‹ Mémoires d'un RoyalisteChapitre 39 sur 59 · Expédition de Rome, par M. Léopold de Gaillard · texte numérisé non relu

Expédition de Rome, par M. Léopold de Gaillard

tiens contre l'influence française. Tous avaient un auxiliaire dans l'intimité du pape. Le jeune cardinal Antonelli qui remplissait, à titre provisoire, les fonctions de secrétaire d'Etat, affectait une extrême modestie et ne semblait prétendre qu'au service désintéressé de l'Église. Il laissait percer cependant, aux yeux des clairvoyants, la passion de domination et de lucre dont son long ministère restera entaché. Le cardinal Antonelli était, à beaucoup d'égards, l'antipode de Pie IX. Il avait autant de froids calculs que le Souverain-Pontife de mouvements spontanés. Son immobilité hautaine laissait la mobilité souriante de Pie IX se donner libre carrière et l'attendait aux désenchantements. C'est en lui cédant sur les détails qu'il le domina dans les grandes affaires, et l'histoire ne dira qu'incomplètement quel préjudice il a porté à un règne né sous d'autres auspices et pour de plus hauts résultats.

Pie IX était un Louis XVI dont le voyage de Varennes avait réussi. Inattaquable et inattaqué dans sa souveraineté spirituelle, il avait beaucoup promis et avait beaucoup à tenir pour la restauration durable de son pouvoir temporel. Personne ne le savait mieux que lui et ne le disait quelquefois plus malicieusement. Le cardinal Antonelli lui répétait adroitement qu'en se jetant dans les réformes, il n'avait fait et ne ferait encore que des ingrats. Ignorait-il que l'ingratitude est le mérite et la gloire de ceux qui font le bien? S'il dépendait des ingrats de faire reculer la justice et repentir la bonté, faire le bien ne serait plus une vertu, mais un trafic, et l'un des plus

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purs éléments de la grandeur humaine, l'un des traits caractéristiques du génie des princes et de l'habileté des hommes d'État aurait disparu. Le premier mouvement de Pie IX repoussa les suggestions et les conseils de l'égoïsme, mais sa prudence finit par s'alarmer. On lui représenta, sous toutes les formes, que les devoirs changeaient avec les circonstances. C'est ainsi qu'on s'appliqua à retarder son retour au milieu de son peuple qu'il avait hâte de bénir. Nul ne peut dire quelles eussent été les acclamations de l'Italie tout entière, si Pie IX, selon son premier mouvement, fût parti de Gaëte pour Rome, le lendemain du jour 011 le drapeau pontifical avait reparu au Capitole et au château Saint-Ange. Des hommes de discorde et de malheur voulurent qu'il n'en fût point ainsi, et d'opiniâtres difficultés surgirent.

En face de ce qui se passait à Gaëte, la Gauche reprit courage à Paris. Les agitations recommencèrent sur la question romaine, et ce fut, au Palais- Bourbon, un catholique sincère mais inconséquent, M. Arnaud de l'Ariège, qui se chargea d'ouvrir la brèche*. Son discours fit monter M. de Tocqueville à la tribune.

« Quoi qu'on puisse rêver, dit-il courageusement, la religion qui vient d'en haut est faite pour vivre ici-bas avec nous, au milieu du conflit de nos intérêts et de nos passions. Bien que son royaume ne soit pas de ce monde, suivant le mot si souvent répété de son divin fondateur, elle n'en influe pas moins

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