Z. II
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('\|>li(|ii('r los rampnfïiii'.s de son prie, dont il a lu lou« 1( s iiiriiioircs. Pciidaiil Irois mois, le duc (I(! Kiii^iisc alla ('iia(|uo mal in au palais impérial, ellorsiiii' il (lui (la A iciuie, il iO(,'i'l lo poilraiUlu jeune prince avec celle insciiplion: (( Au due de Jla;,'use, au compaj^nion de la j^loiic de mon père, un lils reconnaissant. »
a Ia\ révolulion de juillet éveilla dans son cœur de grandes espérances j il semble s'éteindre en les voyant s'anéantir C'est depuis celte époque que sa mélancolie est i)rof()ndc. Au mariage du roi de Mong'-je, il y a dix-huit mois, il y eut gala à la cour; la lable où dînaient l'empereur, rimpéralrice et les archiducs était dans le manège impérial, tandis que les grands dignitaires circulaient dans une galerie lormant balcon au premier étage. Le duc de Reichsladt, qui n'avait pas le droit d'être assis au banquet de famille, se promenait tristement lorsqu'une dame lui dit en lui montrant toute la cour: « Eh bien! monseigneur, vous devez jouir... voilà un beau triomphe pour vous!... — Dites plutôt une honte, madame; mais il faudra qu'elle finisse bientôt.» « La première fois qu'il rencontra le niaréchal Maison, c'était dans un bal; il évita de danser afin de pouvoir s'aijprocher de lui, et dit en l'abordant : « Vous avez élé le compagnon d'armes et de gloire de mon père, monsieur le maréchal ; apprcnez-snoi de grâce quelle est votre opinion sur sa campagne de Russie. — Ce n'est pas ici, monseigneur, que je puis répondre à une question
aussi grave » Et le maréchal s'éloigna. Cependant
le pauvre jeune homme n'en garda pas rancune, car au moment où la cour et les ambassadeurs allèrent se fixer à Schœnbrunn, pendant l'invasion du choléra, le maréchal eut une attaque de goulte qui le retint pendant six semaines dans son appartement, cl pendant tout ce temps, le prince envoya deux fois par jour demander des nou-
d'un PltlSONNlKK D'KTA'r. r)07
voiles du m,^la(l(\.. unùincmont parce ([iril ('Inill'iniiçais!
« Le duc de Rcichslndt paraîl sentir profoiuléincnt sa position ; il cherche à imiter son père dans tout ce qui est en son pouvoir, en faisant luanonivrer à toute heure du jour et par tous les temps le régiment qu'il commande. Sa vie est triste, ennuyeuse Il mange avec l'empereur. A la cour d'Autriche, on dîne à une heure , on
soupe à neuf, et à dix heures on se relire Pauvre
enfant, sibien organisé! quelleexistcnceet quel avenir!... Comment ne pas se représenter la joie et l'orgueil de son père s'il l'ciit vu ce qu'il est aujourd'hui !
« Mardi 13 mars. — Nous avons dirigé ce malin notre promenade en voiture sur les bords du Danube et sur la route de IMoravie; nous vîmes de loin AVagram et lîie de Lobau , qui rappellent tant de gloire ù tout camr français ! Au retour, nous rencontrâmes des chevaux de poste qui avaient conduit à Tienne des voyageurs venant de JMoravic Une pensée rapide me
traversa le cœur et fut aussitôt exprimée : a Si ce postillon venait d'amener notre cher prisonnier , s'il était à notre hôtel à nous attendre... » Et tout en disant : « (l'est impossible , « nous revînmes au grand galop de nos chevaux! C'était une folie i\ laquelle on ne pouvait
croire, mais qui cependant amena une pénible déception!
(.(Jeudi 15 mars. — J'étais seule le matin à deux heures , lorsqu'un secrétaire du prince delMclternich est venu me remettre la lettre suivante, comme toujours ^ entièrement écrite de sa main :
a Je m'empresse, madame , de vous envoyer les détails ci-joints sur la manière dont les ordres de l'empereur ont reçu leur exécution à l'égard de IM. votre frère.
u Vous verrez par ces mômes détails , extraits du rap-
M)S niKMOlRF.S
porl oiïicii'! , que IM. Andryane sera roiulii à ScliaM'dinfï lo mardi "20 de ce mois.
« Je vous conseille ainsi de vous niellre on roule samedi : vous arriverez i\ Scliicrdin;^ avant lui.
« Je demanderai les ordres de Sa 3lajesl(' au sujel de voirc audience. L'empereur n'a point donné celles {générales hier, car il souffre d'une fluxion aux dents. .T'aurai Thomieur de vous [)révcnir de la décision de Sa IMajcslé,
«Veuillez, madame, recevoir l'assurance de mes hommages.
« Metterinich.
« Ce 15 mars 1832. »
«A celle Icltre était jointe la copie d'un rapport ainsi conçu et adressé au ministre de la police générale par le directeur de la police de IMoravie. M. de IMeltcrnich avait bien voulu me l'envoyer traduit en français :
« Conformément aux ordres que Voire Excellence m'a fait l'honneur de me donner le 13 do ce mois rclalivement à Alexandre Andryane, je me suis rendu au S])ielberg dans l'après-dînée du même jour ; j'ai fait appeler Andryane dans la chancellerie , et après l'avoir pourvu des vêtemens nécessaires, il m'a été formellement remis sous prétexte d'un ordre de le transférer ailleurs. ])epuis qu'il a été appelé à la chancellerie , il n'a donc plus été en contact avec Confalonicri ni avec aucun autre détenu. Arrivé à rhôîel de la direction de la police, je lui ai fait connaître la décision par laquelle Sa Majesté a daigne lui faire grâce , et j'ai eu soin de le préparer par degrés h celte nouvelle. Andryane n'a pu répondre à cette intimation que d'une voix que la joie rendait tremblante -, il a été longtemps avant de pouvoir se remettre de son émotion.
« Quant au départ d'Andryane , il ne saurait avoir lieu
d'un IMUSDiNiMKIt I)' 1,1 AT. T-OU
avant lo 17 au malin , car il fan l .111 moins (rois jours juturlui faire faire des lial)ils. Il arriverait ainsi à Stlia'r- (ling le 20, ù une heure (pril est impossible; (h; préciser au juste. Selon les ordres de Votre l-lxcellence, Je chargerai le connnissaire de police Prohasko, qui doit l'accompagner, de tous les détails du voyage.
« lîriuin , le 13 mars 1832. »
« Ai-jc besoin de dire quelle profonde émotion nous a
causée ce récit! Pauvre cher ami ! voilù donc deux
nuits qu'il passe hors de son lomheau cl où il peut se croire rendu à la vie !
« .Te n'étais pas encore remise du trouble causé par cette heureuse nouvelle lorsque je reçus une lettre écrite et envoyée par la grande-maîtresse de rimpéralrice j elle me disait :
« Madame ,
« Sa Majesté l'impératrice apprit avec mille regrets que vous aviez été porteur des lettres de Leurs Altesses M"'^ la duchesse de Leuchlenbcrg et IM'"'' la princesse de Wagram, qui ne lui furent remises qu'aujourd'hui, et que vous aviez le désir de lui faire voire cour. Sa Majesté sera charmée d'avoir l'occasion de vous remercier de vous être chargée de cette commission et daigne me donner l'ordre de vous prévenir qu'elle vous recevra demain vendredi à midi et demi.
«Agréez, madame, l'expression des senlimens d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre obéissante servante^
« Comtesse de Lezenzki , grande-maîtresse de S. M. l'impératrice.
« Vienne, jeudi 15 mars. »
(( J'ai couru chez M. de Metternich pour le remercier du rapport qu'il m'a fait traduire et pour lui demander
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do nouvoniix (I('l;>i!s sur le inomcnl do noiro dôpnrl. 11 in'n rôprh"' qirAIcxniidio parliiail do Biiinn le 17 cri poslo, a('('()iiii)a;,Mu'' (riin coiniiiissairo de police; {[ik; de noIro ('(Mé il lallail nous inollro en roule après- demain ponitMre le IS à la fronlièie de Scluording, où noire ami arrivera le -20 : nous serons o])ligés d'y faire trois jours de quarantaine ù cause du choléra , qui est encore en Aulriche. Le prince m'a dit que Tempereur me recevrait demain i\ div heures et m'a priée de venir lui faire mes adieux à l'issue de cette audience.
« /'cndrciU IG mars. — Je mo suis présentée ce malin chez rempcreur, qui no recevait que moi.
« J'ai traversé la salle du trône , le cabinet où déjà j'avais été reçue , puis j'ai été priée d'attendre dans une vaste antichambre loule garnie d'armoires de noyer dans lesquelles des valets de chambre rangeaient des tasses en l)orcelainc blanche unie qui paraissaient avoir servi au déjeuner de Sa Majesté, que j'entendais parler très-haut en allemand dans la pièce contiguë.
« Après un quart d'heure d'attente, on me fit entrer dans un salon , le plus simple qu'on puisse imaginer. L'empereur était seul , velu d'un habit et d'un pantalon bleus, sans aucun ordre. Il me parla longuement avec beaucoup débouté de mon départ, de mon attente à SchaM'ding, en me recommandant les soins qu'exigeait la santé du prisonnier : il fallait le laisser peu manger, parce que son estomac était fatigué, l'habituer graduellement au grand air
« J'assurai Sa Majesté que j'avais observé religieusement les ordres qu'elle m'avait prescrits , puis j'ajoutai : u Je ne connaissais que deux personnes à Vienne et j'ai dit, sire, à toutes deux que je partais le cœur navré parce que Votre IMajestc m'avait refusé la grâce de mon frère. — C'est bien, fort bien , je suis trés-conlcnt. —
d'un PRISONMKK D'iVl'AT. T)! 1
Avant (Icprondro conp;A de Vulrc INrnjcsIô, je dois lui (lenuuidor pardon (raviincc de loul ce qui rclciilira l)ionlùt dans les journaux de Fiance à noire arrivre- je la supplie de croire ([ue ce sera nialj;ré nous , à noire insu,
el si Aolre ÎMajeslé , en les lisant — Moi ! ah! je ne
lis pas tout cela »
«El il riait de loul son cœur.
« Je lui ex[)rirnai ma vive reconnaissance \ j'espère l'avoir fait avec racceul qui vient de TAme.
(( I/enipereur me congédia en disant : « Adieu, madame, soyez lieurcusc, » cl il accompagna ces mots d'un profond salut.
(( Ariicure fixée pour]mon audience, je me suis rendue chez l'impéralrice : elle loge au second ; son escalier est le môme que celui de l'empereur. Lu garde hongrois se tenait à l'enlrée des apparlemcns et me fit signes que je pouvais entrer. Je traversai deux salons cntiùrement déserts, ornés avec goût , délicieusement meublés: ce n'était plus cette simplicité bourgeoise qui régne chez l'empereur, mais uneélégance bien entendue. En entrant dans un troisième salon , j'aperçus enfin une créature
vivante c'était un chambellan qui, l'épée au côté,
le chapeau sous le bras , m'indiqua un canapé en me disant en français avanl que je lui eusse adressé la parole : « Veuillez vous asseoir, madame »
« Puis il ouvrit en même temps une porlc et me dit aussitôt ; h Donnez-vous la peine d'entrer. »
a Je crus que j'allais le suivre et traverser au moins une galerie avant d'arriver chez l'impératrice... Biais r-omment exprimer ma surprise lorsqueje la vis ellemême debout au milieu du salon , sa grande-maîtresse à quelques pas derrière... Elle était en costume de soirée : une toque de velours rouge ornée de plumes blanches, une robe de salin blanc brochée garnie de blondes , le
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COU cl los Liiis nus , des perles el des dininans Je
m'avançai vers elle cl je la saluai avec le plus profond rcspeel.
« I/in)i)éia(iire me pi il la main en disanl dune voix douce (jui allail au cœur : « Je suis bien aise de vous voir, madame... Je sais que ma cousine a pour vous la plus (endre amilié 5 elle me mande que vous Oies iiilimement liées, et je suis doublement heureuse de vous voir dans une circonstance où vous devez éprouver tant de bonheur ! »
« Je lui parlai de ma reconnaissance pour l'empereur. . . 1/impéralricc me serra la main en médisant : « N'esl-ce pas, comme il est boni... » Et son accent exprimait une profonde tendresse pour son mari. Elle me demanda beaucoup de détails sur la princesse de AVagram , ses enfans : « Lina est-elle heureuse dans son mari? El celle petite Anna, si délicieusement jolie, a-t-ellc tenu tout ce qu'elle promettait ? »
« L'impératrice m'adressa ensuite des questions pleines d'intérêt sur ma famille, sur mon retour en France, et se retournant vers sa grande-maîtresse, elle lui dit combien j'allais élre heureuse dans peu de jours en retrouvant mon prisonnier... La bonne dame leva les mains et les yeux au ciel sans prononcer une parole... L'impératrice ajouta : « La pauvre comtesse Confalonieri n'a pas clé appelée au môme bonheur que vous!... J'avais beaucoup d'amitié pour elle , et je l'ai bien plainte et vivement regrellée... — Ah! madame! combien elle sentait profondément tout ce qu'elle devait à voire Majesté... w
« Et voyant une empreinte de tristesse se répandre sur ses traits , je n'osai lui parler de l'admirable bonté dont elle donna tant de preuves il y a neuf ans.
« L'impératrice n'est point jolie, elle aquaranle-deux ans, mais elle a une physionomie de sensibilité et de dou-
d'un prisonniur n'iViAT. 5lâ
cour si adorable qu'on so sont disposé h la Iroiivor hcllo. Je l'ai (jiiillcc après viiigl minulcs do convcrsalioi) , li; cœur pi'iiùlré de son afToclueusc rùccplion cl Irislo en inOmc lomps de la pensée que Je ne la reverrais jamais.
«En prenant contre du prince de jMellernich , je n'ai pu retenir mes larmes en lui disant adieu, lanl je lui ai voué attachi ment el reconnaissance. Nous avons lon;^Miemenl causé , il m'a répété plusieurs fois : « Dans Tintérél des prisonniers qui restent à Spiclbcrg, empêchez les journaux de France cl la tribune de s'occuper d'eux ^ point de démarches surtout pour Confalonieri , car on le ferait rester dix ans de plus , par la seule raison que l'empereur ne souffre pas qu'on se mélc de ce qui se passe chez lui. Dites à la reine Amélie que l'empereur, malgré tout son désir de lui prouver son amitié , ne pouvait dans celle circonstance céder ([u'à une démarche de famille; cl à vous-même, madame, dites-vous, pour votre consolation , que l'estime que nous a inspirée voire caractère constammcnl vrai a élé pour beaucoup dans le succès que vous avez obtenu... 11 m'est doux de penser que j'ai pu y contribuer... — Ne serai-jcplus appelée, monseigneur, au bonheur de vous revoir en France? — Je ne pense pas que j'y relourne désormais... Je n'irai qu'au Johannisbcrg quand je pourrai èlre libre de prendre un peu de repos ; mais que je vous revoie ou non, dites-vous bien, madame, dans tout le cours de voire vie, que vous avez en moi un ami véritable ; que loul ce que vous pourrez me demander vous sera loujour accordé si la chose csl en mon pouvoir... »
« Puis il me dit adieu avec les yeux pleins de larmes , sans doule parce qu'il reconnaissait l'accenl do la vérité dans loul ce que je lui exprimais... Pour moi, je pleurais bien fort en regagnant ma voiture, en me disant que je ne reverrais plus celui qui fut si bon pour moi i
51 4 MKIVIOIIIES
« .\c suis rolournéo ce soir clioz le i)iinco pour doinnii- (l('r!">un sociéliiire nos passe-poils !('}:;aliscs , ainsi qiril avait rU"' l'onvi'iiii. Pcndanl ce lonips M. do 3fcltcrnich les envoyait cliez moi sous enveloppenyec l'adresse écrite de sa main. J'aime i\ me rapi)eler toutes ces preuves de sa bonté , ù me dire qu'un ami tendre et dévoué ne pouvait pousser plus loin les soins aimnl)les cl eu)i>ressés,
(( Notre andjassadeur et sai'euune nf ont priée de leur écrire aussitôt que nous aurions vu inon frère.
« Je suis effrayé de ce moment, m'a dit le maréchal , j'en soulTrc d'avance pour vous , car ce ne sera pas du bonheur... »
« Je suis restée surprise et touchée qu'un homme de guerre piil éprouver une telle délicatesse de sentimcns cl je l'en ai remercié avec effusion.
li Schœrding , dimanche IS mars. — C'est donc ici qu'il nous sera rendu !... ici que nous le reverrons dans deux jours... J'ose à peine croire à tant de bonheur!...
« Nous avons quitté Tienne hier malin à neuf heures. En me Irouvanl dans celte calèche , en voyant cette place qu'il occupera bicnlôt , je me suis mise à fondre en larmes!... Mon bon cousin m'a comprise , nous nous sommes serré la main sans pouvoir parler. Après une heure de repos à Moëlk, nous nous sommes remis en roule pour marcher toute la nuit, car nous voulions être à Sclucrding longtemps avant lui. A huit heures , ce malin, nous étions à I/mtz, à quarante lieues de Yiennc , dans celle même ville où l'empereur, en 1829, refusa la grâce d'Alexandre au prince de Laval.
« Nous avons passé une demi-heure dans un bel hôtel , où nous nous fîmes servir à déjeuner tandis qu'on mcttaitles chevaux ; l'appartement où nous étions m'inspira tout à coup une sorte d'intérêt parla pensée que pcut-ôtrc le lendemain notre ami s'y arrêterait aussi
d'un FIUSONNIKII DIKTAT. 515
Kt, lonl occiipco (U; colle idi-e aussi vagun qno rnpide , je vis sur une conunode un encrier cl un grand cahier de papier... Je ne sais quel inslincl me fit prendre la [)lume cl j'écrivis sur le haut de la leuille : « Noi l'aapcltiamoà Sch(vr<lin(j coW anima colmata di r/ioja. P. A. ( Nous Tallendons à SchœrdinglWine coinblùe de joie).»
« Mon ami , dis-je •\ mon cousin , qui sait si demain noire cnl'ant ne passera point ici ? qui sait s'il ne jellera pas les yeux sur ce papier ?... Écrivez aussi cl laissons ce cahier à la place où nous l'avons trouvé... »
« 11 prit la plume sans me ré|)ondre et écrivit au-dessous de moi : « SI , &i, t'aspeltiamo. B. ( Oui, oui, nous l'attendons). »
<( En quillant l'auberge nous dîmes au domestique qui nous avait suivis que deux messieurs, dont l'un était Français, s'arrêteraient le lendemain i\ cet hôtel et qu'il devait les assurer de noire bomiesanlé. A six heures nous étions ù Schœrding, dernière ville frontière, si l'on jjcut toutefois lui donner ce nom. Nous sommes logés à la poste , tenant de si près à la porte de la ville que de mon balcon je plane sous la voûte de manière à ce que rien ne saurait y passer inaperçu ; ainsi c'est de là que nous devons le voir arriver !... A peine étions-nous descendus de voiture que mon cousin est allé chez le commissaire de police pour fixer le moment où commencera notre quarantaine.
« J'occupe un appartement vaste dans lequel est le portrait de l'empereur en pied, de grandeur naturelle.
« Lundi 19 mars. — Cette journée nous semble éternelle I Ce n'est que pour demain que son arrivée nous est promise; mais qui sait s'il ne pourra pas hâter ce moment si désiré.f^... Dans celte altente, nous ne respirons ni le jour ni la nuit... et malgré la pluie, qui n'a cessé de tomber par (orrons, je n'ai \)w m'arrachcr du balcon.
510 MKMOinr.s
« Afercrali 20 mars! Jour d'éternel h(mheur, il nom est rendu!... — iMoii IJicu , je vous tciiicicic do m'a- Yoir choisie pour cMie riiisliuinoiil de voire providence et rendre ix Texislenco un Olrc si bon , si inallieureuvl
(( Au poinl du jour j'élais sur le balcon après avoir demande l'i Dieu ft)rce et courage |)our lous, carjelrenibluis (jue l'excès des émotions ne fît bien mal à mon pauvre
ressuscité! La seule vue des voilures nous indiquait
que ce ne pouvait être la sienne Knfin vers deux
heure,-., une calèche en poste a paru J'ai appelé mon
cousin, pt)uvaiil à [)eine m'exprimer « O mon ami !
voyez donc, un homme d'une haute stature descend'dc
la calèche avec une extrême dillicullé C'e.^l lui, j'en
suis sûre Alexandrel réponds-moi »
« Une figure pâle, livide se retourna cl leva les yeux vers moi en entendant ma voix.
« Je ne pus retenir un cri de douleur! « Grand
Dieu, c'est lui, mais qui pourrait le reconnaître »
(i El je tombai sur un siège sans pouvoir trouver ni forces ni paroles!
« IMon cousin s'était élancé sur l'escalier... avant que j'eusse pu essayer de me tenir debout. Il parut traînant, soutenant notre malheureux ami, qui se jeta dans mes bras abîmé dans ses larmes et répétant seulement à Iravers ses sanglots : « Fieux vieux mort là sans
vous! ))
« 11 est des momens dans la vie qui laissent un souvenir solennel, ineffaçable, qu'il est impossible de retracer Je ne l'essaierai pas.
<( Nos pleurs, nos mots entrecoupés, les témoignages de sa reconnaissance, l'excès de son émotion à chacune de nos paroles, tout cela peut se comprendre, mais qui l'a éprouvé ne saurait vouloir rexprimcr!
d'un prisonnif.r d'ktat. 517
« Phis iWuw liciiro 8\'sl (''coiik'c sans qiio nous pussions iclioiivcr un pou de calnie INous ('lions dans
rapparlenicnl de mon cousin, jo me relirai un instant dans le mien afin de me soula;;er i)ar d'abondanles larmes... Non , rien ne m'avait [)réparée à le revoir mourant, présentant l'aspect d'un vieillard par la courlun-e de sa taille, pr.r son leint cadavéreux... Pauvre Alexandre! que de soulTiances pour arriverai!... Celte pensée briserait le cœur le plus indilTéreul!
(( Quand je revins i^rès de lui, je vis un éclair de joie animer ses yeux morls en me regardant d'assez près pour
distinguer mes traits « Pauvre sœur, approche-toi,
car ma vue est si faible... Ilélas! le vcnl de l'adversilé a passé sur les cheveux et les a blanchis, mais lu n'es pas aussi changée que je le croyais en pensant à toutes les larmes que je l'ai coûtées... Et mon pauvre pérc... Ah! mon Dieu!
« Son frère, sa nièce, Thérèse Confalonieri devinrent
l'objet de ses pressantes questions A ce dernier nom,
je fis un effort pour lui cacher la vérilé « C'est un
ange, lui dis-je... nous parlerons d'elle plus lard. Et son malheureux Frédéric ? — Ah! mes amis, ma sœur, si
vous me voyez encore, c'est ù lui que vous le devez
11 a été mon sauveur, ma Providence cl je l'ai laissé
seul, abandonné à toutes ses souffrances, sans nulle consolalion! Son souvenir ne me quille pas , 11 empoisonne jusqu'à l'ineffable bonheur de vous retrouver. »
« Le commissaire de police Prohasko avait respecté les premières heures de notre réunion , il ne vint nous rejoindre qu'au moment où le dîner fut servi , et quoiqu'il dût être élranger à toutes nos émotions, ce fulinu lilcment que lui aussi essaya d'y faire honneur. J'éprouvai alors le désir de proposer la san'é de Sa Majesté auliichionne, niais retenue par la crainte de causer une
M 8 MKMOIUKS
impression péniblo nn pauvre délivn'; nu de voir sa physionomie s'iillérer, e;ir il avait tressailli en re(;onnaissaiit
le porlrail de l'empereur, J'Iiésilais j liésilais eneoro
lorsqu'il proi)osa lui-nu^mc celte santé Prohasko ne
put retenir une exclamation de joie : c'est un bon, excellent homme, qui n'a pas cessé d'avoir les plus grands soins d'vMexandre depuis quatre jours qu'il est sous sa garde. Il nous a quittés pour aller chercher le commissaire de police de Schairding afin de régler avec lui tout ce qui est relatif au prisonnier et à notre dépari, fixé par faveur spéciale à demain midi malgré la quarantaine. ((Je te remercie, dis-jc à mon frérc, d'avoir prévenu mes désirs en portant la santé de l'empereur -, je n'osais te le proposer... — Je serais bien à plaindre, mes amis, si la haine ou la vengeance avait pris place dans mon
cœur I Cependant je dois convenir que le souvenir de
Frédéric et de mes autres compagnons a été mon seul mobile; un grand devoir m'est imposé : éviter tout ce qui peut me mettre en évidence, tout ce qui serait de nature à irriter l'Autriche, doit être la régie constante de mes actions aussi longtemps que mes amis gémiront à Spielberg. Quelques jouissances d'amour-propre pourront y être sacrifiées en rentrant dans ma pairie, mais qu'est-ce que cela auprès du devoir sacré que je veux religieusement accomi)lir.^ »
<( Cependant nous étions avides d'apprendre de notre ami le récit de toutes les sensations dont son cœur avait dû être assailli en apprenant sa délivrance. Déjà, dans les premières heures de noire réunion, il avait essayé h plusieurs reprises, mais sans ordre, sans pouvoir y mettre de suite, de nous dire tout ce qu'il éprouva au moment où, le soir du 13 mars, il fut séparé de Confalonicri 5 ce qu'il ressentit de joie, de bonheur en apprenant que c'était à nous qu'il devait sa liberté puis son émotion en
1)'(JN l'ItlSOiNNII'.K l)'l TAT. 519
rocovniil ma Ici lie, en la lisniil dans les prisons de la iio-
lice à niiiiui
u Devenu plus ciline, il pnl salisfairo noiro impalienre, cl se niellanl eiilre nons deux snr un canapé, cliacnnc do ses mains dans les noires, il poursuivit ainsi. »
« Lorsque le geôlier, fidèle cxéculour des ordres de son chef, rirent enlevé la lumière, j'é|)rouvai une vive peine de ne plus pouvoir relire ma leltrc... 11 me semblait que toutes mes joies allaient s'évanouir en rentrant dans robscurilé ; on nfavait fait un lit, mais des heures se passèrent encore avant que je songeasse à m'y reposer,
et puis, vous le dirai-je? j'avais peur par momcns
que tout ce qui venait de se passer ne fût qu'un songe... Je me répétais ù haute voix ce que le directeur de la police m'avait dit, je pressais ma lettre dans mes deux mains pour me convaincre que tout était bien vrai , que c'était à vous, ô mes amis^ que je devais celte liberté, à laquelle, sans votre dévouement, j'eusse attaché si peu de prix.
« Longtemps je marchai dans la prison Habitué
au bruit de mes chaînes, je m'arrêtais souvent, surpris
de ne pas les entendre je les cherchais et me mettais
ensuite à faire de grands pas pour m'assurer que mes jambes étaient libres.
« Plus tard je voulus me coucher, mais je ne pus dormir : de quart d'heure en quart d'heure j'écoutais sonner les horloges de la ville en me disant: «Qu'il y a loin, mon Dieu, jusqu'au jour! » Puis ma pensée se reportait sur Spielberg, sur mon malheureux Frédéric, dont le réveil serait si triste!... Et mon cœur se serrait!... Alors je revenais sur tout ce que nous avions souffert ensemblcj
DUN PKlSOiXMKK DI.TVT. :)21