NOMINATIONS ÉPISCOPALES
j'ai rencontrés, soit à cheval, soit dans de brillants équipages, n'a pris la peine de me saluer. Au contraire, lorsque je suis descendu de cheval, à la porte de l'avenue deMarigny, de nombreux ouvriers, occupés à une construction voisine, ont quitté leur ouvrage, dès qu'ils m'ont reconnu, m'ont entouré et ont crié : « Vive le prince Napoléon, vive l'Empereur! » Voilà la France, monsieur de Rességuier.Les classes élevées ne comprennent pas le peuple. Aussi ne sont-elles pas comprises par lui, et de là tous nos malheurs. »
M. de Rességuier, parfaitement autorisé à répondre au nom des classes élevées, ne manqua pas de faire sentir à son interlocuteur qu'avant de leur adresser des reproches immérités, il faudrait se mettre en mesure de leur offrir des exemples. L'entretien, toutefois, se termina courtoisement. On s'était suffisamment expliqué de part et d'autre, sans avoir besoin d'insister. Ce dialogue me confirma dans la conviction que nous marchions vers une sorte de Bas-Empire, moitié prétorien, moitié populaire, et que si l'heure de la tentative restait douteuse, l'idée fixe ne l'était pas.
Du reste, le prétexte dont il avait plu au Président de se servir pour me rappeler auprès de lui m'honora, et je ne pus m'empecher de lui en savoir gré. J'avais toujours mis un grand soin à le pénétrer du respect que j'éprouvais moi-môme pour le clergé français, et pour y mieux réussir, je ne lui avais jamais demandé une faveur de vanité. Je ne crois pas que, durant mes neuf mois de ministère, une
■o84 CHAPITRE QUINZIÈME (l849-1850).
croix de la Légion d'honneur ait été donnée à un prêtre. Je ne voulais point indiquer par là que je considérasse cette institution comme à dédaigner. Loin de là, je rends pleine justice au sentiment qui a inspiré la pensée et qui fait le succès des décorations, et je reconnais que c'est témoigner à un homme la plus haute estime que de lui dire : « Tu risqueras ou tu épuiseras ta vie, soit sur les champs de bataille, soit dans un labeur opiniâtre, en ambitionnant pour suprême récompense, non la fortune, ou même le bien-être, mais un simple signe, un simple ruban, marque muette et souvent gratuite de ton dévouement. Cette décoration signifiera : — Voilà un bon soldat ou un bon citoyen ! — Elle deviendra l'ambition de toute une vie, l'honneur de toute une famille, l'appât de tout un peuple! » S'il y a quelque chose de spiritualiste au monde, assurément, c'est cela. iMais, pour que la décoration ait son véritable prix, garde son véritable prestige, il faut qu'elle soit donnée avec mesure et austérité.
Quant au prêtre, sa vue doit se porter encore plus haut. Le citoyen monte, quand il reçoit l'accolade de chevalier, le prêtre risque de descendre. 11 en est de même aussi, dans l'Église, des distinctions qui n'impliquent ni sérieuse fonction ni charge d'âmes. La prodigalité du titre de Monsignore^ par exemple, m'a toujours semblé une des erreurs de notre époque : c'est de la fausse monnaie dans des régions oii l'or de bon aloi doit être seul en usage. Au temps des saint Vincent de Paul et des Olier, quel éclat de rire eût accueilli la «qualification de : « Monseigneur Vincent, Monseigneur