LE ROI JÉRÔME
dus m'y rendre au nom de l'Académie française.
Quelques-uns de mes collègues du ministère se montraient assidus près des membres de la famille Bonaparte; je m'en dispensai, et le Président ne m'en sut pas mauvais gré. On a prétendu que le roi Jérôme dit un jour à son neveu dans une scène de reproches :
« Vous n'avez rien de l'Empereur! » et que le Président lui répondit amèrement : « Vous vous trompez, mon oncle. J'ai sa famille ! »
Je ne puis affirmer que le mot ait été prononcé, mais j'affirme qu'il a été pensé.
Dans les premiers jours qui suivirent le Dix- Décembre, le Président nous parla de son oncle avec un visible embarras : « Il est besoigneux, nous dit-il, et je n'ai d'autre moyen de venir en aide à sa pénible situation que de lui conférer quelque charge lucrative. Mais je conviens que ce n'est pas aisé. » M. Lacrosse, le plus zélé d'entre nous, en pareille matière, songea au gouvernement des Invalides. Le tombeau de l'Empereur, gardé par le dernier de ses frères survivants, enflamma M. Odilon Barrot, et le Président se montra plein de gratitude, comme un homme soulagé d'une grande importunité.
Lorsqu'il me fit l'honneur de venir dîner au ministère de l'Instruction publique, je ne me crus obligé d'inviter ni le roi Jérôme ni le prince Napoléon, qui siégeait à l'Assemblée sur des bancs fort éloignés du mien. J'entourai, au contraire, mon hôte de plusieurs membres de la droite, en même temps que des hommes les plus notoirement légiti-
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mistes du faubourg Saint-Germain : le duc de Roîian qui parlait le lendemain pour se rendre près de M. le comte de Chambord, le prince de Ghalais, le duc de Maillé. Le Président parut se complaire dans cette compagnie. Il prolongea la soirée, et, en se retirant, dit à ma femme : « Je vous remercie, Madame, et je remercie particulièrement votre mari des convives qu'il m'a donnés. »
Le prince Napoléon^ de son côté, ne voulut pas me laisser ignorer son mécontentement. La semaine suivante, je dînais avec lui chez le président de l'Assemblée, M. Dupin, qui, par mégarde, ou par une malice dont il était bien capable, m'assigna une place à côté du prince Napoléon : « Vous voyez, me dit celui-ci, en s'asseyant à table, qu'il y a des gens qui croient pouvoir m'invitcr à dîner. »
Cela ne m'empêcha point de seconder son désir pour l'ambassade d'Espagne qu'il visait, on ne sait pourquoi ; car, à peine installé à Madrid, il se mit en hostilité avec la reine Isabelle et avec tout le gouvernement espagnol. La reine adressa promptement ses plaintes à M. Drouin de Lhuys et réclama le rappel de notre ambassadeur. Le refus était impossible vis-à-vis de l'Espagne, et délicat à traiter avec le Président; M. Drouin de Lhuys nous communiqua la difficulté et nous lui promîmes tous notre appui. Au Conseil suivant, M. Drouin de Lhuys entama avec beaucoup de circonlocutions la série des faits accusateurs. Le Président l'interrompit bientôt avec son sang-froid et sa lenteur accoutumés : « Je vois venir votre conclusion, Monsieur Drouin de Lhuys. Croyez