‹ Mémoires d'un RoyalisteChapitre 13 sur 59 · Msr Fornari, Moniteur du 29 féTiÀer · texte numérisé non relu

Msr Fornari, Moniteur du 29 féTiÀer

due en partie à votre éloquence et à celle des autres orateurs catholiques qui ont rendu notre nom cher à ce peuple généreux... (Rome, 16 mars 1848). »

\J Univers^ principal organe, à cette date, des catholiques et du clergé, V Univers, toujours excessif dans les causes diverses que successivement il adopte ou plutôt il embrasse, publiait, dès le 27 février, Tarticle suivant :

« Qui songe aujourd'hui en France à défendre la Monarchie? Qui peut y songer? La France croyait encore être monarchique, elle était déjà républicaine. Elle s'en étonnait hier, elle n'en est point surprise aujourd'hui. Revenue d'un premier mouvement de trouble, elle s'appliquera sagement, courageusement, invinciblement à se donner des institutions en rapport avec les doctrines qu'elle a depuis longtemps définitivement acceptées.

« La Monarchie succombe sous le poids de ses fautes ; personne n'a autant qu'elle travaillé à sa ruine. Immorale avec Louis XIV, scandaleuse avec Louis XV, despotique avec Napoléon, inintelligente jusqu'en 1830, astucieuse, pour ne rien dire de plus, jusqu'en 1848, elle a vu successivement décroître le nombre et l'énergie de ceux qui la croyaient encore nécessaire. Elle n'a plus aujourd'hui de partisans..... Nous ne croyons pas au droit inamissible des couronnes. La théologie gallicane a consacré exclusivement le droit divin des rois. Avant elle et plus haut qu'elle, la théologie catholique a proclamé le droit divin des peuples. 11 n'y a qu'une volonté qui doive être toujours plus respectée que la volonté de tous les hommes : ce n'est

pas la volonté d'un autre homme, c'est celle de Dieu.

« Si nous avions pu penser que le salut de l'Eglise fût attaché cà telle ou telle forme de gouvernement, le spectacle que la Monarchie nous donne, depuis un siècle et demi, dans le monde entier et la dernière épreuve que nous venons de faire en France, nous aurait détrompés...

« Qu'est-ce que l'Eglise a aimé dans la Monarchie? Un principe d'ordre. Qu'est-ce qu'elle a redouté dans la République avant l'encourageant spectacle que les États-Unis lui donnent et donnent au monde? Les lamentables souvenirs d'une anarchie qui fut pour elle la négation de toute liberté.

« Que la République française mette enfin l'Église en possession de cette liberté que partout les couronnes lui refusent ou cherchent à lui ravir, il n'y aura pas de meilleurs et de plus sincères républicains que les catholiques français.

« Parmi les principes sociaux qui viennent de triompher et qui vont se formuler en institutions, quels sont ceux que l'Église repousse *? »

A Paris, le mouvement se résuma dans un fait saisissant et vraiment solennel. Au plus fort de la lutte, sur le théâtre même de leurs triomphes, aux Tuileries, on vit les envahisseurs suspendre le pillage, s'arrêter sur le seuil de la chapelle, se découvrir et, obéissant à la voix d'un élève de l'École polytechnique, marcher silencieusement vers l'autel, en détacher le crucilix, retirer les vases sacrés du tabernacle et

l. Univers du 27 février 1848.

leur faire respectueusement cortège jusqu'à l'église de Sainl-Roch où ils les déposèrent entre les mains du clergé.

Le premier dimanche qui suivit la révolution, le P. Lacordaire apparut avec calme dans la chaire de INotre-Dame, revêtu du froc de Saint-Dominique, comme si rien ne fût survenu la veille, et ce qu'il eut à réprimer dans le cours de la conférence, ce ne fut pas des murmures, ce fut des applaudissements. La justice et la reconnaissance parlaient donc par sa bouche, lorsqu'il fit entendre ces mots :

« Nous assistons, messieurs, à une de ces heures où Dieu se découvre. Hier, il a passé dans nos murs et toute la terre l'a vu. Pourrais-je donc me taire devant lui? Pourrais-je retenir sur mes lèvres tremblantes la prière de l'homme qui, un jour de sa vie, a vu son Dieu de plus près!

« 0 Dieu qui venez de frapper ces coups terribles, Dieu, le juge des rois et l'arbitre du monde, regardez dans une lumière propice ce vieux peuple français, le fils aîné de votre droite et de votre Église. Souvenezvous de ses services passés, de vos bénédictions premières; renouez avec lui l'antique alliance qui l'avait fait votre homme, appelez-en à son cœur qui fut si plein de vous et qui, tout à l'heure encore, dans les prémices d'une victoire où rien de royal ne fut épargné par lui, vous donnait des gages de l'empire qu'il n'accorde plus qu'à vous. 0 Dieu juste et saint! par cette croix de votre fils que leurs mains ont portée du palais profané des rois au palais sans tache de votre épouse, veillez sur nous, protégez-nous, éclairez-nous, prou-

vez au monde une fois de plus qu'un peuple qui vous respecte est un peuple sauvé ^ ! »

Dans les départements, l'adhésion se traduisit par des symptômes irrécusables. Le peuple allait chercher le prêtre pour bénir les arbres de la liberté, et au jour des élections, dans la plupart des communes, et sur tous les points du territoire, les électeurs appelaient le curé à leur tête ou dans leurs rangs pour marcher au scrutin.

« Cela nous a mal réussi ! » diront en commun les hommes, prêtres ou laïques, que ces citations contrarient.

Ils auront tort. Les royalistes y ont gagné de sortir en plus grand nombre d'une inaction qui, depuis 1830, enchaînait leur dévouement et pesait h leur patriotisme. Ils y ont gagné d'être vus de plus près, de faire apprécier plus équitablement leurs principes, leur loyauté et leurs talents, de se rapprocher d'anciens adversaires, devenus dès lors de fidèles alliés, d'agir ainsi sur les événements plus qu'ils ne l'avaient pu depuis bien des années^ de se retrouver en 1871 , en possession de l'estime publique et de recevoir, à cette époque, du suffrage universel, un nouveau mandat de confiance.

Les républicains y ont gagné de répudier les épouvantables traditions de leurs devanciers de 1793, de montrer, un instant, à la France, une république qui semblait pouvoir échapper au terrible dilemme posé par M. Thiers. Ils y gagnent encore aujourd'hui d'a-

l. Conférences de ISiolre-Vame, t. II, p. 486, 487,

voir survécu à l'insuccès des tentatives monarchiques et de rester, au gré de leur sagesse ou de leur folie, les maîtres de leur propre durée.

Tout le monde enfin y a gagné de défendre et de sauver en commun les principes fondamentaux de l'ordre social, et, à cette époque, cela passait pour quelque chose.

Dans sa jeunesse, Alexis de Tocqueville écrivait (24 juillet 1836) : « Ce qui m'a le plus frappé de tout temps dans mon pays, mais principalement depuis quelques années, c'a été de voir ranger d'un côté les hommes qui prisaient la moralité, la religion, l'ordre, et de l'autre ceux qui aimaient la liberté, l'égalité des hommes devant la loi. Ce spectacle m'a frappé comme le plus extraordinaire et le plus déplorablequiaitjamaispus'oifrirauxregardsd'unhomme; car toutes ces choses, que nous séparons ainsi, sont, j'en suis certain, unies indissolublement aux veux de Dieu.

« Dès lors j'ai cru apercevoir que l'une des plus belles entreprises de notre temps serait de montrer que toutes ces choses ne sont point incompatibles, qu'au contraire elles se tiennent par un lien nécessaire, de telle sorte que chacune d'elles s'-affaiblit en se séparant des autres... Si les hommes purs et honnêtes voulaient aimer la liberté, comme ils aiment la vertu, ces deux choses se réhabiliteraient Tune par l'autre, et nous serions sauvés*. »

« On n'a quelque chance de maîtriser les i^uvaises

ï Correspondaiice de Tocqueville, t. l*', p. 432.

passions du peuple qu'en partageant celles qui sont bonnes *. »

Dans son âge mûr, M. de Tocqueville a vu, durant quelques années, la réalisation de ses nobles vœux. Lui-même, comme il se le promettait, a pu prendre part à une expérience dont tous les fruits n'ont pas disparu. 11 en reste du moins un grand exemple; l'exemple de ce que la liberté gagnerait à demeurer chrétienne, l'exemple de ce que les catholiques gagnent à demeurer les amis de la liberté !

Nous ne pouvions rien sur la direction du pouvoir qui venait de se constituer à l'Hôtel de Ville; nous ne pouvions rien pour calmer ou pour éclairer les faubourgs de Paris dans lesquels on excitait, on entretenait une fermentation croissante. Ce qui nous importait désormais, c'était de savoir comment la nouvelle révolution serait accueillie dans les départements. Très naturellement, les départements de l'Ouest devinrent l'objet de ma première préoccupation.

Le parti légitimiste comptait de nombreux adhérents dans le Poitou, l'Anjou et la Bretagne. Quel usage ferait-on de ces forces ? Les légitimistes parlementaires protesteraient-ils par leur candidature ou par leur abstention? Les légitimistes qui recevaient leurs instructions du duc des Gars croiraient -ils le moment venu de déployer leur organisation militaire ? Il n*y avait pas un instant à perdre pour prendre un parti et donner un conseil. Une première

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