‹ Memoires d'un prisonnier d'étatChapitre 7 sur 31 · VIIJ · texte numérisé non relu

VIIJ

\jO voyage de rcinpciour à ]MiIan , que nous avions a|>|)ii8 par don PaoloNvilz, avail fuil naîlre bien des espérances parmi les parens et les amis des rnallieureux condamnés de Sjjiolberj; et de Laybach. Chacu.i d'eux en etlel, en apprenant (|ue le souverain se decidaii enfin à visiter la ville où tant de l'amilles étaient en deuil, s'était dit : «S'il vient, c'est pour accorder des grâces... » et cette heureuse nouvelle, volant en Italie de bouche en bouche, répandit partout la confiance et la joie. L'on était dans l'attente d'une amnistie dont l'espoir arriva jusqu'en France.

IMon père, trop malade pour quitter Paris et dans un état trop grave pour que mon frère put l'abandonner, se confia à ma sœur du soin de tout tenter pour lui rendre son fils et aller à i\lilan implorer l'empereur lui-même... « Partez, ma fille, lui dit-il, faites tout pour rendre à la vie notre malheureux enfant, que je reverrai bientôt, que je presserai sur mon cœur après lavoir tant pleuré!... »

Elle partit donc , ma pauvre sœur, et, l'âme remplie d'heureux présages, elle commençait ainsi la louchante relation de ce nouveau voyage.

<i f^illeneitve-lc-Iioi , 28 avril 182.'). — Puisse Dieu bénir le voyage que j'entreprends aujourd'hui par Tordre d'un père malheureux , qui me confie le soin d'aller à 31ilan pour implorer de l'empereur la grâce de notre prisonnier!... Noble et sainte mission, dont je me

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rcndiai di^nc! .le pars avec ma (îlh; cl nulic cliorc Joséphine, (pii vciil ceUo fois encore partager loiiles mes falifïues -, un domestique inlellijienl me donne (oiile Iranquillitc sur les périls d'une Ion;j;uc roule, cl je meioiytiu avec le cœur plein d'espérance I....

« J'avais le cœur plein de larmes en embrassant ce malin mon mari el mon bcau-i)érc , on leur disanl que je ferais foui pour répondre à la conliance (juils placenl en moi... Les chevaux sonl ai rivés, el je me suis liAléo de monter en voilure i)0ur abréger des adieux (roj) pénibles. Le postillon a passé prés des lours Aolre-Damc

au moment où le soleil ks éclairait Il me sembla

qu'il en sortail un rayon qui devait m'éclairer et me guider pendant mon long voyage !... « Yois-lu, ma fille? ai-je dil à ma Louise en lui monlranl la cathédrale... — Oui, maman... c'est là que le bon archevêque prie pour nous... Mon oncle nous sera rendu! »

« Génère , 1" mai. — C'est du fond du cœur que j'ai rendu grâce à Dieu en apercevant celle ville et que je l'ai saluée comme ayant élé le lieu où mon pauvre frère a commencé une existence si nouvelle et si digne d'estime que l'excès même de son malheur ne laisse rien aux regrels du i)assé.

« Après avoir Ionglen)ps parcouru la ville el ses promenades , nous nous Irouvàiues dans une rue dont le nom me frappa : celait celle où mon frère a demeuré trois ans chez une marchaîide de peliles poteries el de gâteaux, une dame3ielion, de laquelle il a élé comblé de soins. Je vis bientôt la modeste boutique, où nous entrâmes en demandant des pâtisseries , cl tandis que la bonne femme s'apprêtait à nous servir , je lui dis : « ]N'cst-ce pas vous, madame, {\n\ avez logé un jeune Français? »

« J'avais à peine aciiesé ces mois que M'""^ Mellon,

IIS !MK.M(HI«i:S

loiiihiiil on laiincs cl joi^nnnl les mains , sécria : <( IJon ])ieiii riiiKlainc , pourrii'z-vous me donner de ses nouvelles :' — Kli ! oui, sans doiile... — Ah ! chère dame, je devine (jiie vous èles sa sœur »

(( ]]l sur ma réponse allirmative, elle ajoula aussitôt : « l^aissez-moi vous conduire dans la chambre où cet e\celleiil jeune hommea demeuré si longlemi)s... d

(( 31""^ iMellon marchait en avant el nous lil mouler un escalier si obscur cl si ciroil que nous ne pouvions croire (piil menait à un apparlemenl. .loséphine sanglolail cl me dit i^ voix basse : «Pauvre Alexandre! Ah! si mon père voyait cela! »

« Nous entrâmes enfin dans une chimbre propre . mais si modeste en tous points que Je nepus nrempécher de m'écrier : « Commenl! c'était ici !... »

« 01""' Mellon nous fit asseoir, el Ionien pleurant bien fort elle nous dit : « Pauvre jeun(^ homme! c'est là qu'il travaillait douze et quatorze heures par jour!... se refusant tout! Une conduite si exemplaire, tant de bonté!... Ah! pourcpioi ne suis-je qu'une pauvre fen)me! Que je voudrais être une grande dame bien spirituelle, afin d'aller prier [JOur lui cet empereur d'Autriche!... — J'y vais , ma bonne madame ^letton »

« Alors il me fallut recevoir une foule de Ijénédiclions et promettre (|u'au retour, à mon passage à (lenève , je viendrais lui donner des nouvelles de mon voyage.

(( Siniplon, vendredi 6 mai. — Nous sommes p'arvenus à la chute du jour sur la cime du Simplon, l'une des plus hautes montagnes des Alpes et l'une des plus admirables : on a peine à comprendre comment le génie des hommes a pu se frayer un passage au milieu de ces rochers qui se perdent dans les nuages. Combien la vue de ces bouleversemens de la nature élève l'àme et les pensées vers Dieu!.. Ou'il v a de bonheur à se mettre sous

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sa divino prolcdion \Hn\r ne rirn craiiKlrc et tout ('Aprrer l»)is(iiic la viK? d'uni' iialme pleine de sa (oule-puissaiirc; vous révèl(î ù (.•liaqiic iiislani {\\\\\ esl tout el (}iic vous ii'ùlos lion sans luil

« jMllan, dimanche 8 mai. — Nous sommes à la (in de noire longue roule, el je nie demande si ce n'esl poinl un songe I (^)ui m'eût dit que je serais revenue dans ce lieu lémoin de lanl de larmes, de lanl de soudrancesl... Nous avons couché à huit lieues de I\lilan , el ce matin nous nous sommes arrêtées dans un beau village pour y entendre la messe... J'y suis restée saisie el i)énélréc en lisant l'Évangile du jour: « Tout ce que vous demanderez dans la prière vous sera accordé... » Avec quelle confiance mon cœur a recueilli ces précieuses paroles!... arrivée au terme de mon voyage, ne semblent-elles pas m'annoncer que Dieu le bénira!

(( Mardi 10 7nai. — Je suis allée ce matin faire une visite à notre ambassadeur , IM. de Caraman , toujours admirablement bon pour moi , et à M. le comte Paclha. J'ai été introduite dans ce petit salon que je ne connais que trop! je me suis assise sur le même canapé où j'ai appris la condanmation de mon pauvre frère et la commutation de sa peine de mort!... Que d'émotions déchirantes éprouvées là!... Mon cœur se les rappelait toutes, cl pourtant il n'a laissé échapper ni plaintes ni

murmures ! Que la volonté de Dieu s'accomplisse en

tous points !

« IM. Pactha m'a reçue avec celle bonté, cet intérêt auquel il ui'a si bien accoutumée ; il m'a donné loule l'assurance de la bonne santé d'Alexandre, a fort approuvé mon voyage en me laissant entrevoir quelque espoir de succès.

« Je suis allée ensuite chez le gouverneur militaire de la Lombardie, le général comte Bubna, que je ne con-

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