‹ Memoires d'un prisonnier d'étatChapitre 15 sur 31 · MI.MOIUI.S · texte numérisé non relu

MI.MOIUI.S

flniio Icllo cniilivilc, si nous (lovenoiis idiols ù force (h;

s^oiilTiir ? — l]li ]ii(Mi ! Nolre-Soigricur ifa-l-il pas

dit : « Ih'ati qui nnnc esnritis , hcati qui nunc flclis* ? »

.11' ne sais cerjui rn'irrila le |)Ius du rire soltenienl sardonicjue (jui acconipagna celle cilation ou de la profanalion de la cllalion clle-niônie; mais toujours esl-il (pj'il me Calltil un elTort plus quMiuniain pour ne pas éclaler. Les mains appuyées sur mes genoux, (pie je serrais convulsivemenl, les yeux baissés vers le sol, je me lus, cl j'ai toujours considéré le silence que je parvins à garder en celle occurrence connue l'elTorl de patience le plus mériloire que j'eusse obleim sur moi-môme. « Du reslc, ajouta le prélat, vous pouvez èlrc tous assurés que Sa IMajeslé ne vous perdra jamais de vue. Le nouveau sousdirecleur, spécialement chargé des prisonniers italiens, a élé choisi par Sa ÎMajestc elIc-inCmc, qui avait demandé une personne sûre au grand conseil aulique de la guerre. Ce n'était pas chose facile au moins, et des mois se sont passés avant qu'on ail pu rencontrer Fhomme convenable, tant Sa 3Jajcslé attache d'importance à ce qui vous concerne. Puisque je m'éloignais de vous, notre gracieux souverain regardait comme un point capital d'avoir quelqu'un de confiance qui put le tenir au courant de tout ce qui peut vous intéresser : cela doit vous satisfaire et vous convaincre qu'il aura toujours les yeux sur ses prisonniers. »

« C'est-à-dire, pensais-je intérieurement, que l'évèquc de Cattaro, ne pouvant plus continuer le noble oITice d'espion qui lui a valu la mitre, est remplacé par un agent de police donl la fortune est faite pourvu qu'il donne à son souverain, dans ses honorables fondions, les mémos preuves de zélé que son prédécesseur don Slephano l'ao-

' Bicîiliciireux \ous qui a\cz faim maintenant, bienheureux vous qui pleurez.

l)'lJi\ PIUSO.NMKK DÏ.TAl. .'521

loNNilzl » Kl quoi t'iail col lioinine (juc le consoil au-

li(liic avail dû choioher si lon^lomps dans loulc rarinéc pour qu'il rôunîl eu lui loiilos los condilious exigées par l'ompeiour? Oui, quoi olail l'iioiunio qui dcvail rocovoir ses inslruclions du chef d'un puissant cnnpirc cl coriospondre dircclomcnl avec lui ? C/élail, eoiuiue je Toppris Lienlùt après, le caporal aux. cxôculioiis de la ville de Vienne ;c'élail celui qui accompagnail jus(nrau pied de rétiiafaud les criminels cotularimés ;'i niorl el (pii veillait à ce que rexéculion eût lieu dans les lornies prescrites par le règlement.

C'est là, c'est dans cet olTice qu'on avait été [jrendrc notre sous-directeur pour en faire le confident d'un empereur el le surveillant de ses prisonniers d'Élal!

Aussi s'efforçait-il de mériter une pareille dislinclion, et je pus rendre bon conqilc à révoque de son zèle et de son activité quand il me demanda comment le sieur Wergrat s'acquiltail de ses devoirs '. « C'est comme cela qu'il faut servir son souverain, me répondit Sîephano: Sa Majesté, avec un tel gardien, peut avoir l'esprit en repos sur Spielberg, les abus n'y péncircront plus. »

Après m'avoir entretenu pendani quelques instans des honneurs et des profits qui l'altendaienl dans son évôclié, don Paoiowilz me congédia de la main en disant: « Nous nous reverrons encore : puissiez-vous alors être mieux inspiré , car le temps approche où vous demanderez le Fils de r Homme, et il n'y sera plus!.,. — J'espère du moins, répondis-je en m'inclinanl pour cacher le sourire qui malgré moi se nionlrait sur mes lèvres, j'espère que monseigneur voudra bien se souvenir de moi auprès de l'empereur. »

' Le sieur AVcrgral envoyait cliuque jour un rapport de tout ce que faisaient, disaient les prisonniers de Spielberg, et ce rn[)porl était adressé cacliclé au cabinet particulier de l'empereur.

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l/év(^(liic il ces mois fronrn son noir sourcil. « Allezvous recoinnii'iicor à me parler de vos livres? .le serais Lien re^n, ma foi, à pjéseiiler une lelle recpuMe i\ Sa JMa-

Jeslé! "Nous n'avez failquc trop de leelures, cl vous

ne seriez pas où vous Oies aujourd luii si vous n'aviez a|)pris ([ue voire caléchisine. Dans mon diocèse, moi, je veillerai à ce (pie dans les écoles cl parloul on n'ail de livres (pic juslc ce (piil faut pour connaîlre la religion cl les devoirs envers noire auguslc souverain, dont les inlenlions palernelles me sonl Irop bien connues à tel éjiard pour cpie j(! ne regarde pas les prélendus progrès des lumières el les déplorables développemens de la pensée comme la ruine des sociélés el la damnation des chrétiens, (i'csl dans la pensée que gîl le mal, c'est elle (pii enfanta l'orgueil el la rébeliion des mauvais anges el de nos [)remiers pères, cl c'est rendre hommage à Dieu, c'est travailler à rélernellc félicité de ses semblables que (!o réprimer les audacieuses tendances, les découvertes , les dangereux elforts de l'esprit humain. Voilà le but que Sa Majesié se projîosc pour le bien de ses sujets dans loule l'étendue de ses vastes États-, voilà pourquoi elle a l)rescril des régies et des loriies à renseignement des imiversiiés, des collèges el des écoles; voilà pourquoi elle ne veut pas que nous en sachions plus que nos pères, et voilà pourquoi, enlin et à forliori, elle veut purger votre pen^ée des idées philosopiiiques el révolutionnaires par la privaiion conq)lélc de loule lecture qui puisse alimenter le foyer de vos analyses. .Jugez donc, après cela, si votre demande scrail bien accueillie! Vous vous perdriez, aveugle jeune honunc. — ïMais, monseigneur, repris-jc aussitôt que le prélat eut terminé sa fougueuse aposlroi)he, ce n'est pas de livres dont il s'agit : je voulais seulement vous {)ricr de ne pas m'oublier auprès du souverain pour oltcnir qu'on me mette dans une prison

D*i;\ pnisoiwiF.r, d'htat. ?,1^

un peu moins sonil)rt> (\uo relie où je ino (rotive luniiilonmi!, afin de sauver mes pauvres yeux, (pii en soiiIVrenl de jour en Jour davanlnpc. Je me suis adressé au •^onverneur, (pii m'a fait répondre (lue ce chan^'emenl ne dépendail pas de lui, mais de Sa IMajesIé. — (]'csl vrai, c'est vrai, ropril l'évéque, rien ne se fait sans ordre préris, cl c'est ainsi qu'il faut que cela soit. — Alors , conlinuai-je, j'ai donc bien raison de m'adrcsser h vous, monseigneur, pour que l'empereur puisse ordonner mon clianij;emcnt de prison. — Je m'en occuperai, n'en douiez pas, répliqua don Slepliano d'un Ion fort radouci; j'en parlerai ^'i Sa ^Tajeslé; j'espère que la chose s'arrangera. »

Je m'inclinai de nouveau et regagnai mon cacliol sous l'escorte de l'homme de confiance de l'empereur, du sous-dircclcur Wergral, que je considérai alors comme un personnage imporlont, desliné, comme les aulrcs serviteurs zélés , à s'élever sur les i uines des malheureux prisonniers.

Ah ! de quel prix n'aurais-je pas payé le bonheur d'épancher dans le sein d'un ami fidèle les scntimens orageux dont mon ùme était remplie! IMais il fallut composer mon visage, mesurer mes paroles et paraître calme, satisfait môme de mon entretien aux yeux de mon compagnon, qui ne se lassait pas de répéler : « Évèque en si peu de temps! quel crédit monseigneur de Callaro ne doit-il pas avoir sur l'esprit de l'empereur ! — Sans doute, disais-je, il peut beaucoup, et de lui va dépendre la libéralion prochaine de plusieurs d'entre nous. — Vous

croyez? reprit S Monseigneur vous en aurait-il

parlé clairement? — Clairement, non, mais il me l'a fait entendre : ne faut-il pas qu'il signale par quelque grâce son heureux avènement à l'épiscopal? .Te présume d'ailleurs qu'il a dû vous donner quelque espérance, car vous êtes prisonnier depuis neuf ans, cl voire conduite a

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