‹ Memoires d'un prisonnier d'étatChapitre 4 sur 31 · ii,M()ii!i:s · texte numérisé non relu

ii,M()ii!i:s

« PiTiianl son innl en palioticc , nolro pliilosoplic, rôsifîiK' pîMlbis cl souYcnl iini)assil)lo, cliciclie dans ses

livres les eonsolalions cl la palioncc IVIais ses livres,

(oui profoiids, (ont niclaj)liysi(iuus qu'ils soient, ne satiraieiil inspirer une constance, une abnégation h lonle épreuve, et celui dont les discours sont à chaque instant ornés des sentences de Zenon et d'l'>pietè(e, celui qui professe et commente les sysièmes des stoïciens succombe bien souvent sous le poids du découragement-, tandis que le pieux et simple don ]\Iarco, dont toute la science se réduit à TEvangile, sans analyser ni la pensée, ni l'Ame, ni la douleur, supporte avec une angéliquc résignation les peines du présent cl trouve dans sa confiance en Dieu la force d'envisager celles de l'avenir L'éruditc incrédulité du philosophe rend alors les armes à la candide foi du ministre de TÉvangile. Du reste, ces deu\ hommes, si dilTérens de caractère et de principes, vivent dans la meilleure intelligence, grûce à la tolérance et h l'inallérablo charité de notre don Marco.

« Les deux derniers prisonniers de la colonie vénitienne se nomment Forcsti cl lîacchiega : le premier élait juge dans les environs de îlovigo, le second est un ancien oHicier de Tarmée italienne; tous deux, jeunes encore et doués d'une grande énergie, soutiennent avec vigueur les soulTrances de la prison.

« Foresti, dont les talens et le caractère auraient fait honneur à Tltalie si nous eussions été libres, était destiné sous le vice-roi Eugène à parcourir une brillante carrière dans la magistrature; mais, ennemi de l'étranger, il 80 fit carbonaro en 1815 et fut arrêté comme tel en 1818. Soumis pendant le procès à de cruelles épreuves par Salvotti et par un conseiller aulique envoyé expressément par l'empereur au moment des sentences, il montra une fermeté admiiable , et l'on peut afiirmer que la

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caplivilé, qiiel(|uc longue cl douloureuse qu elle puisse ôlre pour lui , néleindra jamais dans son cœur son amour pour rindépendance de l'ilalie.

« Barcliiesa esl un brave soldat qui avail {la^né ses grades sur le champ de balaillc. Dévoué à la cause nalionale, il préféra renoncer au métier des armes que d(î servir sous les Autrichiens. Compromis et arrêté à la même époque que Foresti, il n'a jamais cessé de donner des preuves, soit durant le procès, soit depuis noire arrivée à Spielberg , d'un courage cl d'une indépendance de caraclère que rien ne saurait altérer. Tels sont tous les condamnés du procès dc^^enise qui furent envoyés à Spielberg, à l'exception d'un seul dont tu connais la déplorable fin, de ce tant aimé Oroboni , mort victime d'une captivité qui tôt ou tard doit nous conduire tous au tombeau si elle se prolonge seulement quelques années encore! Mais qu'il soit fait ainsi que Dieu le veut!

puisse-t-il nous accorder la grâce de mourir aussi sain- Icment que l'infortuné Oroboni I «

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Le plan déludes que je suivais avec lanl de mélhode et de persévérance, les profonds enlreliens que j'avais chaque jour avec Coiifalonieri, les conversations ^nura/es avec nos voisins de gauche, Borsieri et Caslillia^ la correspondance toujours plus amicale, plus active avec Pcllico et .Alaroncelii, remplissaient tellement mes journées (pic le prinlemps s'était écoulé rapidement.

Tout entier à cette vie intellectuelle où Fesprit et le cœur j^agnaient en lumières el en bonté, j'oubliais cnliélement le malaise de la prison et j'aurais été tranquille, heureux peut-être, sans la tristesse profonde de mon pauvre Frédéric et les nouvelles souffrances qui commençaient à lassaillir. Délivré de ses crises nerveuses, qui ne se montraient désormais que de loin en loin, il fut bientôt sujet à des palpitations de cœur, à des douleurs arthritiques qui, le forçant à rester des jours entiers sur son grabat, le privaient du seul soulagement qu'il pût trouver i\ Spielbcrg, celui de prendre lair sur la plate-forme.

Que je soutTrais, hélas! de sa douleur, el que j'aurais voulu lui donner cette faculté si précieuse pour le prisonnier de vivre par la pensée dans un monde imaginaire ou de prendre intérêt à des questions purement spéculatives ! iMais son esprit était ainsi qu'il lui fallait pour s'occuper avec vigueur el satisfaction une sphère

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d'aclion où les résultais fussent immédials el posilils : liouuïic (l'application [ilulùl cpuî de théorie, il ne pouvait 80 voir réduit aux rêveries du cachot sans en éprouver ce mal de regrets el de langueur (|ui consunio cl qui tue tout cire ipie Dieu a doué dun foyer brùlanl d'aclivilù cl (jue les hommes ou les circonstances réduisenl à la plus complète inaction. Confalonieri élail donc le plus à plaindre de tous les prisonniers de Spiclberg, parce qu'il n'altendait rien de lavenir et cpril ne pouvait connue nous s'cdonner avec goùl et conviction à des éludes, à des compositions lilléraircs, dont l'importance, à nos yeux, élail chimérique sans doute, mais qui sulTisaient pour alléger nos chaînes el jeter une bienfaisante et lumineuse lueur sur le sonibre ciel de notre destinée.

l^es jours en se suivant n'apportaient rien, il est vrai , qui put changer l'uniformité de noire existence; mais cette monotonie avait des charmes, parce qu'elle contrastait avec la vie d'anxiété que nous avions menée quelques mois auparavant et qu'elle nous faisait espérer que nous n'aurions à redouter désormais aucune persécution nouvelle : le malheureux a déjà tant gagné quand il croit n'avoir plus rien à lire dans le livre de ses adversités I

Tonnelli, que nous avions laissé malade à Milan, nous trouva donc bien armés de patience et bien résignés à notre sort à son arrivée à Spielberg , quatre mois aprè.5 nous. « ]N''as-tu pas entendu quelque bruit dans la prison de droite? dis-je un jour à Confalonieri. Serait-ce quelque nouveau détenu ou l'un des nôtres qu'on aurait transporté là? Voyons, essayons. »

Et je frappai au mur le signal d'usage. D'abord on no répondit pas ; seulement après quelques minutes j'entendis un coup, puis un autre et enfin un troisième... mais tout cela si lentement qu'il y avait de quoi faire perdre la patience, même à des prisonniers: enfin nous sûmes que

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