Univers du 8 novembre
562 CHAPITRE QUIiNZIÈME (l849-18o0).
ébranlée, menacée, envahie, conquise en un jour, dans un clin d'œil, pardes hommes à qui elle ne faisait même
pas l'honneur de les craindre Et que sommes-nous
occupés à défendre contre eux? Est-ce par hasard quelque raffinement de la civilisation, quelque perfectionnement indéfini de la liberté politique ou constitutionnelle? Non, non, vous le savez tous, c'est au contraire Vabc de la vie sociale ; ce sont les premiers éléments de la vie civilisée, c'est la propriété et la famille. C'est là ce que la France est condamnée à défendre, depuis deux ans, par tous les efforts de la force et du raisonnement...
« Sans doute, Messieurs, il eût été plus commode de s'arrêter en route, de s'en tenir au scepticisme, au rationalisme. Cet aliment peut convenir à ces esprits dédaigneux et délicats qu'on appelait autrefois des esprits forts ; mais c'est un aliment qui ne convient pas aux masses ; elles ne peuvent pas et ne veulent pas s'y arrêter ; elles culbutent et renversent immédiatement ce frêle édifice de la raison toute négative...
c( M. Pierre Leroux nous a dit un jour à cette tribune qu'il n'y avait pas de milieu; que nous étions obligés de choisir, en fait de doctrines, entre le Socialisme et le Jésuitisme. Eh bien! j'accepte cette alternative, avec un amendement toutefois. Je propose un terme que tout le monde comprendra et acceptera. Il n'y a pas de milieu, je le dis avec M. Pierre Leroux, entre le Socialisme et le Catéchisme.... Voilà les deux pôles entre lesquels, de l'aveu de vos amis, comme de vos adversaires, vous, majorité, vous êtes obligés de choisir ! »
Malheureusement, M. de Montalembert n'avait pas à répondre seulement à ses adversaires naturels. Traduit, chaque matin, devant l'opinion catholique, comme s'il eût déserté les convictions de sa vie entière, privé sa cause du fruit de ses propres services, anéanti les dernières ressources de la religion et de la liberté, il ne pouvait garder le silence sur de telles hostilités, mais il éleva des explications personnelles à la hauteur d'une profession de foi qui émut profondément l'Assemblée:
« On nous a reproché d'avoir substitué l'alliance à la lutte. Messieurs, j'ai fait la guerre et je l'ai aimée. Je l'ai faite plus longtemps, aussi bien et peut-être mieux que la plupart de ceux qui me reprochent aujourd'hui de la cesser. Mais je n'ai pas cru que la guerre fût le premier besoin, la première nécessité du pays. Au contraire, j'ai pensé qu'en présence du danger commun, des circonstances si graves et si menaçantes oii nous sommes, et en présence aussi — pourquoi ne le dirais-je pas? — des dispositions que je rencontrais chez des hommes que nous avions été habitués à regarder comme des adversaires, le premier de nos devoirs était de répondre à ces dispositions nouvelles, et c'est à cette pensée honorable que j'ai consacré, depuis un an, toute l'activité et tout le mouvement de mon âme... [Approbation à droite.)
« Nous avons rencontré des hommes, nos adversaires de la veille, qui nous ont tendu la main, au lendemain de ce que nous regardions tous comme une catastrophe imprévue. Devions-nous repousser cette main ? Non. Ce serait le plus grand reproche
que je me ferais de ma vie, si je l'avais repoussée... Nous ayons accepté l'invitation comme devaient l'accepter des cœurs dévoués à la patrie et à la société. [Très bien ! très bien!)
« Nous n'avons sacrifié ni la vérité ni la justice; nous n'avons sacrifié que l'esprit de contention, l'esprit d'amertume et d'exagération Je suis, du reste,
convaincu que j'ai agi complètement d'accord avec
lesprit de l'Église L'Eglise, inflexible dans la lutte
contre l'orgueil, dépasse toujours ses adversaires, ses rivaux, dans l'esprit de conciliation, quand le moment de la paix est arrivé. Quand on fait un pas vers elle, elle en fait deux vers vous. Voilà le rôle de l'Église,
tel que je l'ai étudié et apprécié dans son histoire
L'Eglise ne veut jamais humilier personne devant elle ; elle n'humilie que devant Dieu. L'Église ne dit jamais ces deux paroles que vous entendez tous les jours, dans la sphère de la politique : Tout ou rien et II est trop tard. Elle ne dit jamais : Toutou rien parce que c'est le mot de l'orgueil, de la passion humaine qui veut jouir et vaincre aujourd'hui parce qu'elle doit mourir demain. (Très bien!) Elle ne dit pas non plus: Il est trop tard! Ce mot coupable et impitoyable, parce que s'il n'est jamais trop tard pour sauver une âme, il n'est jamais trop tard, non plus, pour sauver une société qui consent à être sauvée! » (Très bien! très bien!^)
Parmi les défenseurs de la loi, le premier rang appartint, sans contestation, à M. Thiers. Conformément à l'usage des Assemblées uniques, tout projet de loi