‹ Mémoires d'un prêtre régicideChapitre 5 sur 63 · SAINT-JUST · texte numérisé non relu

SAINT-JUST

Et c'est justement à cause du peu qu'ils ont conservé de cette gothique influence, que je vou* drais détruire tous ceux qui ne sont pas avec nous, ou dont nous ne sommes pas sûrs.

Cela viendra.

MOI

Mais êtes-vous donc certains de faire approuver de semblables desseins par l'assemblée ?

ROBESPIERRE

Notre majorité est toute faite ; ce sont ceux qui ont condamné le roi; en les ménageant, en les menaçant par la conviction ou par la crainte, pas un seul ne nous abandonnera. Us condamneront tout ce que je voudrai. Ils feront des lois pour nos Jacobins , que nos Jacobins exécuteront; ils se débarrasseront eux-mêmes des collègues qui nous gênent, tls nous élèveront. Alors je leur donnerai un nouveau dieu , une nouvelle religion , et je leur aurai donné % peut-être avant deux ans, un,...

sàiht-jtjst l'interrompant*

Attends deux ans, et nous sommes tous perdus; un autre profitera de ton ouvrage.

Arrive vite au beau côté de ton rôle , si tu te sens la force fie le jouer. Hâte-toi de pouvoir être généreux , clément , parce que tu seras fort. . . Sans cela...

Robespierre , avec méfiance* Eh bien !... sans cela ?

SÀIWT-JUST.

Allons, je vais te devenir suspect ?.. Mais je te q uitte, et j'engage notre collègue à rentrer, car,

pour an convalescent, l'air commence à devenir glacial, le soleil perd de sa force. Adieu, meilleure santé. Revenez bientôt vous joindre à nous. Nous avons besoin d'être en force... Je vais aux Jacobins. ..

À la dernière phrase près, c'était l'adieu de Lanjuinais. J'essayai de profiter dû conseil de Saint- Just, pour me séparer de Robespierre ; mais il prit mon bras, et voulut que je l'accompagnasse jusqu'au Palais de Justice, où il avoit un rendez-vous avecFouquier-Tinville.Nous atteignîmes enfin la demeure de l'accusateur public , et Maximilien me quitta. Mon agitation étoit extrême. Confident de projets sanguinaires, quels secrets m'a voient été révélés ! Je me flattais cependant que Robespierre n'avait jamais compté sur la conformité parfaite de mes sentiments avec les siens ; mais je trouvais l'explication de sa conduite à mon égard, dans son intention de flatter les membres du clergé, qui s'étoient rangés de son bord. Rentré chez moi , lorsque je calculai la portée criminelle des desseins du dictateur, et cette fatale précipitation de l'élève, que le maître appelait impétuosité de jeune homme, et ces affreuses promesses , et cette association hideuse , je fus tenté d'aller dénoncer à

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la Convention Robespierre et ses complices. Le temps n'était point encore venu; une autre tâche m'était imposée. Ils me comptaient au nombre des leurs , j'avais une part dans leurs secrets , je devais donc rester au milieu d'eux ; défenseur occulte , ma mission était désormais de secourir le faible, de tendre une main amie à l'opprimé. La suite de ces Mémoires prouvera si j'ai été fidèle à cette détermination .

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