‹ Mémoires d'un RoyalisteChapitre 42 sur 59 · MOTU PROPRIO · texte numérisé non relu

MOTU PROPRIO

pas par conscience devraient au moins se l'interdire par amour-propre. Je pose simplement la question ; les historiens de Napoléon III la résoudront. Pour mon compte, je n'éprouvai rien des sentiments provocateurs que me prêtaient des journaux sérieux et Le Journal pour rire. Je déplorai l'incident, je n'en triomphai pas; tâchant, au contraire, d'en effacer la trace autant que cela pouvait dépendre de moi. De leur côté^ mes collègues, je leur dois cette justice, me témoignèrent la même disposition.

A Gaëte, l'émotion fut vive et l'effet désastreux. Au lieu de se rendre à Gastel-Gandolfo, tout près de Rome, comme nous avions lieu de Fespérer, Pie IX voulut mettre une plus grande distance entre l'armée française et lui. Le roi de Naples offrit le palais de Portici. Le cardinal Antonelli, quelques prélats de la maison pontificale, quelques membres du corps diplomatique répétèrent à l'envi que le Pape se réfugierait en Amérique où l'attiraient d'anciens souvenirs, plutôt que de laisser planer un soupçon sur son indépendance. Toutefois, l'insistance de nos ambassadeurs, la certitude que l'Assemblée, alors en vacances, manifesterait, à son retour, une inébranlable fidélité à la politique antérieure, touchèrent le cœur de Pie IX, et imposèrent silence aux irritations calculées ou sincères des mécontents.

LeMotu proprio signé par le Pape, le 12 septembre, apporté à Rome, le 19, par M. de Corcelle et affiché le 20, se modelait, en grande partie, sur le Mernorandum présenté à Grégoire XVI, en 1831, au nom des cinq grandes puissances. Le régime municipal était réor-

ganisé dans les Etats romains, sur une base plus large que celle des municipalités françaises. Des réformes civiles et des réformes judiciaires étaient promises ; la Consulte de 1847, instituée par Pie IX luimême pour l'établissement de l'impôt, était maintenue; l'amnistie n'était pas complète, mais les exceptions devaient être réglées par des catégories précises. Ce n'était pas là tout ce qu'avait demandé le gouvernement français, mais c'était assez pour contenter un grand nombre de Romains, et de ce point de départ, on pouvait s'élever graduellement, pacifiquement, à des améliorations plus considérables.

M. .Thiers, rapporteur d'une demande de crédit pour le corps expéditionnaire, et impatient de parler au nom de la Majorité, saisit cette occasion pour faire entendre, en dépit des invectives de la Gauche, une déclaration solennelle : « Votre Commission, dit-il, a mûrement examiné le Motu proprio de Pie IX, non pas qu'elle croie que la France a le droit de décider du mérite des institutions d'un peuple étranger [Interruption bruyante à V Extrême Gauche), mais la commission l'a examiné pour savoir si les conseils qu'elle était fondée à donner avaient porté des fruits tels qu'elle n'ait pas à regretter son intervention dans les affaires romaines. Eh bien! en très grande majorité, votre Commission déclare qu'elle aperçoit dans le Motu proprio un premier bien très réel et dont une inj uste prévention peut seule méconnaître la valeur ^ ».

La discussion sur ce rapport et sur le crédit finan-

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