LA.I DU POÈTE
Ah ! par pilic , cachez , cachez encore Ces larmes, ces soupirs, ces déchirans regrets. Vous dont le cœur gémit, dont la bonté déplore L'ardente soif de gloire, hélas! qui me dévore ,
Et mêle aux feux de mon aurore
Les sombres couleurs du cyprès.
\)VN PKlSONNlliK D'ETAT. 451
ronrquoi le répiMor oct oracle funeste Que le (lien cri'.pidaurc a lanct^ sur mes jours? Do mes derniers inslans iiourqiioi trouhler le reste t Le destin a parlé qui peut tlianKcr son cours !
Nul ne sait mieux que moi (|uc la brûlante flamme Qu'un soufTle inspirateur Hiil jaillir do mon Ame
En redoublant la vie en use le (lambeau
Que cluKiuc enfantement d'un «lésorant génie N'est que le fruit fatal d'une ardeiili; aj^onic Dont chaque accès mène au tombeau !
Nul ne sent mieux que moi qu'entraîné par le zèle De donner à mes chants une empreinte immortelle, La vie à chaque ellort s'exhale avec mes vers ; Que mon sang embrasé se desséche cl se brtilc , Et que mon jour mourant n'est plus qu'un crépuscule Sillonné par de lon{;s éclairs.
Mais , ainsi qu'un flambeau qu'on souffle et qu'on rallume ,
ruis-je éteindre à mon gré ce feu qui me consume
En remplissant encor d'enivrantes chaleurs
Mon sein déjà flétri par de longues douleurs?
Ce feu qui de mon ûme épure la pensée,
Dans un ciel inconnu la transporte embrasée,
Et la ravit si haut , en ses briJIans essors ,
Qu'elle croit par momens sentir les saints transports
Et les frémissemens qu'éprouvaient les prophètes
Lorsque l'esprit divin descendait sur leurs têtes,
Et que changeant leurs cœurs il transformait en dieux
Des hommes jusqu'alors obscurs à tous les yeux.
Quoi! de mes jours douteux, pour prolonger la trame ,
11 faudrait pour toujours comprimer cette flamme
Qui jette sur mes pas et lumière et bonheur!
A l'aspect de la mort, glacé par la terreur,
De mes tremblantes mains, laissant tomber ma lyre,
Je devrais repousser comme un mortel délire
Ce rêve harmonieux ces ravissans tableaux
Qui jamais sous mes yeux ne flottèrent si beaux
Ces inspirations , ces chants les seuls peut-être
Qui , révélant enfln les secrets de mon être
4r)2 MKMOIHKS
Kl respirant le fi'U donl mon ca'iir est rempli,
Aiirnicnl sauvé mon nom d'un rlcrnel oubli
Kl (oui cela, grand Dieu! pour (lu'cn un long supplice Mon Ame au dC'scspoir ic ropcnle el {^émisse D'avoir sacrifié — mrprisanl son destin — I>a céleste rosée et l'éclat tout (li\in D'une aube radieuse cl de gloire suivie Aux longs jours sans soleil d'une stérile vie !
La vie ! el que pourrais-jc en faire désormais
Quand vous m'auriez, amis, détourné pour jamais Du seul but cnclianteur (lui lui donnait des charmes ! Quand semblable au f;ucrrier qui né pour les alarmes, Mais qu'un corps mutilé relient loin des combats, Aux récils cnlraînans d'un glorieux trépas, Ou des lauriers cueillis dans ma noble carrière , Mes soupirs, mes regards, les pleurs de ma paupière El des élans suivis d'une morne douleur, Vous trahiraient le mal qui rongerait mon cœur 1 Quand en vain prononcé par la voix la plus tendre L'espoir jusqu'à ce cœur ne pourrait plus descendre,
Que l'ennui voilerait mes jours que l'avenir
Comme un livre des morts ne saurait contenir
Qu'oubli, larmes, néant, écrits à chaque page ,
El qu'un sombre regret empreint sur mon visage
Vous redirait sans fin — ce que disait un jour.
D'une vaine raison maudissant le retour,
L'Athénien déçu qui pleurait ses navires : —
« Que m'avez-vous donné pour mes divins délires ! »
Vous que je vois pleurer sur mon fatal destin , Ignorez-vous, hélas ! la déplorable fin De ces arbres hâtifs qu'avec zèle on transporte Loin du site propice où leur sève trop forte Dès les premiers printemps, déployant son essor.
De fleurs, de fruits exquis prodiguait un trésor
On veut pour les sauver d'une prompte vieillesse
Retarder, ménager leur rapide richesse
Mais à peine arrachés du terrain généreux Que la nature même avait choisi pour eux,
d'un l'lUSt)NMr.K I) l.TAT, 4')'i
Leur vie, CM peu de jours, lanj;iiil, louche à son (crtnc
Ou si tic leur vit^ueur conservant (iuel(|uc germe. De verdure, au prinlenips , on les voit se couvrir. Même avant que leurs llrurs i)uissent sVpanouir Ou que leurs fruits tardifs se forment et niùrisscnl,
La sève se tarit les rameaux dé|iérissciil
Leur feuille se jaunit tomhe cl quand de \'M
Tout montre cncor l'éclat cl la fertilité,
Ils sonl là dépouillés! sans que dans leur feuillage
La brise en se jouant puisse prendre un langage,
Ou que l'oiseau du ciel vienne al:riler son nid
Aussi secs, aussi nus que le figuier maudit.
Alors, instruit trop tard qu'un excès de prudence A tari dans son cours leur précoce abondance, On s'accuse, on se dit, en les voyant mourir : Qui sait combien de fois ils auraient pu flaurir, Si, les laissant en paix achever leur carrière ,
Nous avions mieux connu ce luxe de la terre?
Puis de leur triste aspect quand les yeux sonl lassés,
On y porte la hache , et de tous méprisés
On jelle leurs débris et leur creuse racine
Aux lieux où vont pourrir le bois mort cl l'épine.
Voilà, n'en doutez pas, l'image de mon sort.
Amis Et je pourrais au prix d'un seul accord ,
D'un seul son de ma lyre, acheter une année De celle ombre de vie à gémir condamnée? Ah ! que plutôt mon âme en un divin transport
S'exhale ! et remplissant ainsi sa destinée ,
Remonte à son auteur sans laisser un remord Aux êtres adorés dont l'amoureux effort Embellit ici-bas ma terrestre journée.
Ce premier chant devait ôtre suivi de plusieurs autres oii j'aurais essayé de peindre les amers regrets, les poignantes angoisses, les héroïques etTorts et le désespoir du malheureux poëte luttant en vain contre les progrès du mal qui le conduit au tombeau... Mais les forces me