‹ Memoires d'un prisonnier d'étatChapitre 17 sur 31 · MJ.IMOIItKS · texte numérisé non relu

MJ.IMOIItKS

fice roli};ioii\ de cel atlo odieux de sii divine puissance, que ma conscience, ma l)()nlé, mes lumières rcjclaieiil égalemenl comme injuste, cruel el incompatihie avec les allribuls de celui rpii ne pcul ni vouloir le mal ni ôlic forcôà raccomplir, alors ma lOle s'égarait el je m'écriais dans la douleur de mon ;\me : «. Qu'avait donc lait , ô père des miséricordes I qu'avait fait ce i)remier homme pour que tu le tirasses du néant el qu'en lui donnant lèlre tu le destinasses, lui el sa postérité, à des tourmens sans fin comme punition d'une faule que lu l'avais condamné à commellrc de toute élernité cl que tu pouvais lui l'aire éviter Est-ce \h, mon Dieu, delà justice

cl de la miséricorde? »

Si jamais nous avions en partage la puissance de la ciéalion en même temps que le don de la prescience, elcjuc par le seul fait de notre volonté nous nous [proposassions de donner Fèlrc à des créaluresdonl le plus grand nombre seraient prédestinées à soulîrir pendant toute la durée de leur existence, ne serait-on pas en droit de nous accuser d'inhumanité, de barbarie de nous comparer à

ces hommes insensés el cruels ([ui transmctlcnl à leurs cnfans, avec connaissance de cause, une maladie chronique qui les condamne à languir, à souffrir toute leur

vie? Et que ne faudrait-il pas dire si, persistant dans

notre volontaire création, nous ajoutions aux lourmens des malheureux qui ne demandaient pas à naître l'éter-

nité des peines pour eux el leurs desccndans? Ne

mériterions -nous pas d'èlre taxés d'injustice cruelle, d'être détestés par ces infortunés que nous aurions nous-mC'mes exposés à la tentation cl à une chute certaine ?

C'est ainsi que je raisonnais dans Vaberralion de mon âme, tournant el retournant dans un labyrinlhe inextricable dont aucun fil sauveur ne pouvait me sortir parce

n'Ll^ IMtlSONMI.H DI-IAI. 331

qiK» j ai riVi\is loujours, vit vic^Kninl la jKsltcc de Dieu à la justice des knmines. à cello conclusion conlorinc ;'i ma faible hunianilé — mais (Icslruclivc de loulc clircilomio croyance — que le pécliéoii^nnel élailincompaliblc avec les alliil)ulsdela Divinité. Je m'cfl'orçai bien, il est vrai, de recourir à la vérité des livres saints dés que jenlrevis sur quelle pente irrésistible je mY'lais engagé, mais les preuves que ma raison y trouvait n'étaient plus désormais assez convaincantes pour vaincre ma re[)ugnance et me forcer à courber la tôle devant ce qui me paraissait absurde et contraire à toute justice, à toute charité, à toute miséricorde.

IMa foi étant ainsi ébranlée dans ses bases, je ne lardai pas, procédant toujours par le même principe de la liberté dexamcn, je ne lardai pas, dis-je, à m'arroger le droit de rechercher si les Écritiues, qui commençaienl, suivant moi, par un blasphème contre le plus bel attribut de Dieu, la bonté, étaient réellement dans leur ensemble une révélation divine ou bien seulement une inspiration première augmentée, défigurée suivant l'intérêt, le caprice ou l'ignorance des hommes. Je reculai d'aljord à la vue des conséquences d'un semblable examen , puis je m'habituai peu à peu à attaquer séparément chacune des parties de ces divins ouvrages où tout se lie , où tout ne forme qu'une chaîne immense de faits miraculeux et de preuves irrécusables dont on ne peut détacher un seul anneau sans s'exposer à faire une lacune fatale dans la voie de la vérité cl à tomber à jamais dans les ténèbres du doute et de l'incrédulité.

Les objections ne pouvaient, hélas! me manquer dans cette orgueilleuse et folle analyse. N'avais-je pas encore dans la mémoire tous les sophismes de Bayle cl des philosophes du dix-huilième siècle! Je déchirai donc page à page les divins Testamens, dépôts sacrés , inviolables de

'VM Mi.Moiitr.s

loulf Nrrili' , (If loiilc cspùraiice , cl , piiivi'iiu à l.t Kturoiiiic (lu cclcsli' ('(lilice OWsè \)i\v la cli'imMK't' do Dieu pour le Njiliil (les lioiimies, ;in\ inyslèTcs (h; la ii-dcmplioii, (('sl-à-diic à la diviiiiU' de .I(''siis-(;iirisl, J(; iriiC'sisilai pas à poi Icr à la .suili! d(,'s Vollaiio, (I(\s (îibbon , à poiici-, dis-jc , les derniers coups à (M'Ilc relii^ioti dont l'oiif^ino, doul la foiidaliou cl la propagaliou iiiiiaculciisc n'avaiciil plus rien à mes yeux (pion ne pùl e\pli(iiier

par des causes purement liuinanies I.e divin lédenip-

tcar ne fut donc plus un Dieu , mais un liomme, le plus parfait, le plus verlueux de tous sans doule, mais un lionune enfin (|ui n'avait d autre supérioriliî sur ses semblables (pu; celle de la sa<i;esseet du ^ujuie. I Telle l'ut la lilialion des raisonnomons ou plulc'jt des

drraisoivumnis (pii me ramenèrent au déisme (dia-

lion dont je n'ai donné ici la succincte histoire (ju'alin de prouver dans quels égaremcns |)ouvenl el doivent tomber les hommes les plus désireux de trouver la vérité, ceux mêmes auxquels la religion est le plus nécessaire, quand ils secouent le jougsalutairedune infaillible autorité [)our ne s'en rapporter, en matière de foi, qu'aux insjjirations de leur conscience elaux lumières de leur raison.

Ce retour au déisme, qui semblait satisfaire mon cs- ])ril mais ne remplissait pas mon cœur comme autrefois, avait élv! le résultat, il faut le répéter, de riioneur que m'avaient inspirée la conduite anli-chréliennc de don

Stephano el son élévation à l'épiscopat Sans lui, sans

l'aniigcanl spectacle d'un com|)ag!ion d'infortune priant des lèvres el trahissant de cœur, je n'aurais pas ainsi renoncé de nouveau à la croyance que mes souvenirs d'enfance m'avaient fait relrouver el je ne serais pas tombé de doute en doute el d'incrédulilé en incrédulité jus(|u'à

la plus falalc de toutes jusqu'j'i IMaisje révélerai

bientôt toutes les nouvelles misères de mon ôme me

ni N l'UlSONMl.ll DI.IVT. .'?3"5

liinil.iiil ;'i (lire iiuiinUMiniil que l(>s voies du S('i;,'n('iir , jjour (''Ire nulircs . n'en soiil pns moins sfircs cl ;uliiiii;il)l('s, cl que lo plus ^:rnii(l. le |)liis iiK'piiisJiblc (U'^ hiciis vient souM'iil , par sa volonlé, du [)lus accablaiil de Ions I(>s inan\.

Don Slephano nous avait en parlant laissé (inel(|nc cspéranee d'une Ilbéralion procliain», (|ui (levai! , il est vrai, ne s"api)li(juei- ([u'à peu den're nous; niais nio:> eoiniia!J:iion élail de ce notnbre, (I bi eerlilu le den èîro bientôt séparé nie fil [irendrc mon mal en [)alience, plus encore que les cIToils de ma tolérance ou le séduisant espoir que je pourrais moi-mèinc êlrc compris dans cet aele de grâce. Les dernières j)aro!es (jue Tévècpie de Callaro m'avait adressées en me donnant sa bénédiclion pouvaient cependant s'interpréter favorablement : « iMon fils, m'avail-il dit, quoicjuc vous ayez fermé Toreille à mes conseils, je tâcherai pourtant de faire quelque chose pour VOUS; continuez à vous conduire sagement, cl Sa Majesté, n'en doutez pas, prendra pilié do votre sort... »

(( Que peut signifier ce discours, rnc disais-je souvent, si ce n'est que l'empereur est passablement disposé en ma faveur et qu'il attend un dernier rapport de l'évèqua pour prendre une délerniinalion!' Or, don Sle|)haiio est

pourvu, comblé de faveurs, il a la nii:re Le mal (|u"il

pourrait me faire désormais sérail [lurenient gratuit

Qui sait! peut être lui viendra-l-il une bonne insiiiralion, et alors je pourrai quitter Spi îlbcrg en même temps que S »

Cependant des semaines s'écoulércnl sans fpie rien vînt justifier les espérances fondées sur les discours de monseigneur de Callaro : la liberté , que j'avais rêvée quelques inslans , ne me parut [)lus (piune chimère de

monimaginalioii, ctS conimcnça bii-mèmeàcraindre

d'avoir été trompé, abandonné par celui (jui n'avait ja-

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