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« DilecteFili, salutcm et apostolicambenedictionem.
« Benevolo prorsus animo tuas litteras accepimus, octavo hujus mensis die datas, in quibus sensus recognovimus eximiae tuae erga Nos pietatis et observantiae. MuUîb nobis consolationi fuit delatutn libi istic gravissiinum officium, quod itate exerciturum conlidimus,
travaux. Nul doute pour Nous que vous ne met(iez surtout votre gloire à écarter, avec tout le zèle et toute l'habileté possibles, les obstacles qui s'opposent au bien. Nous prions Dieu qu'il Nous donne une occasion favorable pour que Nous puissions hâter notre arrivée en France, et, avec une ardeur toujours plus vive, Nous supplions ce Dieu très clément d'écarter les difficultés et d'apaiser les esprits, principalement pour que Nous puissions prendre des mesures contre les maux, plus grands de jour en jour, qui viennent fondre sur les peuples soumis à notre pouvoir temporel. L'esprit de soumission et de dévouement au Siège Apostolique, cet esprit admirable, si digne d'un chrétien que vous avez, cher fils, et qui vous est commun, à notre grande joie, avec un nombre considérable de Français, Nous pensons que ceux-là surtout se feront gloire de le posséder qui peuvent, plus que d'autres, s'opposer à ces maux. En témoignage de notre tendresse toute particulière pour vous. Nous vous donnons la bénédiction apostolique,
ut, et sanctissimae Religioni fnictus constet laborum tuorum, atque in hoc potissimum iaudem te quaerere non dubitamus, ut nihil ad removenda istic obstacula quîE honum prœpediunt, studii atque industriae praetermittas. Deum rogamiis ut nobis opportunitatem suppetat, qua nostrum in Galliam adventum maturare possimus, ac majori asque studio ab eodem clementissimo Domino suppliciter posciraus ut, remotis difficultatibus, animisque permulsis, malis providere imprimis valeamus, quse gruviora in dies subditi Ditioni nostrae temporali populi experiuntur. At mirificum et christiano homine dignissimum erga Apostolicam sedem obsequii ac devotionis stadium quod tibi, Dilecte Fili, cum ingenti gallicante istius nationis numéro commune esse la^tamur, et viros sibi prœcipue vindicaturos istic existimamus qui prse aliis valent malis ipsis occurrere. Prsecipuam erga te caritatem uostram Apostolicà confirmamus
440 CHAPITRE DOUZIÈME (l849).
qui sera pour vous le gage de la protection céleste et que Nous vous accordons, cher fils, avec toute l'afTeclion de notre cœur paternel.
« Donné à Gaëte, le 25 janvier de l'an 1849.
« De notre Pontificat, le troisième.
« Pie IX, pape. »
On devine aisément que tous ceux qui m'avaient fait l'honneur de me prendre pour collaborateur n'étaient pas sur la question romaine au même diapason que moi.
Le Président de la république avait été élevé dans les idées les plus antipathiques à la souveraineté temporelle des papes. Son frère et lui, dès leur jeunesse, avaient payé par une agression à main armée l'hospitalité que, depuis 1815, la famille impériale avait reçue de la générosité des souverains pontifes. Le prince de Canino, président de l'Assemblée romaine , affectait en toute rencontre la plus révoltante attitude. Le Président n'allait pas aussi loin, mais il. n'allait pas non plus jusqu'aux sentiments d'une réparation formelle et dévouée.
Dans le ministère, M. Passy était le seul qui nourrît et qui manifestât des dispositions anticatholiques. Quand il voulait blâmer ou critiquer quelqu'un ou quelque chose, au risque des associations
benedictione, quam cœleslis preesiclii auspicem ipsi tibi, Dilecte Fili, intiuio paterni cordis affectu amanter impertimur.
« Datum Ccijetœ, die 25 januarii, anno 1849. « Pontificatus nostri anno III.
« Plus P. P. IX. »
les plus étranges, c'était au style religieux qu'il aimait à emprunter ses expressions et ses images. Il disait, par exemple, de M. Ledru-Rollin ou de M. Jules Favre, qu'ils gardaient à tel ou tel autre membre de l'extrême-gauche une rancune monacale.
M. Barrot, au contraire, entrait franchement dans le mouvement d'admiration pour Pie IX, et professait volontiers le respect du culte catholique. Mais c'était chez lui instinct et bienveillance naturelle, non conviction religieuse.
M. Drouin de Lbuys et M. Léon Faucher considéraient le pape comme la clef de voûte de l'édifice européen, et désiraient conserver son trône comme celui de tout autre souverain. M. Drouin de Lhuys répétait souvent : « J'aime mieux un bon pape qu'un mauvais pape; mais j'aime encore mieux un mauvais pape que pas de pape du tout. » M. Faucher applaudissait à cette formule. Par un bon pape, ils entendaient le Souverain Pontife, tel que s'était montré Pie IX, de 1846 à 1848. Par un mauvais pape, ils entendaient le prince indigné et découragé que les influences absolutistes s'efforçaient de ressaisir.
Par élévation de nature, M. de Tracy inclinait vers la cause de Pie IX, mais il était de la Gauche de vieille date, et ne se séparait pas aisément de ses anciens amis.
M. Lacrosse tenait à se régler sur les idées présumées du Président, et sa complaisance laissait déjà pressentir, le cas échéant, son adhésion au second empire.
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Le général Rullières, M. Buffet et moi, pensions habituellement de même et agissions d'un commun accord; mais nous ne formions qu'une minorité dans le ministère, et nous ne pouvions devenir majorité qu'après avoir rallié les voix de M. Barrot, de M. Drouin de Lhuys et de M. Faucher, sans avoir blessé ou alarmé le Président. Nous considérâmes donc comme un avantage considérable la première résolution obtenue, à propos de l'Italie, celle de ne point reconnaître la république romaine. Le duc d'Harcourt, ambassadeur du général Cavaignac près de Pie IX, rejoignit le Pape à Gaëte. Le nonce du Saint-Siège n'interrompit pas un instant ses fonctions à Paris. Les envoyés de la république romaine n'obtinrent d'audience ni du Président ni d'aucun des ministres.
Le Président, M. Barrot, M. Passy, auraient aimé à en rester là, mais les événements ne le permettaient pas. Le Président ne voulait, à aucun prix, risquer sa popularité et peut-être son pouvoir au service du Pape ; à aucun prix non plus, cependant, il ne consentait à laisser l'Autriche, déjà trop prépondérante en Italie, envahir le reste de la péninsule et y rendre sa domination exclusive. Ces deux points de départ n'étaient pas aisés à concilier, et c'est pour échapper à cette difficulté par un moyen qui lui paraissait ingénieiix, qu'il imagina de faire du Piémont l'agent officieux de sa propre politique. 11 mit autant d'obstination à me faire entrer dans ce dessein que j'en mettais de mon côté à lui faire agréer des idées différentes : « Vouloir cacher la
France derrière le Piémont, lui disais-je, c'est vouloir cacher un géant derrière un brin d'herbe. Tout le monde nous apercevra, et l'Autriche avant tout le monde. La France ouvertement déclarée arrêtera l'Autriche ; la France, se dissimulant elle-même sous le couvert du Piémont, sera battue sans se défendre, sans avoir ni le bénéfice de la propagande révolutionnaire ni celui de l'action conservatrice. » Lorsque je le pressais avec trop de vivacité sur ce sujet, le Président recourait à sa méthode ordinaire et mettait fin à la conversation par un silence qu'on pouvait interpréter comme on voulait, mais il gardait in petto son plan intact.
Bientôt il se fit envoyer de Turin, comme ambassadeur, l'abbé Gioberti, afin de trouver en lui l'orateur éloquent et persévérant des idées qui leur étaient communes. Gioberti avait alors un grand renom dans toute l'Italie : c'était un homme érudit et sincère, mais un esprit chimérique et faux. 11 m'honora de fréquentes visites et se mit en rapport avec beaucoup de membres de l'Assemblée, sans succès, du reste, pas plus auprès de la Gauche que de la Droite. A gauche, son caractère ecclésiastique et ses convictions religieuses lui fermaient beaucoup d'oreilles ; à droite, on ne regardait point le Piémont comme un protecteur du pape sûr et désintéressé. A gauche, on ne voulait pas mettre la république romaine entre les mains d'un roi ; à droite, Gioberti ne trouvait rien à répondre, quand on lui demandait : « Comment le Piémont purviendra-t-il à désarmer ou à vaincre l'Autriche? »
Ce dialogue, très vif de part et d'autre, menaçait de durer longtemps, lorsque le roi Charles-Albert, moitié ascète, moitié carbonaro, entraîné par la secrète ambition de toute sa vie, surexcité par les continuelles provocations de l'Elysée, jeta tout d'un coup le gant à l'empereur d'Autriche, son ancien allié et son proche parent. Une seule journée vit s'évanouir ses illusions et son règne. On apprit, coup sur coup, sa défaite et son abdication, son passage incognito dans les provinces méridionales de la France, sa course à travers l'Espagne et sa halte enfin, là où la terre semblait manquer à sa fuite. Il reposa quelques mois sa tête dans un monastère, au fond du Portugal. Ni sa femme ni aucun des siens n'avaient eu permission de le suivre, et, après peu de jours d'un inconsolable abattement» il mourut dans les sentiments de la plus fervente piété. 11 avait joué sa couronne, et, autant qu'il dépendait de lui, sa vie, sur le champ de bataille de Novare. Il emporta dans le tombeau le secret des contradictions d'un règne qui demeurera une énigme pour la postérité.
Cet événement fut un coup de foudre pour le Président de la république comme pour la maison de Savoie. La question italienne était déblayée de ses préliminaires trompeurs, et la France brusquement placée en face de redoutables réalités. Je laissai passer les premiers jours d'émotion à TElysée, puis j'allai demander au Président si nous alhons laisser l'Autriche, qui déjà se préparait à marcher en avant, absorber les États pontificaux et
dépopulariser Pie IX en le plaçant irrésistiblement sous le protectorat d'une puissance si antipathique à l'Italie. «Aujourd'hui vous avez raison, me répondit-il, la France ne peut plus rester spectatrice impassible, et, en face du drapeau autrichien Iriom-phant, le nôtre sera salué en Italie par d'unanimes acclamations. »
A partir de ce moment, le Président souhaita et pressa le départ de nos troupes, déjà réunies par le général Cavaignac sur le littoral de la France. En même temps et par les mêmes motifs que le Président, le ministère tout entier admit le projet d'une prompte expédition. Les convictions catholiques n'étaient plus les seules considérations déterminantes; rintérêt catholique et l'intérêt français se trouvaient indissolublement unis, on peut même dire que l'intérêt personnel des révolutionnaires n'y était pas indifférent. Intervention pour intervention, celle de la France serait certainement plus clémente, et, dans la bonne acception du mot, plus libérale que celle de l'Autriche. Sans en convenir, la Gauche le savait bien. Moyennant qu'on lui laissât affecter, devant ses électeurs, une attitude indignée, elle prenait aisément son parti de notre action et, à peu d'exceptions près, elle faisait tout bas des vœux pour le succès de notre entreprise.. Sans cette dernière remarque, on se rendrait difficilementcompte de ce qui se passa dans l'Assemblée.
M. Bixio, qui avait récemment rempli des fonctions diplomatiques à Turin et qui, sorti du ministère avec M. de Malleville, appartenait au parti
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républicain, prit l'initiative d'une proposition dont les termes avaient été concertés avec le gouvernement. Elle était ainsi conçue :
« L'Assemblée nationale, jalouse d'assurer la conservation des deux plus grands intérêts qui lui soient confiés, la dignité de la France et le maintien de la paix fondé sur le respect des nationalités ;
« S'associant au langage tenu, dans la séance du 28 mars courant, par M. le président du Conseil ;
« Confiante d'ailleurs dans le gouvernement du Président delà république [Bt^its divers);
« Déclare que si, pour mieux garantir l'intégrité du territoire piémontais et mieux sauvegarder les intérêts et l'honneur de la France, le pouvoir exécutif croyait devoir prêter à ses négociations l'appui d'une occupation partielle et temporaire en Italie, il trouverait dans l'Assemblée nationale le plus sincère et le plus entier concours *. »
Cette rédaction, qui manquait intentionnellement de précision, engendra un débat long et confus. MM. Barrot et Drouin de Lhuys y prirent part pour le gouvernement; MM. Mole et Thiers, au nom de la Droite ; MM. Billault et Jules Favre, au nom de l'Opposition, en demandant une clarté dans le langage du gouvernement qu'ils n'apportaient point eux-mêmes dans leurs paroles. Qu'entendait-on par l'occupation partielle d'un point quelconque en Italie? Était-ce Tintervention dans les Etats romains? Cette intervention se ferait-elle au profit de la république italienne ou à