‹ Mémoires d'un RoyalisteChapitre 52 sur 59 · Moniteur du 19 janvier · texte numérisé non relu

Moniteur du 19 janvier

semblée, il le consacra loyalement au service de Ja loi qui lui était confiée. Il se rendit bien maître des bétails forcément compliqués et complexes comme les problèmes que la loi devait résoudre. L'intervention de M. de Parieu dans le débat fut plus d'une fois éloquente et presque toujours efficace. Le public suivit cette délibération avec une attention passionnée et l'on peut dire, sans exagération, que du 14 janvier au 15 mars, le pays tout entier s'intéressa, comme l'Assemblée elle-même, à cette discussion, l'une des plus solennelles et des plus mémorables de nos annales parlementaires. Le résultat du scrutin, bien que peu douteux, était impatiemment attendu, et fui presque universellement applaudi dans le parti conservateur. Par 399 voix contre 237, la France fut dotée d'une liberté d'enseignement aussi étendue que le comportait alors l'état des mœurs et des esprits. Les fureurs de la Gauche, après le vote de la loi, ne parvinrent pas à éclairer ou à désarmer les catholiques intransigeants, h' Univers continua, à l'adresse de l'Épiscopat, la campagne qu'il venait de perdre devant l'Assemblée. Si son opposition n'eût été inspirée que par des appréhensions bien ou mal fondées, par un jugement plus ou moins juste, par le désir de faire prévaloir son idéal, le désordre momentané qu'il avait jeté dans nos rangs eut bientôt disparu. Chacun de nous eût renoué volontiers des relations brisées à regret. Il n'en fut pas ainsi, loin ■de là. Pressentant, vers les derniers jours de la délibération, qu'il ne l'empêcherait pas d'aboutir, VUni- 4)ers essaya du moins de porter un préjudice moral

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à la loi en obtenant de l'évêque de Langres qu'il s'abstînt de la voter quoiqu'il y eût adhéré, au sein de la Commission, sous certaines réserves que personne n'avait contestées. A plusieurs reprises, il avait reçu et agréé les hommages de M. Thiers, aussi bion que ceux de M. de Montalembert et il inaugurait ainsi un système qui n'a que trop été suivi depuis lors, celui d'accepter les services et de garder les avantages, en substituant à la reconnaissance l'injure et la calomnie.

Ayant fait cette première conquête et ce premier essai, YUîiivej's poussa ses vues plus haut; il se flatta d'obtenir à Rome une désapprobation explicite de notre loi, et l'interdiction aux évêques de France d'entrer dans les conseils départementaux. Le Nonce, jVIgr Fornari, qui m'avait toujours fortifié de son adhésion, refusa d'entrer dans ce complot dont s'alarma, autant qu'elle s'en indigna, la grande majorité de rÉpiscopat français.

Dès l'origine de ces attaques, et lorsque j'étais encore au ministère, beaucoup d'évêques m'avaient écrit pour s'en séparer hautement. J'en citerai seulement quelques-uns.

Le cardinal de Bonald, dans une lettre en date de Milhau, le 21 août 1849, m'indiquait quelques améliorations de détail et il ajoutait :

« Ne croyez pas, monsieur le Ministre, que j'aie approuvé entièrement cette polémique si acre que des journalistes ont entamée contre la loi sur l'enseignement. On pouvait défendre ce qu'on croyait la vérité, sans oublier les lois de la charité. La religion ne

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relire aucun avantage de celte manière de combattre pour elle. »

L'archevêque de Bordeaux, depuis cardinal Donnet, m'écrivait le 10 août:

(( Permettez que je vous dise ma peine bien vive de la manière dont on croit pouvoir en agir quelquefois avec Votre Excellence. Fénelon disait : « Tels critiquent les rois qui, s'ils étaient à leur place, feraient les mêmes fautes ou des fautes plus grandes encore. » C'est ce que ne veulent pas comprendre les hommes qui n'ont étudié ni les choses ni les temps. La perfection n'est pas de ce monde. Faisons autant de bien, empêchons autant de mal que possible, et Dieu, qui est moins exigeant que MM. de Chartres et de Luçon, vous absoudra. »

M. Fabre des Essarts, évêque de Blois, après être entré dans les considérations les plus hautes sur l'état actuel de notre société, terminait ainsi sa lettre en date du 16 juillet 1849: « En somme, monsieur le Minisire, je tiens à vous le dire en mon propre nom, et au nom des esprits sages et modérés qui ont mûrement et consciencieusement étudié le nouveau projet, quel qu'en soit le résultat, il vous donnera de nouveaux droits à l'estime publique, et vous assurera la juste reconnaissance du pays. Que les suffrages en sa faveur ne soient pas unanimes, même parmi les amis du bien, cela ne doit étonner personne au temps où nous vivons; mais un esprit ferme et droit, comme le vôtre, ne se laisse pas ébranler par une opposition passagère, quand il est assuré de prendre en main les vrais intérêts de la religion et de la société. »

Le 1" juillet 1849, M. Thibault, évêque de Montpellier, m'écrivait : « Allez devant vous, monsieur le vicomte, et l'Église vous devra des moyens de faire le bien qu'elle a inutilement demandés depuis dix ans. Vous avez dit leur fait, dans un langage qui ne périra pas, à ceux de la veille et de l'avant-veille. Au besoin, dites leur fait aux hommes de nos rangs qui, à notre point de vue, ne sont guère plus habiles. Vous aurez pour vous l'assentiment de tous ceux qui se souviennent qu'un homme d'Etat n'est pas tenu plus que tout autre à tout le bien désirable, mais seulement au bien possible. »

Le vénérable M. d'Astros, archevêque de Toulouse, se plaçant à un point de vue très juste, m'écrivait le 29 juillet:

« J'ai été surpris de la violence avec laquelle certains journaux, amis de la religion, ont attaqué le projet de loi sur l'instruction publique. Si je dis ici toute ma façon de penser, il est utile, à mon avis, qu'on ait donné lieu à ces attaques. Certains esprits auraient cru la loi trop bonne, si elle n'avait essuyé aucune critique de la part des hommes religieux. »

Cette remarque de M. d'Astros fut sanctionnée par l'événement. L'hostilité de V Univers fit perdre cinq ou six voix à droite ; elle en fit gagner au moins cinquante à gauche.

On se demandait s'il en serait de même à Rome. Le Nonce affirmait qu'on ne devait concevoir aucune inquiétude à cet égard. Néanmoins, la plupart des évêques français voulurent se renseigner directement. En leur nom, le cardinal Dupont, archevêque de

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Bourges, se rendit de sa personne auprès de Pie IX afin de lui faire envisager, sous leur vrai jour, les combinaisons de la loi. 11 obtint un succès complel. Les évêques français furent invités à entrer dans les nouveaux conseils de l'instruction publique et ils y entrèrent, en effet, presque tous, avec une gratitude empressée, Les corporations religieuses, la Compagnie de Jésus notamment, apportèrent aussi leur concours et ouvrirent des maisons qui se placèrent rapidement au premier rang, à côté des établissements de rÉtat. Cette liberté fut la première, depuis bien des années, qui s'implanta en France, sans y produire autre chose que des bienfaits.

Le climat de Nice et un repos absolu achevèrent de me délivrer de la fièvre, mais ne me firent point retrouver des forces qu'aucun ciel et aucun régime ne pouvaient plus me rendre. Cet état me trouva très vite résigné et le pressentiment que j'en eus, dès le premier jour, ne m'a pas trompé. Je disais à mes amis : « J'ai un mal qui ne fait pas mourir, mais qui empêche de vivre. » C'est le propre des maladies nerveuses, et je n'avais plus qu'à m'y accoutumer. Ne pouvoir supporter au-cun bruit, pas même celui de deux conversations qui se croisent, pas même la musique, une de mes plus vives jouissances, ne pouvoir affronter ni l'éclat du soleil ni même celui d'une lampe ou d'une bougie sans abat-jour, passer une partie des nuits dans l'insomnie, se lever plus fatigué qu'on ne s'est couché, n'est-ce pas un ensemble de conditions qui semble fait tout exprès pour interdire la vie publique? C'est le régime auquel j'ai

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