Moniteur du 21 juin
ASSEMBLÉE COiNSTITUANTE. 337
vigilance de F Assemblée. La séance du 20 juin ne leur laissait plus d'illusion; ils résolurent donc de nous gagner de vitesse, et peu s'en fallut qu'ils ne réussissent. Dans les journées du 21 et du 22 juin, la fermentation des ouvriers, déjà trop visible, fit explosion. Des délégués portèrent une sommation à la commission executive qui siégeait au Luxembourg. M. Marie tenta vainement de leur faire entendre raison ou du moins de leur faire prendre patience, et le 23 juin, à la pointe du jour, les barricades s'élevaient partout et les premiers coups de feu étaient tirés par l'insurrection.
Paris n'avait alors que deux forces défensives, la garde nationale, à peu près unanime comme l'Assemblée, et la garde mobile. La garde mobile était une création de février. Quelques-uns de ses bataillons avaient obéi, au 15 mai, à la voix du devoir, mais cette jeune milice, composée en majorité de Parisiens, avait été mise ce jour-là à une courte épreuve et son esprit restait fort douteux. L'armée de l'ordre avait donc grand besoin de se sentir appuyée par l'énergie de l'Assemblée, qu'on accusait déjà de lenteur et, quand notre commission se réunit dans la matinée du 23 juin, elle n'avait plus à délibérer que sur une seule question : attendrait-elle l'issue du combat déjà commencé pour se prononcer elle-même, ou bien donnerait-elle immédiatement à la garde nationale et à la garde mobile le gage de son ferme concours et le témoignage de sa propre solidarité à tous risques et périls? Deux membres seulement furent d'avis de l'expectative. L'un rendit son vote pu-
blic, en envoyant le 23 juin même, sa démission de membre de la commission des ateliers nationaux : ce fut M. Dupont de Bussac. Le second, M. de Montreuil, vola contre l'avis de la sr^ajorité, mais n'alla point au delà et resta parmi nous. Je n'avais plus dos lors qu'à résumer en peu de mots le vole de la commission. Je le fis à la hâte et, vers trois heures, je déposai mon rapport sur le bureau de l'Assemblée.
Quand j'entrai dans la salle, M. Sénard, qui présidait, avait déjà interrompu toute délibération pour donner les premiers bulletins de la lutte. M. Flocon, ministre du commerce, était à la tribune, et, prenant soin de constater qu'il parlait pour le dehors et non plus pour l'Assemblée elle-même, disait : « Dans ce moment-ci, on ne fait pas la guerre avec des soklats, mais avec des bruits mensongers qu'on répand sur les places publiques, avec l'or qui sert à acheter la pauvreté et à la tirer hors de cette abnégation vertueuse, dans laquelle elle attendait patiemment que nos efforts vinssent la secourir. Que tous les républicains entendent ceci, et que, lorsqu'ils voient un appel au désordre, ils sachent bien que cet appel n'a pour but, quel que soit le masque dont ils se couvrent, quelle que soit la couleur qu'ils prennent, quel que soit le drapeau qu'ils cachent — car ils n'en arborent pas — n'a en réalité qu'un but^ c'est celui du renversement de la république et le rétablissement du despotisme * ! »
Je montai à la tribune après M. Flocon, et, en