A FRÉDÉRIC CONFALONIERI
Octobre I83i.
C'est donc en vain que d'un cœur ferme,
LuUanl conU-e l'adversilé,
Nous aUendions enfin le terme
D'une longue captivilé !
C'est donc en vain qu'.>vec constance,
Traînant une morne existence
Dans un cachot mystérieux,
Nous avions dit : — Peut-être encore
Reverrons-nous poindre l'aurore
Sur la terre de nos aïeux!
4Gi mi:moiui:s
Ilélas ! chaque Jour plus ù plaindre , Vases (01111)11^» d'alTliclions , ^'ous vîmes tour à tour sVHciiidro
Jeunesse, force, illusions!
Et quel est notre seul présage Après dix ans d'un esclavage Pareil à la nuit des tombeaux?
Oui quelle est l'unique lumière
Qui', d'une grâce avant-couriére , 1 Annonce la un de nos maux?
C'est l'éclair qui sillonnant l'ombre Montre l'abîme au lieu du port , C'est la lueur, quand tout est sombre.
Qui s'élève aux champs de la mortj C'est la prodigieuse attente D'un mal qui porte l'épouvante En tous les lieux, dans tous les cœurs; D'un mal que le Gange a vu naître Et qui ne semble ici paraître Que pour couronner nos malheurs.
Eh bien ! soumettons-nous sans plainte
A ce dernier coup du destin :
Lorsqu'au cœur la vie est atteinte
rourrail-on en craindre la un ?
Mais avant qu'un fléau funeste.
De mes jours menaçant le reste , Rende mes esprits impuissans, Je veux que mon âme sincère Au compagnon de ma misère Adresse ses derniers acccns.
Comme à cette heure solennelle Où l'homme ne parle qu'à Dieu ,
Entends ma voix ami Gdèle !
— Peut-être, bêlas! est-ce un adieu; — Entends ma voix en ces journées Qui marquent dans tes destinées
d'un prisonmkr d'ktat. 465
1,'liyiiicn , la nais.san<'c cl l'amour, Où tout jadis ii'iUalt que rliarmcs , Mais (|iil n'apportent plus que larmes Kl douleur ù chaque retour!
Sans causer un morne sourire
Tourrais-je encor former des vœux?
l'arler d'es|)oir quand tout conspire
A rendre Ion ciel ténébreux?
Ta douleur sombre et sans langage IN'esl plus de celles qu'on soulage l'ar l'aspect d'un vague horizon :
Tout lui manque Kl ce doux diclamo
Qu'une Ame verse dans une àme Tour elle se change en poison.
Alors ! Alors qu'une parole,
Que nul ne peut égaler, Pénétre, ranime et console Ceux que rien ne peut consoler!
Le cœur ou pèse la disgrâce Par elle sent fondre la glace Dont le poids le faisait mourir ; Par elle l'âme libre et neuve.
Plus forte enfln que son épreuve , Dit à son Dieu Je sais souffrir !
Lève donc avec assurance ,
Lève tes regards aballus
Vers celui qui juge et compense
Maux et biens, fautes et vertus.
Ne sait-il pas que, né candide.
Toujours ton cœur a pris pour guide
La justice et la vérité;
Et qu'ici-bas ta noble envie
Était de signaler ta vie
Par des traces d'utilité?
N'a-l-il pas écrit sur ta page — Dans ce livre où rien ne périt — Chaque bien qui fut ton ouvrage , Chaque œuvre dont tu fus l'esprit?