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inanqiu'Tcnl, los soufrrnnros (•(''r(-4)ralos romporlôronl sur la volonh'j il nii' fallul , après dca lonlalivos loiijours plus douloureuses, céder... abandonner ma consolante lAclie en ni'écriant avec l'infortuné dont j'éprouvais trop Lien la mortelle agonie :
Et mon cœur osl bris6 d'iinc hiltc cniolle,
El je veille cl je souffre cl vainemenl j'appelle
Mes aiiliques accciis !
De l'inspiralion la voix resle imiclle , Le deuil csl dans mon ûmc cl ma harpe rie jcUc
Que des sons impuissans!
d'un prisonnier fl'KTAT. 455
J'ai lu dans un poëlc allomand que la vie humaino serait , hélas I bien pauvre de parfum , de lumière el de couleurs si nous ne pouvions à la réalilé cnlremêlcr les illusions cl les songes!
Que dire alors de l'exislence des prisonniers de Spîelberg, de celle inlerniinable agonie où chaque pensée ne pouvail êlrc qu'une douleur, où le passé n'élail que cicaliiccs, le préscnl que blessures et l'avenir que misères et désolations ?
El que me restait-il désormais pour réagir contre les maux qui s'accumulaient sur moi ? N'avais-je pas épuisé toutes les ressources, toutes les espérances que le cœur et l'esprit peuvent inspirer au malheureux captif? N'avais-je pas défendu jusqu'au bout avec l'opiniâtreté du désespoir mon intelligence et ma vie contre d'inexorables tortures sans cesse renouvelées? Et maintenant
que toute résistance était vaine, maintenant qu'il fallait baisser la tète , s'avouer vaincu et se dire : « Tout est fini, je n'ai plus qu'à languir misérablement cl mourir )) ne devais-je pas tomber dans cet accablement
falal , dans cette sombre el consumante apathie qu'un mal sans relâche el sans remède traîne infailliblement à sa suite?
Tels étaient en effet le découragement et la détresse de mon ûme que j'aurais succombé ù tant de douleurs si ma
'iriÔ M K MOIRES
croyance en Dieu, si ma foi dans ses divines paroles , en lournanl mes jK'nsées vers le ciel , ne m'eussent enfin a|)i)ris à me résigner, à renoncer aux cspùrances de la
lerre I Mais que de soupirs, de regrcls et de combats
avant dVn arriver {\ cette pieuse et salutaire abnégation et comme il suilisait, hélas ! d'un mol, d'un
incident léger pour ramener encore mon cœur et mes désirs vers ce monde , dont je me croyais détaché pour jamais!
En voici un exemple bien frappant.
Le gardien qui m'accompagnait depuis quelque temps sur la plate-forme était un Polonais de la Galicie. Presque toujours seul avec lui, j'avais eu souvent l'occasion de juger de la bonté de son cœur aux paroles de compassion qu'il m'adressait et aux soins qu'il prenait de moi pendant la promenade. Quoiqu'il parlât fort peu l'allemand, nous avions fini cependant par nous entendre : je l'entretenais des campagnes qu'il avait faites , de ses
blessures, de son pays Il m'écoulait, et peu à peu la
confiance fît place à la réserve. « Moi , bien aimer les Français, m'avait-il dit un jour •, eux bons soldats, eux bons camarades avec les Polonais h
Puis il s'arrêta , jeta les yeux autour de lui afin d'être mieux assuré que personne ne l'écoutait, revint plus prés de moi , et baissant la voix, il ajouta : « Polonais battre
les Russes ! — Les Russes ! lui dis-je avec étonne-
menl — /a, ia à Yarsovie révolution... Polonais
chasser les Russes batire les Russes »
Et il frappait des mains en répétant : « Russes morts ! — Une révolution à Yarsovie ! rcpris-je. Y a-t-il longtemps?— Quelques mois. Depuis, beaucoup de batailles 5 Russes, tués tous, a dit hier un courrier. A Brunn , tout
le monde parler décela, tout le monde content et moi
aussi, n'y plus tenir de joie cl j'ai tout dit à vous, «
d'un prisonnier D'KTAT. 457
Après l'avoir romorcié de sa corifidonco, je l'inlorrogoal avec anxiélù sur celle révoliilion de Pologne , sur la France, sur l'ilalie, mais les reiiseigncmens du pauvre soldai se limilaienl îi des on dil de corps de garde, cl loutccqueje pus en lirerne parvinl pas à me sortir de mes inccrliludes : il m'en avail dil assez pourtant pour exciter mon inlérôt au plus haut degrô et pour me lenir
dans une agitation fébrile I.a nuit , le jour, je ne
pensais, je ne rCvais qu'ù la France, à la Pologne combaltantpour son indépendance-, et, en songeant au sort de lant de braves destinés ù mourir les armes à la main pour défendre les libertés de leur pays , je sentais une poignante envie, un profond désespoir de rester enchaîné dans mon cachot , tandis que ces favorisés du ciel versaient glorieusement leur sang sur les champs de bataille! Puis, jugeant à mes transports que mon dé-
voueinent pour la sainte cause des nations asservies vivait encore dans mon âme , que j'étais prêt à traîner vingt ans ma misérable vie dans les cachots sans me plaindre, pourvu que Tltaiie et la Pologne devinssent libres , j'éprouvais une sorte de consolation et d'orgueil d'avoir conservé ardens et purs dans mon cœur les généreux sentimens d'un patriotisme éclairé.
Le bon Polonais avait trop vivement piqué ma curiosité pour que je ne l'interrogeasse pas chaque jour sur ce qui se passait en Europe -, mais il n'en savait rien,
disait-il , ou peu de chose Et ce peu de chose , j'en
fus bientôt privé par son éloignement. Alors tout rentra dans le silence et le mystère, et je retombai plus que jamais dans la morne apathie dont cet incident m'avait un instant fait sortir.
Les jours du printemps et ceux de l'été de 1831 ne furent qu'une longue suite de douleurs physiques et de cuisans chagrins causés par les efforts que je ne cessai^