V1 MI..M()lllliïi
iii.iisdri (•(Jiiiiiiilic'l.i lioiiiioloi. Ali ! i|iicll(';iii;rie |)ili('!iic iiiinspiriiil-il pas (|ii;ui(I, drvoïc (rin(]ui('lii(l(.'.s , il vciiail pirs (le moi ('iiiiiscr \v cliiipilic dos conjeclurcs vl do»
pr()l);d)ilil('s pour calmer ses douloiircusc^s anxiélés!
(t Si monsci^Miciir no iifavail [)as dil la vorilr, roprlail-il, si nous dovioiis alloiidie dos amioos oncoro le momciil de;
noire libcralioii, ali ! Jon mourrais î .Alais non, n'osl-
00 |)aa , il no sauruil ahusor ainsi do la orodulilo d'un pauvre pore do famille , (pTuno déooi)lion si oruellooonduirail au (omhoau? Dilos-lc-moi , mon olior compa- ^'non, Irampiillisez-moi on me ré[)olanl (oui ce que vous avez enlcndu de la bouche de l'évOquc. »
Je codais à sa demande, el ces mois si louchans , môme sur ses lèvres , pauvre père de famille , m\inpôcliaienl chaque fois d'aggraver [jar un doulc sa i)énible porplexilc Oui , le ciel m'osl lemoin que je l'encourageais , que je le soutenais en lui nionlranl sa délivrance inévilable el prochaine , comme il m'csl aussi lomoin que jamais il ne m'est échappé une seule parole qui pût blesser son honneur, ni un geste, une action, qui lui révélassent mon antipathie.
Don Marco, que j'a[)polais encore à la fenêtre , n'osait plus y venir dans la crainle d'èlre surpris par Tinfaligablo AVcrgrat , ou , s'il répondait à mes bonjours, c'était par quelques monosjllabcs que mon oreille ne saisissait qu'à i)eine. J'aurais été plus heureux sans doute prés do ÎMaroncclli et de Poliico, quaucuno considération n'arrêtait quand ils pouvaient faire du bien à leurs amis ; mais le pauvre IMaroncclli s'était presque cassé la jambe en faisant une chute sur la neige gelée et glissante delà plate- forme , et depuis lors il ne pouvait plus se hisser jusqu'à la lucarne : Pellico était trop faible pour !e tenter : jetais donc livré dans ce conq:)let isolement à mes seules ressources , hélas ! bien épuisées , pour
iViiN PRisoNMF.n nr.TAT. 335
suppoitor nniî oxislcnco qui dcv.'iil rue rendre furieux 011 l'on. Je le seiiliiis , si elle oui duié (|tiel([iie.s iiuii» encore.
Kl (ini pouvait nie i^aranlir (|ue je seiais enfin délivré du supplice conlinuel d'un lèle-à-lôlc donllclermcdépcndail de rarl;itrnire volonté de l'eniperoiir ? N'é!ait il pas possible qu'il nous abandonnât désormais h notre malheureux sort, aprùs nous avoir dépouillés de tout ce qui pouvait en alléger les maux, a|)rès s'être assuré, i)ar lo clioiv du ca|)oral aux exécutions, d'un Cerbère vij^MJant cl incorru|)lible, que le régime cruel auquel il nous avait soumis , grince aux dénonciations de l'évèqiie do Ca'Iaro, serait rigoureusement exécuté jusqu'au dernier moment? C'était donc pour cliasser ces noirs pressentiniens, cette idée fixe d'une union indissoluble avec un tel compagnon , que j'évocjuais les souvenirs du passé , (jiio je discourais sans cesse, semblable à ces pauvres patiens qui , sur leur lit de douleur, parlent et reparlent encore pour éloigner d'eux la pensée de la mort , qui sans cesse rcvienl à leur esprit. « Non , non , c'est impossible , mes forces sont à bout, me disais-jc un soir où , fatigué des l)énib!cs efforts d'une longue journée, j'allais chercher, dés la nuit close, et le repos et le sommeil , qui trop souvent fuyait mes yeux 11 faut que je fasse prier le
nouveau gouverneur de venir jusqu'à Spielberg, et peutêtre obliendrai-je qu'il écrive à l'empereur. Demain , c'est arrêté, j'en parlerai au sous-dircclcur, et S... en pensera ce qu'il voudra. )>
Satisfait, consolé même de cette résolution , j'arrangeai ma paille pour mieux dormir. « Qui vient là dans le corridor ? demandai-jo tout à coup à S..., qui se déshabillait. Ce n'est pas Wergrat, il fait moins de bruit ordinairement »
Je finissais à peine de prononcer ces mots que le gui-
:V.]t) MK>i()iiii:s
clict sOuvril. <i iMoiisiour S... , dil h', soiis-diiccleiir, il r.r.il vous liahilliT cl me suivre. — iMais, coinmcnl:* où.'... s'écria luoM foiiii)ngii()ii avec anxiclé. — Vous le saurez, lui répoudil le niysléricux Werj^ral. — Jùi lihcrlé , (lis-jc loul bas 6 S... en Uic rapprochanl de lui. — Ali I II. oi Dieu I scrail-il vrail » re[)ril-il.
i>l daiij l'excès de son agilalion il ne Irouvail plus ses liabils. u Don SU>phano ne vous avait pas (rompe, conliiuiai-je du même Ion. — Allons, allons, dépèclionsnous, )) réi)éta le déliant ^^ ergrat, qui s'approcha près de nous pour ompèclicr loule parole qu'il ne pourrait cnlendre. Mais celle précaution élail inutile, car S... , levenu de sa premier^) surprise, s'était déjà éloigné do moi. Sa pûle figure, éclairée par la lanterne de l'un des gardiens, n'exprimait jilus (pie celle froide impassibililé, que celle résignation qui lanl de fois m'avait fait tressaillir d'impatience alors qu'il disait en levant les yeux au ciel : (( !o sono nelle mani di Dio (je suis enlre les njains de Dieu ) ; que sa sainte volonté soit faite I »
Quand il fut prêt à partir, je lui dis : « Puissiez-vous
être heureux au sein de votre famille! — Ilélas ! ré-
pondil-il , j'ignore le sort qui m'est réservé, mais le Seigneur est miséricordieux »
Puis , sans manifestei' la moindre émotion, sans m'exprimer une parole de regret, il fit loucher des deux côtés de mon visage sa joue, en me disant un adieu si sec, si composé que je sentis jusqu'au fond du cœur qu'il n'y avait aucun ménagement , aucune pitié à attendre d'un homme qui pouvait, à l'annonce de sa liberté, rester ainsi de glace et ne pas céder ù l'irrésistible besoin d'épancher son ûme et de révéler par un mol , par une larme, au malheureux qu'il laissait dans les fers, qu'il avait pour lui une fraternelle compassion.
L'impression que j'éprouvai lorsqu'il eut passé le seuil
d'un lMUso^MF.^. d i.tat. 3?>
(le l;i poilc <•! (lue les verrous ftifeiil de noiivciui liirs sur
iiHti lui poi^MKHilc , lui lioniblt' I «Il u\ n (lonc. ,
nréciini-jc (huis loulo raniciluiuc de uioii rcssciilinieul, il n'y a (iu(* les pervers qui soient é[)iuyiiés ici-bas! la jusiicc divine ne saurait les alieiiidre, et les bons soidenuMit , les bons sont condanuiés l'i i;éniir |)are(» (|u'ils ne
transig(Mil pas avec leur conscience! Il iTy avait
parmi nous cprun misérable indigne de soulTrir pour une
si belle cause, et il est libre! et seul il reverra cette
Italie que nous voulions alTrancliir! Mais non , Dieu,
([uc j'allais renier, tu as eu pitié de moi ! I.e cachot
de don iMarco s'ouvre il en sort il niar( lie dans
la galerie, sa voix se fait entendre il redemande son
bréviaire Son bréviaire, pauvre cher don IMarco!
il n'oublie pas, lui, ses pieux devoirs! il priera pour
nous ! et moi, je le bénirai d'avoir par ses derm'ers
accens conjuré dans mon comu" l'horrible tempête qui me faisait blasphéuier Dieu ! »
338 Mi.iMoini.s
Ton! dans le corridor ôlaif roiiln'' dans \c silonrc, cl la porlo de Toscalicr, (jui s'élail onvcrio pour doiinor passage aiiv délivrés, s'élail rorerinée depuis loiifj;leii)ps (|iie j'élais (Micore au gtiidiet, piélaiil l'oreilliM-omme si le direcleur de la police eùl dCi revenir |)oiir clierclier (|iie!(pio nuiro giacir I... mais il ne revint pas, el aucun prisonnier aulie (juc S , don Marco el son comitagnon n'avait été tiré de son cachot.
Deux scnlimens dominèrent alors mon cieur : le regret de n'avoir pas été compris dans la libération el la Joie, après lanl de conirainte, de me trouver seul dans ma prison, de pouvoir y respirer à mon aise, d'y marcher sans craindre de m'enlendie dire : « A^ous me troublez dans ma prière... »
« Il est |)arii ! il est parti 1 répé!ais-jc en ballant des
mains, en bondissant dans ma sombre cellule je puis
sitller, parler, marcher quand je le veux el comme je le veux je puis ouvrir la fenèlre, y causer avec mes voisins » A celle idée, je courus à la lucarne, je l'o'.ivris,
et quoiqu'il fût nuit, j'appelai ]>raroncelli el Pellico pour
leur dire, comme îMorelli au moment où S le quitta :
(( Je suis libre, amis mon supplice est fini, réjouissez-vous avec moi )>
lis ne purent, hélas! me répondre, intimidés qu'ils furent par les slill/ retenlissans do toutes les sentinellesil me fallut donc réprimer l'explosion de ma joie el me
1)'l',\ i'i;is().>Mi;r. di.t.vt. .VM)
conlcnler, on rcslnnl à la fcniMio, dosinicr (|ut'l(|iios fia;,'iiuMis (Tair (|iii coiilaiiMil de mes U'vrcs pour exprimer h;
soulajJtcmeiil (le iiinii Ame puis je redescendis dans
ma prison, où ré^Miaient les lénèlres les jikis |)roroiides, elj'élendis la main snr le lit de S l)onr me convaincre que ce trélail pas un 80n!j;e, ({n'il était, réellement parti, l'jilin, las de tonrnerel de retonrner l)rnyannnenl dans mon ca<hol, dont il me scniLlail ainsi prendre |)ossession, je me conciiai luMireux , oli! bien lienrenv, do ne plus avoir ;\ deux pieds de ma lèle celle autre lèlc donl les yeux me paraissaient toujours ouverts pour veiller sur moi
Le lendemain à l'heure du réveil, j"éi)rouvai un indicible contentement de ne [)lus avoir près de moi , sous mes yeux, le triste objet de tant de doutes el de dégoûts, mais la comparaison de son sort avec le mien jeta bientôt un voile de tristesse sur cette première joie! La libeité, donl il allait jouir, était trop belle, trop séduisante pour que l'image de tous les biens qu'elle apportait avec clic ne formât pas un pénible contraste avec les sombres voûtes de ma prison et les privations, les maux qui nraltendaient encore dans le cours de ma captivité! « Eienlôl, me disais-jc en soupirant, il reverra, il serrera dans ses bras sa femme, ses enfans cl l'auteur de ses jours, tandis que je gémirai poursuivi parla désolante pensée que mon vieux père se meurt et que c'est moi qui abrège sa vie !... Tout ce que la nature a de doux, de suave, de légénèraleur, il en jouira au retour du printemps! le soleil brillera pour lui, le rècliaulTera, lui rendra la santé, cl quand il rentrera le soir après une belle journée, il sera comblé de soins el de caresses tandis que moi je n'aurai
pas un pauvre être sur (jui répandre les alfeclions de mon âme!... pas un rameau de verdure pour réjouir mes yeux , pas un rayon de soleil qui vienne ranimer
.'iiO M KM OHMS
mon coriJS, déjà si usé par les sonlTiiincoi^ du cacliol I » llrlas! (nrdlcs ôîaii'iil IVaîchcs cl rianlcs, les couleurs doiil mou ima};iiialioii |)ei|:;i)ail loules les félicilés, louli s les joies (|ui alleiidaieul eel Iioinme i\ sou relotir daus sa paUie, depuis les cris joyeux de ses cnfaiis juscpTaux hur-
leuieus (le ;ion cliicn depuis sa reuirée daus la maison
palerueilejus(pj'à la vue de la moindre pierre el du moindre buisson 1 (À)mmc je me re|)résentais bien sou i)remier réveil sous le loil de ses [)èrcs cl sou bonheur , en ouvrant les yeux, de voir des fenOIres sans barreaux cl d'enleudre, au lieu du bruil des verrous el des chaînes, la
voix chérie de tous les siens
Quels tableaux! qu'ils élaienl ravissans el quel accablant retour ne faisais-je pas sur moi-même lorscjue, après avoir passé de lon.ujues heures à vivre par la pensée sous le ciel de noire France, prés de ceux (jue je chérissais, jetais ramené par les pas des sentinelles ou par un cliquetis de fers à Thorrible réalité de ma position 1... Que d'amcrlume alors venait inonder mon cœur I avec ([uelle rôsolulion je nrefforçais d'écarter des souvenirs qui ne laissaient dans rame qu"angoisse cl désesijoir! IMais ma Yoloiilé était moins forte que le penchant irrésistible qui nous porte dans de semblables momens à revenir sans cesse stu' tout ce (lue nous avons perdu !... Je m'abandonnais donc sans réserve à ces retours vers le passé, ù ces regrets, à ces désirs, qui deviurenl si douloureux, si poignans (pie tout mon èlrc en fui bri.^'; el que je nie sentis sans courage pour lutter contre tant de souffrances !
C'est alors que je voulus chercher des consolations dans la religion en demandanl à Dieu d'avoir pitié de moi, en le (onjiuant d'al'aissor si:r moi un regard de miséricorde I,.. mon cœur restait aride, el la résignation n'y pouvait plus descendre I Que jiouvait désormais une faible croyance contre les assauts du désespoir cl du découragemenl ? Le
\)i^ i'Ki,>(>.N M i.i; 1)1. lAi. Ml
d isiiie, aïKHK I 'f(''lais airi\<'/^7r Ir lihrr craiiirii, cl.iit-il (loue si bi(Mi proMvr, si bien assis dans mon ànic, (nrdlc \)ùl rc'sislcr aux doulcs (|ui vcnaicnl de nouveau l'assail- Ir?... Non I liolas ! non !...('! nios aspirations à 1 Ivro snpri^nio, mes larmes, mes piit'res nélaienl plus , comme aulrefois, suivies de ce soulaLiemenl, de celle espérance en la boulé diviii(% liuils d'une conviclion peu raisomié(; sans doule, mais vierge encore du scepticisme.
Ne Irouvanl aucun soulagement dans mes invocations à Dieu, je voulus du moins retremper mon courage par la pensée que je souffrais pour une belle cause et pour
riionneur IMais, là aussi, je fus déçu dans mon at-
lenle, car la foi commençait à m'abandonner pour les choses de ce monde comip.c pour celles du ciel.'... Les sacrifices que j'étais si Vicv de mVlre imposés tout récemment encore pour soutenir la dignilé de mon caractère ne me paraissaient plus qu'une exagération que rien ne pouvait justifier aux yeux de la raison , cl lorsque je me demandais de quelle ulililé une semblable abnégation serait pour mon parti ou quelle gloire jen retirerais moimême, je répondais avec douleur : «Aucune! aucune !...»
Tout me maïKjuanl donc à la fois, et la confiance en ])ieu et la foi dans mes propres œuvres, je tombai si bas dans mon abattement que mon âme, mes pensées ne furent plus (pie ténèbres et désolations 1... cl comme le cœur de rhomnie est ainsi fait qu'il pousse tout à Tex- Iréme dans les sop.ibres humeurs de l'adversité plus encore que dans les illusions de la fortune, je justifiai la triste vérité de celle terrible sentence des Écrilures : « y/byssHs ahyssam inrocat (l'abîme appelle l'abîme...) » en perdant la dernière ancre de salut qui me restait dans un si grand naufrage, la croyance à iimmorlalité de lame et aux. compensations d'une autre vie.
C'était avec un acharnement qui tenait du délire que