Journal do Barbier, décembre
ÉTUDES LITTÉRAIRES. — ŒUVRES DE CHARITÉ. 16t
A Malte, où il résida longtemps, le bailli de Rességuier laissa de brillants souvenirs dont j'ai retrouvé la trace encore vivante en Anjou même. Quand Albert de Rességuier vint me voir au Bourg-d'Iré, noire voisin, M. d'Andignc, vieux chevalier de Malte, à jambe de bois, lui conta force anecdotes sur le bailli qu'il avait beaucoup connu, et entre autres celle-ci : « Un chevalier nouvellement débarqué croyait attester ses succès à Paris en se plaignant beaucoup de l'ennui qu'il éprouvait à Malte; il fatigua tellement de celte doléance tous ses compagnons que le bailli de Rességuier lui dit un jour: « Quoi! vous vous ennuyez... Vous vous ennuyez vous-même?..» Ah! c'est bien juste! »
La comtesse de Rességuier, née Mac-Mahon, avait une piété profonde et une inépuisable charité. C'est à elle qu'arriva une anecdote qui devrait toujours se présenter à la pensée au moment d'une dépense inutile. Dame de charité dans la paroisse de Saint-Roch, madame de Rességuier monte avec sa compagne à un cinquième étage. Les deux quêteuses sont reçues par un petit vieillard qui vient lui-même ouvrir sa porte, les reçoit dans un appartement à peine meublé et leur remet son offrande, soigneusement enveloppée. Grande fut leur surprise, en défaisant le paquet, de trouver cinq louis bien comptés. « Ce bon monsieur s'est trompé, pensèrent à la fois les deux quêteuses; il nous a donné, sans s'en douter, la moitié de son revenu! » Elles remontèrent donc l'escalier, sonnèrent de nouveau à la porte et firent part de leur scrupule. Le vieillard parcourut
d'un regard son appartement, le fixa sur lui-même et répondit avec le plus simple sourire : « Je vous remercie de votre délicatesse, Mesdames, mais ce n'est qu'en vivant comme je vis, que je puis me donner la jouissance de faire la charité ! »
M. et madame de Rességuier avaient un salon très littéraire, et ils n'y étaient pas de simples maîtres de maison. On recherchait dans madame de Rességuier un jugement très sûr, qui rendait discrètement ses arrêts sous une forme toujours ingénieuse. M. de Rességuier ne disait ses vers que quand on les lui demandait et il les disait très bien. 11 excellait dans des miniatures sur émail, telles que celle-ci :