » ma place , la parole est au préopinant. — Elle i) est à St.-Just. — Nous l'ôtons aux traîtres. » — Parle Billaud, — Vous m'entendrez., re- « prend Lebas de toutes ses forces. — Non , non. w ~-Jerestedoncici. — Àl'abbàye ! à l'abbaye ! » Ce dernier cri parti des tribunes , fat un coup de foudre pour le partisan de Robespierre, qui regagna sa place a* milieu des huées et

des menacés.

ao.

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Billaud peut alors continuer son discours , et il développe avec force la position où se trouve rassemblée. Chaque mot porte coup , chacun de ses récits inspire l'indignation ; il ne l'a pas encore nommé, mais tout le monde désigne déjà Robespierre. « Quand Robespierre vous dit » qu'il s'est éloigné des comités , s'écrie enfin » l'orateur, parce qu'il y était opprimé, ika soin » de ne pas vous faire tout connaître ; il ne vous >i dit poiot que c'est parce qu'ayant imposé au » comité sa volonté pendant six mois , il y » a trouvé de la résistance au moment où., » seul, il a voulu faire rendre le décret du m 22 prairial , ce décret qui, dans les mains « impures qu'il avait choisies, devait être si » funeste aux patriotes. » Un frémissement général, annonce en ce moment l'indignation de l'assemblée. — « Sachez , citoyens , continue » l'opinant , qu'hier Dumas, président du tri- » bunal révolutionnaire, a proposé ouvertement » aux Jacobins, de chasser de la Convention tous » les hommes impurs, c'est-à-dire ceux que Ro- *> bespierre, sou maître , veut sacrifier. Mais le » peuple est là , et les patriotes sauront mourir » pour sauver la liberté. — Oui! oui! — Je le » répète : nous mourrons tousavechonneur : car

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n je ne crois pas qu'il y ait ici un seul repréh sentant qui voulût exister sous un tyran.»

4 Je n'essaierai point à peindre les acclamations qui à cet endroit attesteht l'pssentiment général dans la «allç et dans les tribunes. « Périssent les tyrans! » répete-t-on de toutes parts. On se foule parmi les spectateurs, on se presse dans l'assemblée *on n'observe plus de rang, on témoigne partoiula plus violente indignation contre Maxi« mi lie n^ et sur quelques figures déjà se lit un air de satisfaction et de triomphe. Tout le monde est debout,

Billaud continue avec la même force pendant -quelque temps encore. « On voulait » itiutiler la Convention, on voulait la dé^ *> traire; et cette intention était si réelle , qu'on h avait organisé un espionnage auprès des re- » présentants du peuple qu'on devait égorger. » Il est irifôme de parler de justice et* de vertu d quand on les brave , et quand on ne s'éloigne » que lorsqu'on est arrêté ou contrarié dans ses » projets tyrannicides ! »

L'orgueil de Maximilien ne peut tenir contre cette dernière attaque. Il est furieux , ses yeux sanglants errent sur l'assemblée. Sa respiration est presque un rugissement, ses gc*U* sont

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siasme de l'assemblée soit refroidi par cette redite : « I/homme qui veut" en ce moment » assaillir votre» tribune, s'écrie -t- il enfin, » est un nouveau Catilina. Ceux dont il était » entouré , étaient de nouveaux Verras. On ne » dira pas qu# tes membres des deux comités » sont mes partisans , car je ne les connais pas ; » et depuis ma mission à Bordeaux , je n'ai été « abreuvé que de dégoûts. Robespierre voulait » tour à tour nous attaquer, nous itfôler, » et enfin il serait resté un jour seul avec » les hommes crapuleux et perdus- de débau- * ches qui lé servent. Je demande que nous » décrétions la permanence de nos séances jus- » qu'à ce que le glaive de Ja loi ait assuré » la révolution , et que l'on ordonne aussi »» l'arrestation de ses créatures. » Billaud appuie ces conclusions , nomme ceux qu'a désignés Tallien , et les deux propositions sont décrétées à l'unanimité.

C'était un premier avantage, niais ce n'était pas encore la victoire. Nous parlions déjà entre nous de demander l'arrestation de Robespierre. Plusieurs de nos collfcgues craignaient et hésitaient encore. Cependant son audace se ranima 9 nous vîmes en m£me temps renaître

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ifi fureur ; mais nous avions bien aussi assez de

courage pour faire taire ses injures, et pour gagner du temps. Barrère fut appelé à la tribune où il fit, au nom des comités, un rapport relatif à la force armée, auquel il ajouta, tant bien que mal,la proclamation dont j'ai parlé, et qui nous servit à ramener,malgré les incertains, la question sur le terrain périlleux ou nous l'avions placée d'abord.

Pendant ce rapport , Tallien , Bourdon étaient autour de moi d'une impatience sans frein.

Billaud s'emportait. — « Voyez ce Robespierre , » nous disais Tallien, quel orgueil, qaellç » audace. — Et Couthon. que de bassesse! — » Que veut Lébas? demandait Bourdon ; va-t-il » nous déchirer, nous mordre?: il ressemble à » un dfaat irrité et poussé, à, bout. «—Mais au » milieu de ce tumulte et dtf ces vociférations, w n'avez-vous admiré, leur dis-je, l'impassî- » bilité de Saiut-Just j immobile , toujours ap- » puyé contre la tribune , on le croirait pétrifié, » si par moments le remords ou l'indignation » ne le faisaient pâlir. — Il est anéanti , il » cherche du courage et n'ose bouger , de peur » de laisser voir quelque lâche mouvement. »

Tel fut le jugement de Billaud. Le triumvir me

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semblait plutôt étonné delà hardiesse del'assemr blée , cherchant d'où pouvait venir po^r eux, pour leur idole , un si grand danger, et épitnt aussi quel serait l'instant propice à la défense. — « Que Barrère est long ! reprit Tallieo.

» t- Il parle, répondis-je, avec son adresse » accoutumée; il sait merveilleusement trat- » ter plusieurs points sans perdre de vue » la question principale. — Calmes -vous , » jeunes gens , interrompt le vieux Vadier , » qui depuis un moment asfis près de nous, » semblait sommeiller. — N'est-il pas temps % d'en finir, demandait Bourdo» ? Il faudrait » qu'on nous rapportât des nouvelles de la » Commune; mais Barrère descend, laissez- » moi » ; et il s'avance vers la tribune où' il trouve la force de plaisanter et de faire rire dans un semblable moment.

Il rappelle de nouveauxfeits, surtout l'histoire deCatherine Théos et une lettre trouvée dans ses matelas, qui mettait, je crois, Maxiniilien au rang des prophètes : « A en tendre Robespierre, » continue-t-il , il est le défenseur unique de la » liberté; il en désespère, il va tout quitter; ne » trouvez-vous pas qu'il est d'une modestie » rare? Et il a pour refrein perpétuel : je suis

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» opprimé, on m'interdit la parole; et il n'y a j§ que lui qui parle , lui dogmes discours aient » quelque effet, car sa volonté est toujours faite. » Il l dit encore : Un tel conspire contre moi » qui suis l'ami par excellence dé la républii» que ; donc il conspire contre la république. » Cette logique est neuve. 11 avait encore un m autre moyen de tourmenter les patriotes. Il » donnait à plusieurs députés un espion . Pour 9 mon compte/ il m'avait attaché un nommé n Taaehereau qui était pour moi d'une attention nt «t d'une complaisance rares. lime suivait par* » tout, même jusqu'au tables où j'étais invité » et cela sans qu'on l'en priât. Ce Tascbereau » «avait par cœur et me récitait sans cesse tous w les. discours de Robespierre. Lorsque je sus n <^e les parents des détenus tenaient chez lui » antichambre, je lui défendis de venir chei » moi. Pour s'en venger, il dénonça et fit arréd ter un homme qui me voulait du bien. Voilà w comme s'arrangent ces bons patriotes. — » Ce n'est pas encore là le vrai point delà ques- » tion, s'écrie Tallien impatienté, il est temps d'y » revenir ; je demande la parole.

» — Je saurai l'y ramener, répond Robesk » pierre avec fureur w 5 et il veut remontera la

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tribune. Les cris recommencent, redoublent; le tyran n'écoute plus que son emportement.

Saint-Justlui-meme se détourne un instant pour l'arrêter, et du geste lui conseille le silence. Tallien a de nouveau la parole, et aux accusations qui se sont déjà fait entendre , il en ajoute d'autres plus terribles encore. Maximilien n'y tient plus. « Qu'on m'envoie à la mort! s'écrie-t-i). » — Tu la mérites mille ibis », lui répond-on. À ces mots je juge que le moment est venu et je demande le décret d'arrestation contre le nouveau Cromwell. Louchet se joint à moi, Loiseau propose la mise en accusation et sa motion est appuyée. Ce fut alors qu'Augustin Robespierre demanda à partager le sort de son frère, et dans une aussi détestable cause, on satisfit sur-le-champ à sa demande sans penser même à ce qu'elle pouvait avpir de courageux. Une foule de voix joint aux noms des deux frères, ceux des triumvirs , Couthon , Saint-Just et Lebas. Au milieu du désordre , le premier semble en délire et s'écrie « qu'ils voulaient en effet arriver au trône. » Leurs injures , leurs cris restent sans effet et l'assemblée à l'unanimité décrète leur accusation.

—«Citoyens, dit alors le président après avoir

D'UN PAÈTRE RÉGICIDE. 5lJ

» demandé que Saint-Just déposât sur le bu- » reau le discours qu'il devait lire , citoyens, il » est vrai de le dire , vous venez de sauver la patrie. La patrie soupirante et le sein presque » déchiré ne vous a pas parlé en vain. Vos en- » nemis disaient qu'il fallait encore une insur- » rection du 3i mai.

— » Il en a menti , s'écrie Robespierre.

— » Je demande, répliqua Clauzel , que lee^ » huissiers exécutent le décret d'arrestation . »

Et de toutes parts on s'écrie : A la barre !Oui! oui! à la barre. Robespierre semble un instant être en délire. Il s'élance comme un furieuç vers les* bancs de la Montagne , et s'approche de mon côté ; ses yeux sortent de leur orbite ; tous ses traits ont une expression hideuse ; ses membres sont roidis et semblent faire, pour articuler de nouvelles injures, d'inutiles efforts.

— u Le sang de Danton t'é touffe, s'écrie Lea gendre , placé non loin de moi.

— » Ah ! c'est donc Danton, s'écrie-tr-il, vous » l'avez donc nommé ; traîtres , conspirateurs. » ,

De nouveaux cris de à bas le tjrran! à la barre! à bas Cromwel! enchaînons le tigre, couvrent sa voix. Chassé des bancs de la Montagne , il se réfugie un instant au côté droit. — «Et vous ,

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» s'écrie - 1 - il , hommes vertueux , vous que * j'ai tant de fois défendus contre ces conspi- » rateurs,m'abandonnerez-vous? -—Et les om- » bres de Brissot , de Vergniaud , de Gensonné 1 )) — C'est ici leurs places ! — Oses-tu bien les » souiller de sang? — Tu invoques notre vertu, » c'est elle qui te condamne. »

Telles sont les réponses qui l'accablent dans la nlaine. De tous les points de la salle on crie avec une nouvelle force : A la barre! à la barre!

qu'on exécute le décret! Le dictateur et les triumvirs sont forcés de se soumettre , et .bientôt Us disparaissent.

Notre victoire fut suivie d'un résumé de Col* lot-d'Herbois , qui , en sa qualité de président, nous remercia d'avoir sauvé la patrie. Il raconta en outre ce qu'il avait (ait la nuit au Jacobins, pour entretenir les bonnes dispositions des nouveaux ennemis de Robespierre ; il donna aussi quelques détails sur le rapport ' de Saint-Just , sur lequel il avait eu le temps de . jeter les yeux. Cette monstruosité s'adressait surtout aux tribunes et avait été écrite dans l'intention de soulever le peuple contre nous*

Nous triomphions , mais nos forces, nos voix étaient épuisées , et nous avions besoin de

d'u* PftÈTlft MGICIDK.

3ig

repos. La séance qui avait été déclarée en permanence, fut donc suspendue à cinq heures et demie, pour être reprise à sept heures du soir.

GHAPITI

Bcnriot m e né e cenb* le>G*yail en qhef de l'armée parûieW.

«■■«ne. — MerifaToi # Thîouiî ftnMen /dn conseil d'etfoOion. - "*Ic U cemllfc. — Execution de

J'avais quitté, avec Loi

clonderpispJasallede.L étions entrés chez un rea Toileries ,• Legendre , Ban ef Courtois y étaient déjà, tops dam un cabinet, et h gea sur les événements de félicitions d'en être quittes i

D'UN PftfaftF «ËGICIOE. 3fll

prêtaient/ a ftrrtrôtfe position-. Ea*Qrt*oftdu

Comité j'allai dîner d^ uû»re*urateOTW«iii

«toJuilep^es, avec Louchct, TqlKtiv**! Boontao

de l'Oise: Legendr.Q > BatraH^LAçoiDti^fiFxéroo

et Courtois yé trient déjà. jNomnoy* plaçâmes

dans uto cabinet v et Ja «onvereat^^^tp^ça sur les événements de 4a joèroéei ^(on^ qp^^l^

citionsd'eaètrt quittesà sihoo imrob& #*aisuo£

<Hfkoa» »oos effrayait encore ; o'éiftin lejju<ç$a*eat

de& quatre tyrans, etlèorcoiif pûrotiob,x]ettai*t un

tribunal f que nous ne pouvion&paaraiiiQtitQtpLua

tard qu'au . lendemain . H était dtfficilft quel i^ous

-ai'euesiens paai à: redoo t^atlfli unè-*ctat: «açooe

plus temrible peut-être. Sotifokia atT$Uiei*<*'ér

taient. nullement inquiets; itë ofemty AHtpt îsijr

,wie victoire aussi pnompee,. ati&i.ifolatMftftquc

toelledu «ati*. ^rérpn èï nu» «tous 4bj caftions

nque lea jrigeset les<jofr& avaient jété-fes cowplir

ces des accusés, : et 4piê ceux-ci f ivprepdraient

upe nouvelle rage, une force non veUêû. JWous

• avions • déjà ordonné l'arrest» t ièn ;de quelques-

uns des membiits fkitribpnal, «ft entoeaùtreà du

président; il fallait 1er rem placerv Qiielicitoyen

voudrait se charma» de cie jpostadhne -une cir^-

<y)nBtancesemfa^bl^çt(stHitonta<reedete]s con-

; selliers? Il n'était pas convtnable<q»*#6 ftt ujà

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