I. Moniteur Am 29 février
depuis 1830, soigneusem(3nt appliqués, sous les auspices de l'épiscopat, à placer l'apologie et la polémique religieuses en dehors des affections dynastiques, substituant à l'alliance du trône et de l'autel le rapprochement de l'Eglise et de la liberté. Ils avaient pleinement réussi, ils avaient fait d'incontestables conquêtes dans cette voie, lorsque leurs efforts reçurent un encouragement, on pourrait dire un couronnement inattendu par l'avènement de Pie IX.
Le Souverain Pontife, élu en 1846, avait eu deux ans pour faire «aluer et bénir par l'Europe entière, sans en excepter Constantinople, ses intentions magnanimes. La popularité de son nom n'avait point d'égale, quand le contre-coup de la révolution de février se lit sentir à Rome, comme à Vienne, comme à Berlin ; mais, si la Révolution de Février fut fatale au règne de Pie IX, Pie IX, au contraire, rendit un grand service à la Révolution de Février. lU'affranchit de la vieille routine révolutionnaire. 11 lui apprit qu'on pouvait ouvrir son esprit à toutes les aspirations modernes en faisant le signe de la croix. Il suscita à l'Eglise des alliés, des défenseurs même, parmi ceux qui, quelques années auparavant, eussent proféré des blasphèmes ou des menaces.
A l'heure oii ces lignes sont écrites, on ne serait pas toujours cru sur paroles si l'on se contentait d'affirmer. Il faul citer des témoins et des témoignages authentiques.
Le mouvement du clergé fut empressé. L'archevêque de Paris, accompagné de deux grands vicaires, adressa, dès le 7 mars, à M. Dupont de l'Eure, pré-
sident du gouvernement provisoire, les paroles suivantes :
« Je ne viens pas faire une manifestation solennelle auprès de vous. Vous connaissez mes sentiments; je les ai exprimés dans des actes publics. Ce que je suis heureux de vous dire, c'est que vous pouvez être sûr du loyal concours de tout le clergé de Paris. Ce n'est pas ici une protestation dont je ne suis pas certain. J'ai vu, sur tous les points de mon diocèse, les ecclésiastiques manifester le désir le plus ardent de concourir à l'ordre public, autant que le permettront les fonctions dont ils sont chargés. »
M. Dupont (de l'Eure) répondit : « Le Gouvernement provisoire reçoit avec la plus vive satisfaction votre adhésion au gouvernement de la République française. La liberté et la religion sont deux sœurs également intéressées à bien vivre ensemble. Nous comptons sur votre concours et sur celui du clergé, comme vous pouvez compter sur les sentiments de bienveillance du gouvernement provisoire ^ »
Peu de jours après, M. Carnot, ministre de Finstruction pubhque et des cultes, adressait aux archevêques et évêques de France une circulaire qui se terminait ainsi : «...Ne laissez pas oublier aux prêtres de votre diocèse que, citoyens par la participation à tous les droits politiques, ils sont les enfants de la grande famille française et que, dans les assemblées électorales, sur les bancs de l'Assemblée nationale où la confiance de leurs concitoyens pourrait les appeler,
3 Moniteur du 8 mars iâ48.
ils n'ont qu'un seul intérêt à défendre, celui de la patrie, intimement lié à celui de la religion^. «
Le Nonce apostolique écrivait à M. de Lamartine, ministre des Affaires Etrangères :
« Monsieur le Ministre,
« J'ai l'honneur de vous accuser réception de la communication que vous venez de me faire, en date d'aujourd'hui, 27 février, et je m'empresserai de la transmettre à notre très saint Père le pape Pie IX.
« Je ne résiste pas au besoin de profiter de cette occasion pour vous exprimer la vive et profonde satisfaction que m'inspire le respect que le peuple de Paris a témoigné à la religion,, au milieu des grands événements qui viennent de s'accomplir. Je suis convaincu que le cœur paternel de Pie IX en sera profondément touché et que le père commun des fidèles appellera de tous ses vœux les bénédictions de Dieu sur la France.
« R., archevêque de INicée, N. A ^ »
Enfin le Souverain Pontife lui-même daignait écrire à M. de Montalembert :
«... Des événements considérables et imprévus ont changé la face de la France. Nous remercions vivement le Seigneur dans l'humilité de notre cœur de ce que, dans ce grand changement, aucune injure n'ait été faite à la religion ou à ses ministres. Nous nous complaisons dans la pensée que cette modération est