‹ Mémoires d'un RoyalisteChapitre 49 sur 59 · Moniteur du 8 novembre · texte numérisé non relu

Moniteur du 8 novembre

5G0 CHAPITRE QUJNZIÈME (1849-1850).

tinrent habilement M. Beugnot. M. de Parieu, mon successeur au ministère de l'Instruction publique, se déclara désintéressé du débat.

300 voix se prononcèrent pour le renvoi au Conseil d'État; 299 contre.

Ce résultat surprit ceux-là mêmes qui l'avaient obtenu. M. de Parieu ne pritpaspartau vote. Ce déplacement d'une majorité, jusque-là nombreuse et compacte, provint de deux causes: l'accord avec la Gauche des membres qui prenaient leur mot d'ordre à l'Elysée et qui commencèrent, en cette circonstance, une évolution qui ne devait pas s'arrêter là; l'accord, avec eux et avec la Gauche, de quelques catholiques, commençant aussi ce jour-là une scission qui devait grandir et produire rapidement d'autres ravages. Parmi les bonapartistes, deuxseulements'abstinrent, à l'exemple de M. de Parieu : M. Abbatucci, par égard pour M. Barrot, son partner au whist, chaque soir, et M. de Persigny.

Le lendemain, V Univers annonça le fait en ces termes :

« Le projet de loi sur l'enseignement ne reviendra probablement pas du Conseil d'État... C'est un projet annulé comme tous ceux que le monopole a présentés ou acceptés jusqu'à ce jour... Nous avons exhorté les représentants catholiques à voter pour le renvoi au Conseil d'État ; plusieurs l'ont fait. D'autres, le plus grand nombre, se sont abstenus ; si nous avons pu exercer quelque influence sur leur détermination, nous sommes loin d'en éprouver le moindre regret, au contraire.... Nous consentirions de bon cœur à ce

que le bulletin, l'unique bulletin qui a formé la majorité, fût tombé de notre main ^ ».

Mélanchton disait, il y a trois siècles :

« Nos périls me troublent moins que nos fautes. » 11 aurait pu ajouter : Nos périls tiennent presque toujours de nos fautes.

Contrairementàbeaucoup de prévisions etgrâce aux énergiques instances de M. Barrot et de M. Mole près de leurs amis, le Conseil d'Etat se montra moins hostile qu'on n'avait lieu de le craindre. Il n'apporta pas de modifications radicales à la loi, il ne lui fit point subir de retard malveillant, et le 14 janvier 1850, ce projet, qui avait déjà subi trois degrés de juridiction : la Commission ministérielle, la Commission de l'Assemblée et le Conseil d'Etat, vint affronter, enfin, le solennel débat de la tribune.

Tous les hommes demeurés fidèles à la liberté de l'enseignement furent à leur poste et soutinrent vaillamment l'assaut.

Pendant toute cette discussion, la loi même était moins en cause que l'esprit religieux aux prises avec les résistances qu'il suscite, chaque fois qu'il se montre et qu'il agit. M. de Montalembert ne pouvait ni délaisser ni abaisser cette lutte. Il se hâta de l'accepter avec sa vaillance ordinaire :

« Notre société, s'écria-t-il, si dédaigneuse de tout secours spirituel, si fière d'elle-même, cette société qui datait à juste titre de 1789, qui se croyait sûre de son avenir, de sa grandeur, de sa prospérité, que lui est-il arrivé, Messieurs? D'être minée,

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