‹ Mémoires d'un RoyalisteChapitre 51 sur 59 · Moniteur du 18 jaDvier · texte numérisé non relu

Moniteur du 18 jaDvier

devait subir trois délibérations. Pour celui-ci, les trois délibérations furent également ardentes et prolongées. A chacune d'elles, M. Thiers se donna la satisfaction des esprits élevés; il sut, sans humilier son passé ni celui de ses amis, faire la part de l'expérience et donner de la dignité à de pénibles aveux. Dégageant nettement la vérité et la justice des sophismes d'une discussion qui les avait défigurées, il multiplia ses efforts, repoussa les arguments de nos contradicteurs, présenta les siens, sous une forme toujours lumineuse, et à force de franchise, de bon sens, d'éloquence au service de la liberté de conscience et des grands intérêts sociaux, il conquit enfin une majorité décisive. Précisant bien, tout d'abord, le caractère de la loi: « Oui, dit-il, c'est une transaction. Le propre de toute transaction, c'est de blesser les partis extrêmes, c'est d'exciter chez les uns et chez les autres de vives réclamations, et puis, si les transactions sont bien faites, de satisfaire sans bruit, paisiblement, les deux intérêts sérieux qui étaient engagés dans la lutte. La transaction que nous vous proposons a certainement réuni la première condition; elle a excité de part et d'autre, des plaintes très vives; très vives de ce côté, dans l'Assemblée [Vorateur désigne la Gauche)^ très vives d'un autre côté, hors de l'Assemblée. Elle a été,

vous l'avez vu, vivement attaquée On a dit à

M. de Montalembert et on me dit à moi, non pas ici : « Vous apostasiez ! » M. de Montalembert s'en est ému. Eh bien! Messieurs, quant à moi, je n'en suis pas ému du tout ! »

En effet, les dispositions principales de la loi eu-

566 CHAPITRE QUINZIÈME (l849-1850).

rent M. Thiers pour infatigable défenseur. En ce qui concernait les corporations religieuses, il repoussa et fit repousser tout amendement restrictif qui voulait les en exclure: On lui cria:

« Passez aux jésuites! »

M. Thiers. — « Je vais passer aux jésuites. »

A gauche. — « C'est fait, vous y êtes passé, aux jésuites ! » [Rire général prolongé.)

M. Thiers [somnant). — « Oui, c'est convenu, je suis un jésuite, d'accord! » (Nouvelle hilarité prolongée.)

M. DE MoNTALEMBERT. — « Je ne suis donc plus le seul dans l'Assemblée! »

M. Thiers ne craignit même pas d'avouer que ses préjugés gallicans avaient dispai^u de son esprit, en même temps que bien des préventions d'autre nature.

« Oui, c'est vrai, continua-t-il, je n'ai pas aujourd'hui, à l'égard du clergé, les jalousies, les ombrages que j'avais il y a deux ans ; c'est vrai, et je vais vous en

dire les motifs Je craignais certaines doctrines

Ainsi, des prêtres, des docteurs de l'Eglise croyaient que l'Eglise française devait dépendre complètement de l'Église romaine. Ces docteurs-là me plaisaient moins que Bossuet, qui voulait que l'Église française fût soumise, mais indépendante. Je l'avoue, il y avait, indépendamment de son génie sublime, il y avait, dans cette fière indépendance de Bossuet, dans cette soumission mêlée de tant de fierté, quelque chose qui me charmait, et les quatre propositions de Bossr.et, en me plaçant dans cet ancien monde détruit, me semblaient une partie de la gloire française. J'avais encore d'autres jalousies, je l'avoue; j'étais très

dévoué à la dernière dynastie. J'ai combattu ce que je croyais être ses erreurs; elle n'a pas voulu me croire, mais je lui étais tout dévoué. Eh bien ! je n'étais pas convaincu que les sentiments que j'avais pour elle fussent généraux dans le clergé; mais franchement, croyez-vous, après l'abîme dans lequel nous avons été plongés, en présence de ce qui nous menace, que je sois encore sensible à ces quelques différences sur la manière d'entendre les relations de TÉglise française et de l'Eglise romaine? Quand toutes les dynasties ont été emportées, vous dites, vous (L«G«z<cAe), pour jamais [Oui! oui! pour jamais !) croyez-vous que je sois sensible encore à ces jalousies de dynastie à dynastie?

Non ! en présence des dangers qui menacent la société, j'ai tendu la main à ceux qui m'avaient combattu, que j'avais combattus; ma main est dans la leur, elle y restera, j'espère, pour la défense commune de cette société qui peut bien vous être indifférente, mais qui nous touche profondément. »

Une voix a gauche : « Dites la défense d'une coterie. »

M. Thiers : « Vous dites une coterie ? La société, une coterie ? Cette coterie, c'est la France ^ ! »

Une éclatante justice est due à M. de Parieu. Au débutd'un ministère né sous des auspices équivoques, le nouveau ministre avait été hésitant et froid, dans la question du renvoi au Conseil d'État ; mais le moment venu, il s'enhardit, et tout ce qu'il conquit d'autorité, soit dans le gouvernement, soit dans l'As-

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